Procope2009

27 juin 2019

juin au jardin

« C’était un petit jardin... » Vous savez la chanson de Jacques Dutronc...

 

Eh bien, nous avons découvert celui d’Annick tout en haut de Paris et, par ce temps de fortes chaleurs, c’était un délice d’être là au milieu des chèvrefeuilles, rosiers, jasmin, fruits de la passion aux lianes conquérantes, sous la ramure d’un petit acer pourpre...sans parler des fleurs. Bref, nous étions très bien, à l’ombre, dans le feuillage, devisant du Caravage, et du livre de Yannick Haenel dont certaines connaissaient déjà l’œuvre romanesque (Tiens ferme ta couronne, ...)

 

La Solitude Caravage est un livre inclassable : ni simple biographie, ni pur récit d’une découverte précoce et personnelle, ni  « simples » analyses d’un historien de l’art qui pousse parfois l’ investigation sur des points obscurs et délicats de la vie et de l’œuvre,...C’est tout cela à la fois: l’auteur prétend par ses rencontres successives avec la peinture du Caravage, et l’analyse de ses toiles, trouver une cohérence entre l’œuvre - tour à tour dépréciée (les trois premiers biographes, au XVIIème siècle) et exaltée pour les mêmes raisons : les fréquentations douteuses du peintre - et la vie de ce peintre baroque qui intrigue et attire un grand public friand de scandales, et la vie du Caravage n’en manque pas.

 

Diverses problématiques sont poursuivies sur le fil d’une vague progression chronologique, plus ferme vers la fin.

 

Par exemple, l’importance et le traitement des thèmes religieux imposés par les commanditaires (scènes de la passion du Christ et martyres de quelques saint(e)s, des décollations de Jean-Baptiste). Pour presque tous, des thèmes et des sujets édifiants qui montrent la violence et le sang, l’attitude sadique des bourreaux (les représentants du mal en action) et le pardon des victimes, et très souvent, dans la foule des assistants (ou dans la pénombre des lointains), l’autoportrait du Caravage, qui se met souvent en scène dans cet affrontement du bien et du mal, pour un face à face de plus en plus direct avec Jésus, au fur et à mesure qu’il approche de la mort qui surviendra dans sa trente neuvième année.

Une autre problématique qu’explore le livre de Haenel, est celle du traitement de la lumière et l’envahissement progressif du noir pour un clair-obscur éminemment dramatique, pour ne pas dire tragique, que l’on voit à l’œuvre dans son dernier tableau, Le Martyre de Sainte Ursule.

Bien que le travail ait été fait par d’autres historiens de l'art avant Haenel, ce n’est pas rien d’authentifier tout ce qui est vraiment de la main du Caravage (un artiste qui travaillait vite, sans dessin préalable) qui ne signait pas ses tableaux (sauf un, une Décollation qui est à La Valette), et à qui les premiers biographes, malveillants, ont attribué des « croûtes » donnant à voir des scènes de beuverie, ou des scènes de rixes entre voyous...

Haenel s’exerce également à une psychanalyse de l’œuvre, fasciné qu’il est par l’homosexualité du peintre, qui semble l’attirer puissamment, surtout dans les scènes mythologiques des tableaux du début.

Car, à travers l’étude du Caravage et de sa peinture, c’est bien l’étude de lui-même que poursuit Haenel : depuis ses premiers émois sexuels, provoqués par la Judith de la décapitation d’Holopherne, jusqu’au choix des femmes aimées (et des fixations du désir, comme ses petits renflements sous le menton qu’il décèle d’abord sur la Judith), son parcours intellectuel et professionnel, ses voyages en Italie sur les pas du Caravage et ses découvertes successives, autant de pierres qui marquent le récit d’un apprentissage sous-jacent, mais central.

Nous avons déploré les emballements, parfois obscurs, de cette langue analytique, frisant par moments « le métalangage », comme nous avons regretté l’absence des peintures analysées que « le profane » ne connaît pas toutes! Et qu’il faut chercher parallèlement...si l’on veut progresser dans sa lecture !

Ce que j’ai aimé personnellement, c’est l’utilisation de la littérature comme instrument d’analyse avec le renfort des mystiques comme le philosophe Maître Eckhart, le poète, Rimbaud, et de nombreux auteurs issus de la culture littéraire de l’auteur.

 

Après cet échange sur le livre de Yannick Haenel, nous avons regardé de près la liste de nos lectures des deux dernières années, pour élire Patria de F. Aramburu pour sa problématique peu étudiée jusqu’alors dans le roman, montrer l’emprise idéologique de l’ETA au sein d’une communauté villageoise, pratiquant la division, la mise au ban, et l’assassinat, suivis d’une possible réconciliation des ennemis d’hier.

Nous avons apprécié également la qualité de l’écriture, parfois décriée par la critique espagnole. Nathalie qui a rencontré l’auteur pour une présentation de son livre, nous dit combien il fut étonné de l’accueil enthousiaste réservé à son livre en Espagne, auprès de toutes les classes sociales, sans que soit vraiment apprécié son travail littéraire.

 

Nous avons aimé également MacEwan pour ses romans, Sur La plage de Chesil ou L’intérêt de l’enfant, un romancier qui a su nous convaincre par la puissance de ses intrigues, l’approche très rigoureuse de ses sujets et nous toucher.

 

 

 

 

Nous avons prévu de nous voir fin septembre en relisant pendant l’été un classique, ou un ancien prix littéraire (inspirés par la liste du Monde), Pourquoi pas un Balzac?

Mais aussi Le Zéro et l’Infini de Koesler(1940)

Ou encore, D’acier de Silvia Avallone (2011)

 

 

Avec aussi une nouvelle formule de fonctionnement pour notre groupe. A tour de rôle, nous ferons chaque mois, à tour de rôle, une proposition de lecture – ceci entraînant un possible compte rendu du livre proposé, puis analysé.

Il faut se renouveler!

D’ici là, un bel été à toutes, portez-vous bien, Hélène

 

 

 

 

 

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25 mai 2019

Mai, presqu'au complet!

 

 

Ce mercredi, au café Beaubourg, moins accueillant que d’habitude, nous avons parlé de nos lectures, principalement de celles que nous avions mises au programme, Amos Oz et son Histoire d’Amour et de ténèbres que nous avons relu avec le même plaisir et le même intérêt. Nous avons souligné sa grande humanité et dit combien était unique son style où l’humour se mêle à la tendresse pour parler des siens; unique aussi sa grande précision pour poser le cadre géographique et historique, où intervient parfois un grand sens poétique dans l’évocation vivante d’un Orient dépaysant. Et sans parler de son immense culture…

 

Nous avons ensuite abordé Margaret Atwood, auteure canadienne anglophone contemporaine, et deux de ses romans.

 

Ce fut d’abord La Servante écarlate, livre que nous avions lu, Christiane et moi.

Une brève remarque sur le titre,The Handmaid’s Tale (1985), dont se démarque le titre en français, La servante écarlate (1987) en référence à un célèbre roman américain, La Lettre écarlate de Nathaniel Hawtorne, écrit en 1850, se déroulant dans les temps reculés (XVIIème siècle) de la Nouvelle Angleterre puritaine qui sert également de toile de fond à Margaret Atwood dans son roman dystopique, La Servante écarlate.

Pourtant l’action de ce roman se passe dans une ère post-moderne, après une catastrophe, probablement nucléaire, aux conséquences multiples, dont l’instauration d’une dictature d’inspiration fondamentaliste chrétienne aux États Unis – et c’est là que nous retrouvons ce puritanisme des premiers temps de l’Histoire des Etats Unis - , devenus la république de Gilead dont les lois et le fonctionnement sont dictés par les préceptes de l’Ancien Testament.

Une autre conséquence dans cette dictature religieuse est l’asservissement des femmes qui, du jour au lendemain, après les jours de trouble qui suivirent le coup d’état militaire, ne peuvent plus rien posséder, à commencer par leur compte bancaire déplacé vers celui d’un homme, mari, père ou frère.

Et enfin, conséquence tout aussi grave, la baisse de la fertilité humaine qui entraîne une autre organisation sociale autour de la reproduction de l’espèce avec le viol ritualisé des Servantes, que l’on nomme La Cérémonie.

Mais ce roman ne se contente pas d’une peinture sociale, il met en scène une héroïne, June, appelée Defred (du nom de son Commandant), qui fait un récit à la première personne (dont nous saurons dans l’épilogue que c’est une retranscription de bandes magnétiques qu’elle a pu enregistrer et que l’on a retrouvées longtemps après les faits).

Le personnage évolue de la peur paralysante à l’émancipation, rejoignant le réseau Mayday qui tente d’organiser une résistance à la dictature.

Margaret Atwood livre là un très beau portrait de femme, soignant l’étude psychologique de toutes les femmes du livre, alors que les personnages masculins, dont le Commandant, ou le mari perdu ou le chauffeur Nick, restent sommaires.

 

Annick n’a pas trouvé ce livre particulièrement bien écrit. Christiane et moi insistons sur la puissance évocatoire du personnage principal dont la vie intérieure est d’une grande complexité et d’une grande richesse, nourrie par ses souvenirs et ses deuils, ses regrets concernant sa mère féministe qu’elle ne comprenait pas alors, son intelligence, son sens de la stratégie pour survivre...

La narration est originale puisque la parole de la servante est retranscrite de façon éclatée (l’ordre adopté des chapitres n’est pas garanti comme étant celui des enregistrements) ; puisque son histoire est enchâssée dans le récit postérieur d’un conférencier, spécialiste universitaire de l’époque giléadienne, qui donne à lire ce qui est considéré comme un document avec beaucoup de distance et de mises en garde.

Un livre inquiétant, captivant…

Comme le fut encore plus, le deuxième roman de Margaret Atwood, Captive, lu par Danièle et Marie.

 

 

 

 

 

Inspiré par un fait divers qui s’est produit en 1859 et qui bouleversa le Canada, Captive, met en scène une prisonnière, Grâce Marks qui s’étiole dans un pénitencier canadien, depuis l’âge de 16ans où elle tua, peut-être, deux personnes lorsqu’elle était domestique dans une grande maison. Personne ne sait si elle est coupable, innocente, ou folle.

Ayant donné lors du procès trois versions différentes des faits, Grâce s’est murée dans le silence, dont elle sortira au fil du temps, en acceptant de répondre aux questions du Dc Simon Jordan qui veut savoir et qui a su gagner sa confiance. Elle ne lui paraîtra ni démente, ni criminelle.

Mais elle lui tait les rêves troublants qu’elle fait la nuit. Ce roman analyse la complexité, l’ambiguïté de la jeune femme en même temps qu’il montre le lien ténu entre vérité et mensonge. Comme dans La Servante écarlate, il livre un beau portrait de femme qui connaît, même dans sa prison, une évolution. C’est ce qu’ont souligné Danièle et Marie qui ont bien aimé ce livre.

 

Il apparaît dans ces deux romans comme dans toute son œuvre, que Margaret Atwood est une auteure engagée pour la cause du féminisme. Elle a reçu de nombreuses récompenses pour son œuvre abondante et ses engagements humanistes : elle a raté le prix Nobel, attribué en 2013, à sa compatriote, Alice Munro,

 

Nous avons terminé par Le mur invisible de l’écrivaine autrichienne, Marlen Haushofer (1920-1970). Écrit en 1968, traduit en français en 1985, c’est son roman le plus célèbre.

Il se présente comme le journal de bord d’une femme ordinaire qui se retrouve seule dans un chalet de montagne où elle devait passer quelques jours avec des amis. Mais ces amis, avec qui elle est venue et qui la quittent pour un temps, ne reviendront pas de leur promenade au village voisin, en raison d’une catastrophe qui semble avoir exterminé une bonne partie de la planète et n’a laissé en vie qu’une portion étroite du territoire, située plus haut dans la (les ?) montagne(s). Un mur invisible sépare désormais ce monde encore vivant d’un monde figé, désormais mort, que l’on aperçoit sans pouvoir le rejoindre.

Comme Robinson sur son île, cette femme doit organiser sa vie, sa survie, avec les seules ressources du chalet (assez limitées, mais quelques outils et quelques plants s’avèrent précieux) et de son mental. Elle se sent également responsable de la vie des animaux qui par hasard se sont retrouvés près d’elle : le chien du maître, la chatte qui aura deux fois des petits, et la vache Bella qui aura un veau. Autour d’elle, c’est la nature sauvage avec ses animaux.

« J’ai entrepris cette tâche (de l’écriture) pour m’empêcher de fixer yeux grands ouverts le crépuscule et d’avoir peur. Car j’ai peur. La peur de tous côtés monte vers moi et il ne faut pas attendre qu’elle m’atteigne et me terrasse. J’écrirai jusque la nuit tombe et jusqu’à ce que ce travail dont je n’ai pas l’habitude me rende somnolente, la tête vide. Ce n’est pas le matin que je crains, mais les longs après-midi ténébreux. » (p10)

Malgré l’excellente postface de Patrick Charbonneau qui donne quelques pistes de lecture, le sens de cette fable reste énigmatique, mais ouvert.

« Oh lecteur(…), tu pourras t’appliquer à démonter le mécanisme du récit récurrent, trouver dans ton dépit des ficelles un peu grosses, pousser la mauvaise foi jusqu’à dire que, finalement, mis à part dans les premières et les dernières séquences, il ne se passe rien, ou pas grand chose, ou toujours la même chose, ta critique exprimera ta frustration d’avoir achoppé devant l’irréductible. Alors, si la curiosité t’aiguillonne, tu voudras en savoir plus sur l’auteur, tu liras ses autres œuvres et constateras que si elles résistent à l’interprétation, c’est sans doute qu’elles sont au sens le plus noble du terme, « autobiographiques » et plongent dans les profondeurs du mythe et de l’inconscient » (p326)

Deux clés d’interprétation sont proposées : l’une  a trait au contexte historique du nazisme, sans que P.Charbonneau en fasse grand chose ; l’autre plus efficiente, touche à la psychanalyse montrant que dans ce récit, tous les sujets masculins sont exterminés, ne survit que l’élément féminin, la narratrice, la chatte et la vache.

Allez-y, lisez-le, vous m’en donnerez des nouvelles !

Et peut-être en ferez-vous votre meilleur livre de l’année, puisqu’il en est question sur une proposition de Nathalie.

 

Un prix des lectrices comme j’en avais parlé l’an dernier, avec une justification, Annick, comme il se doit !

Pour le 19, ou le 20, ou le 26 juin… Les jeux sont ouverts, semble-t-il !

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18 avril 2019

En avril, ne te découvre pas d'un fil!

 

 

Une séance courte mais dense au Beaubourg ce mercredi 17 avril. Nous avons commencé par Amos OZ qui était au programme avec son livre Une histoire d’Amour et de ténèbres. Occasion de rappeler sa bibliographie et de nous remémorer ce que nous avions lu de lui, notamment son dernier livre sur le kibboutz, Entre amis.

 

Notre livre, qui n’est pas une fiction, mais une biographie, retrace l’arrivée en 1939 et l’installation de la famille d’Amos Oz en Palestine, devenu protectorat anglais, en avril 1920, avant de devenir un état, l’état israélien en 1947.

C’est donc le roman des débuts d’Israël. Mais ce n’est pas pour autant un roman historique, même si le lecteur apprécie cette mise en situation, riche en enseignements, pour constater combien fut difficile l’acclimatation de cette famille de lettrés, venue d’Europe de l’est (la mère est Ukrainienne) soudainement déclassée, aux attentes déçues, à la vie interrompue...Le nouveau pays ne leur offre pas les chances qu’ils espéraient. Occasion pour nous de parler de la gauche israélienne, si dynamique dans les débuts, et désireuse de fonder un nouveau type d’homme - le pionnier que deviendra le jeune Amos - , aujourd’hui en veilleuse pour ne pas dire moribonde.

C’est plutôt un roman familial, où nous nous garderons bien de faire comme le « mauvais lecteur » que caractérise Amos Oz au début de son livre, comme étant « le lecteur sociologique » ou « le lecteur médisant et voyeur». C’est une autre position à laquelle nous sommes conviés, nous glisser dans un espace de compréhension pour grandir moralement, devant cette famille où l’enfant Amos est aimé, adulé même, une famille étroitement unie qui se reçoit, s’entraide, mais où la mère, Fania, cède peu à peu à la dépression et se suicide quand son fils a 12 ans.

Et la tragédie se poursuit avec le remariage rapide du père, et la vengeance implacable de son fils qui s’en va au kibboutz, change de nom prenant celui de OZ, et refuse de parler à son père, jugé responsable de cet immense gâchis.

 

Voilà les grandes lignes d’une autobiographie (où tout est vrai) qui est surtout une œuvre créatrice originale, dans la reconstitution du passé, par la puissance évocatrice du style qui restitue la vie, la chaleur des relations, la complexité des sentiments, sans apitoiement, en s’en défendant même par la précision des analyses sociétales, géographiques, politiques et surtout, l’usage constant de l’humour et parfois de l’autodérision. Et c’est là un autre intérêt de ce livre que de nous faire rire tout en nous faisant pleurer.

 

 

 

Millenium People de J.G. Ballard, n’est certes pas un grand livre mais un livre bien écrit, qui fait réfléchir.

 

Un livre d’anticipation, qui montre dès 2003 ce que peuvent devenir nos sociétés de consommation, qui cèdent à la violence et à « l’action directe » pour faire aboutir leurs revendications.

Un livre qui met en scène la classe moyenne londonienne (dans la Marina de Chelsea, on trouve surtout des professions libérales, médecins, architectes, avocats…) dont les taxes sont devenues insupportables. Leur révolte est analysée selon une grille d’analyse marxiste : leur lutte pour maintenir leur pouvoir de consommation et donc leur place dans la société, s’inscrit selon l’auteur dans une lutte des classes et se voit qualifiée de  «nouveau prolétariat » qui fait la « révolution ».

A partir d’un évènement initiateur, l’explosion meurtrière d’une bombe à l’aéroport d’Heathrow, ces groupuscules, auxquels s’adjoignent à l’occasion les groupes antispécistes, mettent Londres à feu et à sang. Le personnage principal David Markham, qui donne au livre une progression (car il se lance dans une recherche du coupable après l’attentat d’Heathrow qui coûta la vie à sa première femme dont il était divorcé), mais qui en est aussi la faiblesse (personnage un peu falot, sans relief, en manque de caractère, d’idéologie :  un « suiviste », qui s’ennuie dans la vie, un désespéré qui ne croit en rien) , ce personnage principal est l’œil qui enregistre les différents tableaux de cet embrasement.

 

Prémonition des troubles sociaux actuels? Nous avons constaté avec Danièle, que le cadre sociétal est différent du nôtre. Il y manque :

-       la globalisation (cela ne concerne que la ville de Londres),

-       les flux migratoires (on reste dans les quartiers bien blancs de Londres),

-       l’Europe et l’ombre du Brexit,

-       les recherches identitaires, et le terrorisme islamique (bien que l’attentat d’Heathrow, non élucidé, soit imputé entre autres pistes, à Al Quaïda).

 

Ce livre nous fait découvrir un nouvel auteur, Ballard, dont la vie, à elle seule, est un roman. Christiane en lit le récit actuellement avec La vie et rien d’autre.

L’autre intérêt est de voir la puissance dans la réflexion de ces romans d’anticipation, quand ils présentent à ce point un degré de plausibilité dans les conséquences, comme dans les hypothèses. Je l’ai constaté également dans le roman de Rosa Montero, Los tiempos del odio dont nous lirons, bientôt peut-être la traduction française.

 

 

Nous aimerions lire pour le 22 mai, date de notre prochain rendez-vous, un livre de Margaret Atwood, au choix...(La servante écarlate, La captive…)

 

Et terminer Une histoire d’amour et de ténèbres...

 

Je vous signale chez Picquier, un petit livre de Yan Lianke, Un Chant Céleste, qui nous promet « la même puissance de chant » que dans Les jours, les mois, les années. S’agit-il du chant poétique ? ou du chant de la voix humaine ? Les quelques pages que j’ai lues et qui sont superbes, ne me permettent pas encore de trancher.

Joyeuses Pâques!

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22 mars 2019

Encore des "Petites Nouvelles d'anniversaire"

 

Merci Hélène de ton compte rendu très riche et qui donne envie de lire chaque livre.  Voici donc ma contribution  avec « L’étrange histoire de Benjamin Button » et "La lie du bonheur" de Scott Fitzgerald, deux nouvelles bien frappées !

La première nouvelle est l’histoire de Benjamin Button, dont l’horloge biologique est inversée, c’est à dire qu’il naît vieillard et à 80 ans est un nouveau né.  La nouvelle décale notre regard sur la vie et nous plonge dans une réflexion sur l’altérité et la fragilité de l’existence. Fitzgerald excelle dans la description caustique des milieux sociaux, ici la  bourgeoisie américaine, avec ses conventions et ses travers. Du coup, cet été, je vais me lancer dans d’autres lectures de cet auteur.

La  deuxième nouvelle, dans le même livre, « la lie du bonheur », porte sur le bonheur éphémère (encore) avec l’histoire de deux couples qui, pour des raisons différentes, plongent dans le malheur d’être mal accordés. Le premier couple, très uni, se rompt par la maladie subite du mari qui le plonge des années dans le coma, le deuxième rompt par des centres d’intérêts complétement opposés. Cette nouvelle très  courte est d’un pessimisme cafardeux.

Mes autres lectures sont liées à mon travail actuel. Mais j’ai commencé Millenium et le début m’a  accrochée.

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17 mars 2019

Petites nouvelles d'anniversaire

 

Bravant les giboulées de mars nous nous sommes retrouvées presque au complet pour présenter, chacune le sien, les petits livres offerts par Nathalie ainsi que le livre de David Diop, Frère D’âme, qui traite de la présence des tirailleurs sénégalais dans l’armée française pendant la première guerre mondiale.

 

Le livre tire sa puissance évocatoire du style lyrique, inspiré, fondé sur les images, la répétition - parfois lassante a dit quelqu’un - qui s’efforce de restituer l’éloquence, la vision du monde propre aux Africains. L’auteur nous montre la perte d’humanité - jusqu’à la folie - d’un tirailleur qui ne peut accéder à la demande de son ami, Mademba, blessé au ventre et demandant qu’on l’achève, enfermé qu’il est dans la culpabilité de le perdre et surtout de révéler son geste aux parents et au village.

Mademba, son plus qu’ami, celui qui l’a sorti de la douleur d’avoir perdu sa mère, celui qui l’a suivi en Europe, pour le protéger dans les combats.

Mademba, son frère d’âme, qu’il ne peut ramener à la vie, et qu’il ne peut achever pour lui donner la mort miséricordieuse qu’il réclame.

Le narrateur, Alfa, sombre alors dans la folie,  en allant au-delà des ordres son capitaine qui lui avait demandé de jouer la comédie de la sauvagerie (monter à l’assaut en hurlant avec son coupe-coupe pour effrayer l’ennemi). Il sera à présent sauvage par volonté, guetter une proie – « l’ennemi aux yeux bleus » -, lui couper la main, qui sera ramenée en trophée, l’éventrer, puis l’achever dans un geste d’humanité qu’il n’a pas su avoir avec son ami. Rituel macabre qu’il reproduit presqu’une une dizaine de fois, jusqu’à ce que ses camarades de tranchée, et son capitaine s’en effraient et le renvoient à l’arrière. Il y sera soigné par le Dc François. Ses dessins, très révélateurs, permettent d’évoquer l’Afrique, les souvenirs heureux et le contre-point de la nature, de la vie villageoise, mais aussi de révéler la faille originelle du narrateur, aggravée par le choc de la guerre.

 

Nous avons toutes été sensibles à la qualité de l’écriture qui donne une nouvelle  approche de ce que dut être l’horreur de cette guerre des tranchées.

 

Marie a commencé la présentation des « petites nouvelles  d’anniversaire de nos rencontres » avec une nouvelle de Stephan Zweig, Brûlant Secret, dont l’intrigue lui a fait penser à Braises de Sandor Maraï, qu’elle avait bien apprécié (Parallèle intéressant que nous avions exploré il y a quelques années, dans la biographie et dans l’œuvre).

En vacances à l’hôtel, un jeune homme utilise un enfant avec qui il se lie d’amitié, pour séduire sa mère. L’enfant comprend le rôle qu’on lui fait jouer dans cette liaison qu’il découvre et essaie de se venger, puis se sauve chez sa grand-mère. Pour analyser ces sentiments complexes dans ce récit d’apprentissage, avec le point de vue continu de l’enfant, l’analyse toute en finesse de Stephan Zweig fait merveille.

 

Danièle a parlé d’une nouvelle de Proust, La fin de la Jalousie appartenant au recueil, Les Plaisirs et les jours, dont le style brillant, à la fois précieux et incisif, lui a fait penser à Mme de la Fayette. L’auteur parle des mondains de son époque qu’il a pu longuement observer lors de ses dîners en ville. Le personnage central, Honoré de Tenvres est profondément épris d’une jeune femme, dont la réputation devient tout à coup suspecte. Et il découvre la jalousie, tourment insoutenable  de l’âme. Conte moral à la Rohmer ? Les personnages de cette nouvelle sont différents de ceux de la Recherche, ici décrits avec un détachement cruel…Danièle a bien aimé cette lecture de la passion amoureuse et de la jalousie.

 

Christiane avait en main Daisy Miller de Henry James dont nous connaissons aussi le talent d’analyste. Dans cette longue nouvelle il met en scène une jeune, riche et jolie Américaine, Daisy Miller, en villégiature à Vevey en Suisse, par l’intermédiaire d’un jeune homme narrateur, Winterbourne, qui la fréquente, complètement subjugué par sa fraîcheur, sa liberté d’allure et d’expression, loin des codes de la bonne société européenne. Il la retrouve en Italie, à Rome, auprès d’un jeune Italien, chasseur de dot. Sa désinvolture suscite également le rejet, même dans les cercles fermés des expatriés américains.

Victime d’une grave maladie, Daisy Miler va mourir et, pour Winterbourne qui l’avait également rejetée, l’heure des révélations va sonner et les ambigüités se lever. Christiane fait remarquer qu’on retrouve la même ambigüité dans ce portrait de femme, que dans La bête dans la jungle. Ce personnage féminin nous paraît-il vulgaire par moments ou l’est-il réellement ?

 

Nathalie a présenté  rapidement la nouvelle de Dostoïevsky, Le petit Héros, attribuée à Annick qui ne l’a pas encore lue. Retenons que c’est une nouvelle de jeunesse écrite en prison, que le personnage préfigure Aliocha des Frères Karamazov, et qu’on trouve dans ce livre des résonnances de Balzac qui a beaucoup marqué Dostoïevsky, notamment du Lys dans la Vallée.

 

J’ai ensuite présenté une nouvelle d’un prix Nobel de littérature (2010), que nous connaissons, l’écrivain péruvien, Mario Vargas Llosa : Les Chiots. Ceux et celles qui ont lu La tante Julia et le scribouillard  (La tía Julia y el escribidor), savent que le courant autobiographique est bien présent dans cette œuvre qui touche des domaines très variés, le social, le politique, la création artistique…Les Chiots raconte le destin d’un copain de classe, Cuellar, surnommé « Petit zizi ». Nous faisons sa connaissance à l’école primaire, chez les Frères (maristes ?), enfant apprécié de ses maîtres et rapidement intégré dans un groupe de copains – dont le narrateur -  qui jouent au foot dans l’équipe de l’école. Un accident survient dans les vestiaires de sport : le chien de garde de l’école s’est échappé et mord cruellement le petit Cuellar…dans les parties génitales. Malgré les soins, l’opération de 12 heures, l’enfant gardera des séquelles et nous comprenons rapidement par les points de vue et souvenirs des copains dont la parole vive est restituée tout au fil du temps, qu’il gardera une incapacité physique dans les rapports sexuels.

La nouvelle retrace le parcours de ce garçon : enfance, adolescence, entrée dans la vie adulte, toujours encadré par son groupe de copains qui l’aiment bien, mais qui reproduisent le code de virilité qu’on leur a transmis à travers les différents rites de passage à l’âge adulte et donc qui se posent en modèles, impossibles à suivre, dans les conquêtes amoureuses.

Ce groupe d’amis continue à l’appeler familièrement, et affectivement par son surnom, Petit Zizi, poussant ce garçon à la surenchère des actes de provocation, dans la conduite des automobiles comme sur la planche de surf à la plage. La mort accidentelle au volant survient comme une évidence et est donnée très rapidement à la fin, alors que le groupe de copains, mariés, entrés depuis longtemps dans la vie professionnelle, s’est disloqué et se voit très peu. Une nouvelle cruelle racontée avec une rapidité et une économie de moyens qui la rend d’autant plus poignante.

 

Simone a présenté Morphine de Boulgakov, auteur de l’inoubliable Maître et Marguerite, lu et relu, mais aussi de nouvelles étonnantes, comme Cœur de Chien et, inspirée sans nul doute de sa pratique de la médecine, Morphine.

Cette petite nouvelle se présente sous forme d’un journal tenu de façon irrégulière par le jeune Docteur Poliakov (personnage fictif), qui, après une déception sentimentale, se retrouve affecté, peu de temps après la révolution, dans un dispensaire loin de la capitale. Il n’a pour seule compagnie qu’Anna, l’infirmière du centre qui l’assiste dans sa pratique et qui gère l’approvisionnement en médicaments dont la fameuse morphine, si utile dans les interventions chirurgicales. Il est atteint d’un mal dont seule la morphine peut atténuer les effets, comme elle l’aide à soulager ce poids de la solitude et de la misère humaine qu’il affronte désormais seul sans aucun dérivatif.

Peu à peu, sous l’effet de l’accoutumance de l’organisme, il augmente les doses de morphine et tombe dans la toxicomanie sous le regard impuissant d’Anna. Les notes deviennent plus lapidaires, le journal est irrégulier, trahissant une évolution du narrateur vers la folie, puis le suicide.

 

Pour la prochaine fois, le mercredi 17 mars, nous aborderons le roman visionnaire de J.G. Ballard, Millenium People, puisqu’en 2003, il décrit la révolte de la classe moyenne londonienne. La science-fiction est aussi un outil de réflexion, nous le verrons à travers ce livre (qui a ses faiblesses…mais lesquelles ?), et cet auteur que nous découvrons et sa vie, à elle seule, est étonnante. Christiane nous en parlera, avec, du même auteur, La Vie et rien d’autre.

Nous avons aussi décidé de mettre au programme, le superbe livre d’Amos Oz, écrivain israélien qui vient de disparaître, Une histoire d’amour et de ténèbres. A lire et à relire! 

 

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27 février 2019

Janvier 2019, l'hiver indien!

 

 

Malgré les pluies, les bourrasques, les flocons, le grésil..., toutes les gentillesses apportées par la tempête « Gabriel », nous nous sommes retrouvées à six au Café Beaubourg.

En repli, au fond, sur les banquettes, non loin de nos tables rondes, réservées pour un banquet qui n’était pas le nôtre.

 

Non, nous n’étions pas prêtes encore à parler l’antique langue des serpents, même si, grâce à Kivirähk, l’auteur estonien contemporain, nous en devinons maintenant les arcanes : nous savons que notre langue de mangeurs - mangeuses- de pain est trop engluée, car trop épaisse, pour se plier, se tordre dans le but d’émettre les sifflements requis.

 

Nous n’avons donc pas essayé, même si le livre, assez long, et en cours de lecture pour cinq d’entre nous, nous a séduites pour son souffle, sa fraîcheur, la puissance de son univers imaginaire qui tente de retrouver dans ce peuple de la forêt auquel appartient Leemet, le personnage principal, les racines du peuple estonien au moment où il est envahi par « les hommes de fer », les chevaliers, allemands pour nombre d’entre eux, et christianisé par les moines, tout cela entraînant une mutation des sociétés sylvestres en sociétés paysannes vivant désormais en villages, dans les sphères de pouvoir des monastères et des forteresses ou châteaux.

 

C’est cette double attraction que subit le jeune Leemet, celle de la forêt où il vit, où se tient désormais :

- le reste de sa famille (mère, sœur et oncle maternel), mais aussi,

- d’autres familles dont celles de ses amis - deux garçons de son âge   qui vont, hélas pour lui, aller vivre au village, celle de son amie, Hiie.et son amie Ints (parmi ses congénères, les serpents), une vipère royale, pleine de sagesse et de bon sens,

 - mais aussi, des êtres étranges, comme ces humains semi-végétaux que Kivirähk nomme des anthropopithèques,

  - Le devin, le sage Ulgas dans son bois sacré, dont on montre l’esprit borné et fanatique.

- Deux éleveurs de poux (!), très primitifs, mais assez savants dans leur art car ils savent dresser leurs animaux, et par mutations et croisements,obtiennent un poux géant, aussi grand qu’un chevreuil, qui a son importance dans le livre.

- Tous les autres animaux de la forêt. Certains servent de nourriture comme les élans et les chevreuils (mais ne sont tués que pour les stricts besoins alimentaires); d’autres, comme les loups, sont domestiqués et procurent du lait ou servent de montures; enfin, d’autres comme les ours, sont des partenaires un peu inférieurs aux humains en raison de leur bêtise, mais séduisants, car attirés par les femmes, et attirants pour la beauté de leur regard et de leur fourrure : ils sont nommés avec condescendance par Leemet, « les Bruns ».

 

Le jeune Leemet, parfaitement intégré à son milieu, car il connaît, grâce à son oncle Vootele, la langue des serpents - qu’il est capable d’entendre mais surtout de parler- , est également attiré par le monde villageois dont il vient (son père ayant décidé d’y vivre), qu’il a quitté après la mort accidentelle de ce père, pour suivre sa mère et sa sœur, retournant vers leur famille, l’oncle Vootele, et un grand-père disparu qu’on espère vivant, et qui reviendra, mais trop tard.

 

Ces deux univers, la forêt et le village, offrent des intérêts différents, pour ce qui est des femmes lorsque le jeune Leemet arrivé dans l’âge du « rut » (un terme que l’auteur choisit pour aligner les différentes espèces de la forêt connaissant le même besoin, celui de se reproduire) est doublement attiré par deux filles « sexy », respectivement, Hiie et Maddalena (orthographe de mémoire, le livre n’étant plus là). Les circonstances voudront qu’il les connaissent l’une et l’autre, et que cette deuxième vie qu’il se construit au village auprès de Maddalena et de l’enfant que lui fit un chevalier, trouve son terme, sans possibilité de retour, ni au village (brûlé), ni dans la forêt (désormais désertée), à cause du double fanatisme des « religieux », Ulgas d’un côté, le doyen Johannes de l’autre.

 

L’Homme qui savait la langue des serpents offre plusieurs niveaux de lecture.

 

         Roman d’initiation montrant des apprentissages qui laissent à penser que Leemet veut être le premier à faire telle ou telle chose, alors qu’il se retrouve le dernier à accomplir ces actions traditionnelles ou nouvelles.

 

 

         Roman de la solitude qui se termine par la fin d’un monde, sans pour autant cultiver la nostalgie ou la tristesse parfois présentes. La narration, assurée par Leemet, se fait souvent avec beaucoup d’humour, de réalisme, et même d’esprit critique. Il y règne par exemple un anticléricalisme dans lequel nous autres Français, nous nous reconnaissons. La problématique soulevée est bien de savoir comment s’adapter au changement.

 

         Il est à noter que tous ces changements mortifères viennent de la mer d’où débarquent « les hommes de fer ».

 

         Conte fantastique par ses créatures étranges et les relations étroites avec le monde animal; conte qui se veut dans son aboutissement, une quête de cet animal fabuleux qu’est la Salamandre, symbole du monde ancien.

 

 

         Roman historique, qui s’attache, à travers l’évocation fantaisiste d’un Moyen Âge estonien d’avant l’Histoire (que l’auteur fait démarrer à l’arrivée des Allemands) à la mise en relief des valeurs propres et des racines des Estoniens dont le pays, rappelle le traducteur (qui offre à ce livre une belle postface), a souvent été envahi.

 

         Roman d’amour, conte philosophique...

 

 

L’Homme qui savait la langue des serpents est tout cela à la fois, ce qui explique l’intérêt de Manaudier, traducteur du livre, professeur d’Histoire, d’estonien, de basque, spécialiste des langues finno-ougriennes...qui vaut à lui tout seul le détour, nous confirme Christiane, avertie par un libraire.

 

Le livre, publié en 2007, traduit en français en 2013, a reçu en 2014 le grand prix de l’Imaginaire du meilleur roman étranger.

Il nous propulse avec bonheur dans les lettres estoniennes et nous donne envie de découvrir les autres romans de Kivirähk.

 

Il fut très peu question de Frère d’âme de D.Diop que nous avons commencé, que nous trouvons bien écrit et passionnant. Nous l’analyserons la prochaine fois.

 

La prochaine fois, ce sera le 13 mars. Nous nous proposons de parler des livres offerts par Nathalie (chacune présentera le sien).

 

Nous pourrons également lire, découvrir un livre de science-fiction, d’un auteur britannique, consacré à la révolte de la classe moyenne à Londres...Il s’agit de Millenium people de J. G. Ballard.

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21 décembre 2018

Avant Noël

 

Moment très agréable au Café Beaubourg, non loin du sapin de Noël , de rouge vêtu, du chat tigré, maître des lieux, et des arrières-plans habituels où se nichent des personnes désormais connues, de noir vêtues.

 

Notre conversation fut buissonnante,  passant de la mafia corse (à propos du dernier livre de J. Ferrari, A son image), aux spectacles de théâtre ou expositions, recommandés par Annick qui se souvenait d’une adaptation remarquable du  Maître et Marguerite, le roman de Boulgakhov, ou par Daisy, ou par moi qui sortais des expositions sur Miró et sur Venise au XVIIIème siècle; clin d’œil également à Michel Pastoureau aperçu dans la petite lucarne et surtout entendu, dans son expression élégante et précise, pour présenter son dernier livre consacré à l’Ours et annoncer la publication prochaine d’un livre consacré à la couleur jaune.

 

La perche était tendue, nous avons versé dans le « jone » (couleur et phonèmes récemment revisités), et nous avons commenté avec des réserves l’article de Florence Aubenas dans Le Monde, sur la France des ronds points. Tous ces rebondissements étaient inspirés par nos lectures diverses:

  • La déposition de Florence Aubenas pour Marie
  • George Sand à Nohant, livre de l’historienne Michelle Perrot, qui a

 bien plu à Daisy.

 

Mais nous avons gardé le cap sur Oneiron de Laura Lindstedt, proposé, puis sévèrement critiqué par Nathalie. Danièle, Marie et moi avons voulu voir par nous-mêmes.

Donc, la jeune auteure (1976) est Finlandaise et propose là son troisième roman primé dans son pays. 

Le titre est grec Oneiron : il n’a pas vraiment de traduction en français, où nous connaissons le mot onirologie qui est la science des rêves. De fait, le livre est caractérisé par son auteure, de « fantaisie », en raison de sa matière (imaginer les quelques secondes qui suivent la mort, avec la migration de l’esprit et même de l’enveloppe corporelle); en raison aussi de sa construction, visant à évoquer les vies de sept femmes décédées et rassemblées dans un même lieu, des vies condensées et limitées à leur dernière journée mise dans le contexte de la personnalité et des relations, parfois dangereuses, avec l’entourage.

Ces récits, faits souvent sur le mode du monologue intérieur, ou nourris par des commentaires et observations d’une narratrice, mêlent d’autres sortes d’écrits : 

  • écrits médicaux (Le précis de respiration par exemple), 
  • des poésies (celles écrites par Polina, la Russe), 
  • des articles de journaux (au sujet des spectacles de Shlomith, la
  • performeuse américaine... ou l’assassinat de Maimouna, la

    Sénégalaise, par les terroristes d’AssarDine ,

  • le texte d’une conférence...
  • une lettre 
  • et bien d’autres...

 

Tout cela rend le livre décousu et touffu par sa masse d’informations, certaines différées tout à la fin. Ceci joint à une difficile progression (comme le passage d’un monde tout blanc à un monde jaune, avec l’évanescence des formes corporelles) - rend la lecture du livre éprouvante, mais pas lugubre, comme tu disais Nathalie ! C’est un livre exigeant.

 

Le propos du livre? 

C’est d’abord de s’interroger sur l’au-delà, (ou l’après la mort), décrit grâce à l’apport récent des neuro-sciences sur le sujet (travaux de l’université de Southampton), mais aussi grâce au renfort des religions  ou des philosophes comme Sartre ou Swedenborg ou des poètes comme Dante. 

 

Mais à travers l’expérience d’un personnage central du livre, Shlomith, il y a la nécessité pour l’auteure d’analyser le monde post – Shoa. Cette performeuse américaine dont la vie, les performances occupent une place prépondérante dans ce livre, par rapport aux vies des autres personnages, prétend faire œuvres d’art, mais en plus, pour elle, donner à voir ses souffrances d’anorexique, s’autodétruire en public, est une réponse aux théologiens juifs qui ont tenté de trouver dans les textes une justification à la Shoa.

Pour Shlomith, Dieu n’existe pas « toutes les tentatives de trouver une explication théologique au génocide juif aboutissent à une impasse. Dieu était absent. Dieu est absent. Il n’y a pas de Dieu. Il n’y a qu’un flot de justifications toujours plus alambiquées qui ne sert personne » p.428

Pour aller plus loin dans l’analyse de ce point, on peut se référer à Sophie Ashram et à son article, Un septuor somptueux.

Je n’ai pas eu envie de la suivre, mais la piste est belle.

 

Nous avons prévu de nous revoir le mercredi 30 janvier avec deux livres différents, mais sans doute dérangeants, Frères d’Âme de David Diop, et L’Homme qui savait la langue des serpents d’Andrus Kivirähk

 

A l’année prochaine donc ! D’ici là, passez un bon Noël… 

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17 novembre 2018

Juste avant, juste après...

Dans notre café habituel, tout était à sa place, la table ronde, le gros chat tigré venu se faire admirer, tout comme l’homme au catogan, désormais visible, trois tables derrière nous.

Mais à notre table, il manquait Simone, empêchée,...et Annick que nous avons vainement attendue, lui réservant un verre de Pinot, que nous avons fini par boire! Mais elle était avec nous tout de même par ses propositions de lecture, Cavafis, le poète grec du XIXème siècle et le diariste suisse Amiel, introuvable dans les bibliothèques et chez les distributeurs des libraires...Nous en avons reporté la discussion à la fois suivante.

 

Nathalie nous a fait la surprise d’un livre offert à chacune pour l’anniversaire des dix ans de notre groupe, puis a évoqué ses lectures du moment dont celle de Faulkner, dont l’œuvre romanesque est immense par son importance, son originalité, mais reste difficile.

 

Daisy nous a parlé de Microgrammes de Robert Walser en lien avec l’expo sur Georges Focus (peintre du XVIIème siècle interné aux Petites Maisons) aux Beaux Arts.

 

 

Nous avons présenté, Marie et moi, le livre d’Estelle-Sarah Bulle, Là où les chiens aboient par la queue, livre qui a reçu début septembre le prix Stanislas.

C’est une chronique familiale qui livre la parole de trois femmes en Guadeloupe (Antoine, Lucinde et la nièce), et d’un homme (Petit frère), unis par des liens de parenté : les deux sœurs et leur petit frère, orphelins de mère, morte prématurément. Celle qui se nomme « la nièce », recueille les récits de ses tantes et de son père, conduit la narration et distribue la parole pour construire un récit où elle ménage différentes progressions.

Évolution fatale pour le couple de ses grands- parents, Hilaire et Eulalie, qui bravèrent les interdits sociaux en se mariant, lui, Hilaire, un Noir, petit exploitant agricole et elle, Eulalie, appartenant à une famille de « petits blancs » qui s’était jusqu’alors préservée du métissage. Ce mariage tourne mal, en raison principalement du caractère fantasque d’Hilaire; Eulalie, dépressive, épuisée par ses grossesses et les difficultés de la vie quotidienne à Morne-Galant dans la proximité d’une belle- famille peu accueillante, meurt au cours d’une énième grossesse. Les trois enfants qui restent, finiront par quitter leur père et leur village, pour aller d’abord à la grande ville, Pointe-à-Pitre, puis en métropole, en région parisienne où va naître la « nièce » (qui n’est autre que la narratrice-auteure), pour une sorte de libération où l’on peut enfin naître à soi-même, loin de l’île, de ses préjugés, de ses cloisonnements, mais en gardant intacte la joie d’y revenir en vacances, dans un retour aux origines...De nombreux problèmes sont soulevés, et pas seulement identitaires, comme l’évolution de la société antillaise avec la modernité, l’instruction, l’amélioration du niveau de vie, l’attraction des villes...L’écriture, qui s’approprie le parler créole, par la parole et la vision du monde des tantes, doit beaucoup à Patrick Chamoiseau.

 

Marie a parlé d’un livre de Stevenson, qui l’a impressionnée, Le Maître de Ballantrae(1889) et de deux livres très intéressants de Jack London , Les Temps Maudits et Le Cabaret de la dernière chance. (Il faudra qu’un jour, on explore un peu mieux cette œuvre de London, à laquelle on revient toujours.)

 

Daisy, pour sa part, a bien aimé et présenté le prix des lycéens 2016, Petit Pays de Gaël Faye, qui, dans ce premier roman, parle d’une enfance au Burundi, voisin du Rwanda, et des conflits ethniques qui agitent cette partie de l’Afrique, celle des grands lacs. Mais pour Gaël Faye, c’est avant tout le pays de son enfance, et du bonheur retrouvé par l’évocation des souvenirs d’enfance...

Il fut question également de La Vie Princière de Marc Pautrel, Il me semble que Marie (ou Nathalie?) en disait grand bien, mais là - Annick, tu en es responsable! - le deuxième verre de Pinot noir brouillait les cartes...

 

Auparavant, j’avais eu le temps d’écouter Christiane, ravie par la lecture d’un nouveau livre de HUANG Sok-Yong (Souvenez-vous de Princesse Bari et du Vieux Jardin), livre qui a pour titre Au pays du soleil Couchant et qui lui a beaucoup appris sur la société sud-coréenne qu’elle a récemment découverte dans ses voyages.

Elle parla aussi d’un livre d’un écrivain sud-coréen, Le Poète de Mun-Yol Yi, récit consacré au poète vagabond Kim Sakat (né au XIXème siècle) où l’auteur dit ce que cela représente d’être un fils de traître, comme il le fut lui-même. Livre très intéressant, facile à lire, que l’on trouve lui aussi aux Éditions Picquier.

 

Danièle était de celles qui avaient une opinion sur Amiel, ayant réussi à se procurer une sorte de condensé du Journal, avec les Dix jours à Chessex. Marie avait également (il me semble…) goûté de ce journal, de quoi dessiner une ébauche de portrait de ce grand écrivain suisse, hypocondriaque, « macho », avec une tendance à la procrastination à la Oblomov (dixit Marie)...

Voici ce que dit d’Amiel, sujet d’un livre récent (13-09-18) de Roland Jaccard, Les derniers jours d’Henri-Frédéric AMIEL,

« Chaque jour est le dernier pour Henri-Frédéric Amiel et c’est pourquoi il conjure son angoisse de la mort en tenant son journal. Roland Jaccard se substitue à lui alors qu’il agonise et se remémore ce que fut sa vie. Et paradoxalement, il y trouve plus de raisons de se réjouir que de se lamenter. Cet inlassable séducteur tergiverse sans fin sur les avantages et les inconvénients du célibat. Travaux pratiques à l’appui. Ce mélancolique fait tourner les têtes sans pour autant y sacrifier la sienne. Rien ne saurait pourtant lui faire oublier sa tendre Cécile qui s’est suicidée à la fleur de l’âge.

S’il fallait le rapprocher d’un personnage contemporain, ce serait de Charles Denner dans L’homme qui aimait les femmes de François Truffaut. » (présentation de l’éditeur Babelio)

 

Vous serait-il à présent plus attirant?

 

Danièle avait également mis ses pas dans ceux de Nathalie en se procurant le livre d’Antoine Vautier, Pense aux Pierres sous tes pas. Un livre qu’elle a trouvé « rude », mais à la lecture facile puisque c’est une fable. Nathalie l’a rejointe pour une appréciation modérée, voire négative, sur ce livre.

 

Il fut aussi question de Carole Martinez que j’avais rencontrée au café-librairie L’Ivraie, à Douarnenez. Rencontre et discussion passionnantes pour connaître la riche personnalité de Carole Martinez , éclairantes pour le laboratoire de l’œuvre et pour comprendre l’importance que revêt la nature, puisque tel était le thème de la discussion engagée avec une journaliste. A la suite de Cœur Cousu, j’ai lu avec le même enthousiasme, Le Domaine des Murmures dont l’intrigue se passe au Moyen Âge et en Bourgogne : anciennes légendes, mythes et thèmes folkloriques des contes donnent une grande puissance à ce récit.

 

Pour la fois prochaine, que nous avons fixée au mercredi 19 décembre, nous avons mis au programme sur le conseil de Nathalie, Laura Lindstedt, une Finlandaise et son livre Oneiron, traduit du finnois par Claire Saint-Germain et publié chez Gallimard. On peut noter la présence de cette auteure au festival Les Boréales, qui se tient actuellement (15 nov-25nov) en Normandie.

 

Mais Juste après la mort, que se passe-t-il? C’est sur ce titre énigmatique, en lien, je suppose, avec Oneiron, ou sans doute, titre d’un spectacle monté par l’écrivain norvégien, Jon Fosse, qu’on peut lancer la réflexion - scientifique? philosophique? - pour le 19 décembre.

 

D’ici là, lisez bien, Hélène

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14 octobre 2018

Octobre au Café Beaubourg

 

 

L’été indien, Le Beaubourg, la table ronde, et nous toutes au complet, sans oublier l’homme au catogan et lunettes rondes dans les coulisses...

C’était hier notre dixième rentrée littéraire avec nos lectures d’été au programme, principalement :

            Ludmilla Oulitskaïa et ses romans et recueils de nouvelles

            Fernando Aramburu et son roman Patria traduit en français depuis le printemps.

 

 

 

Oulitskaïa est un écrivain russe contemporain dont le dernier livre paru au printemps est L’Echelle de Jacob. Nous avions lu d’autres titres. Christiane a parlé d’un recueil de nouvelles, Mensonges de femmes, qui propose quatre nouvelles sur des « mensonges » de femmes qui enjolivent leurs vies étriquées dans des appartements communautaires tels qu’ils ont pu exister dans les villes pendant la période communiste. Toutes quatre se font démasquer justement en raison de cette grande proximité des voisins qui peuvent vérifier les histoires qu’elles inventent.

 

Simone avait lu, comme moi, le roman Sincèrement vôtre, Chourik, qui retrace le parcours sentimental de Chourik, un jeune homme brillant, bien élevé par sa grand-mère qui lui enseigne le français, les bonnes manières...et la pitié pour les femmes! C’est cette pitié qui le détourne de ses études pour devenir « l’homme de service » au sens propre, auprès de femmes, jeunes et moins jeunes. Un roman plaisant en raison de la distance ironique que pratique l’auteure, vis à vis des « exploits »de son personnage, homme ordinaire...

Roman intéressant par les petits tableaux de la vie russe, notamment moscovite, proposés à chaque rencontre, dans les derniers temps du communisme, sous Brejnev. Mais la technique narrative reste sans surprise et finit par lasser.

Daisy avait lu avec plaisir Le Chapiteau Vert qui traite de la Dissidence dans la période post-stalinienne. Trois garçons deviennent dissidents par amour pour la littérature et aussi parce qu’ils sont mis à l’écart par leurs camarades de classe. Daisy a trouvé beaucoup d’intérêt à la peinture politique et sociale à laquelle se livre l’auteure.

Oulitskaïa, un écrivain qui honore les lettres russes mais qui n’intéresse pourtant pas le pouvoir en place, constate-t-elle.

 

 

Nous avons ensuite parlé de Patria d’Aramburu, écrivain basque vivant en Allemagne, qui a publié ce livre culte il y a deux ans, écrit en espagnol avec un glossaire pour les mots basques, importants pour percevoir les diverses relations, villageoises et familiales.

Un livre culte, vu la place exceptionnelle qu’il occupe dans l’édition espagnole avec son million d’exemplaires et son étonnant pouvoir de résilience au pays basque et dans toute l’Espagne, ouvrant le dialogue dans les familles et dans une société fracturée par des années de terrorisme.

On connaît déjà l’intrigue reposant sur l’amitié quasi fusionnelle de deux jeunes filles d’un petit village du Guipuscoa, séparées par les épreuves que leur réserve la vie, et...l’ETA.

Ce qui nous a intéressées dans ce livre c’est l’action de l’ETA, cette remise en cause très bien faite de la violence. C’est Simone qui a ouvert le feu - pour conserver ce registre.

Cela commence, dit-elle, par l’endoctrinement des jeunes, pratiqué par des illuminés comme le curé, et des fripouilles (Marie parle de « voyous ») comme le tenancier du bar qui joue l’intimidation, la pression ouverte, la dénonciation au groupe; les phénomènes de bande fréquents à l’adolescence y prennent aussi leur part, ainsi qu’une sorte d’attraction romantique pour la clandestinité, les armes, les rapports de force avec l’état espagnol où l’on joue au plus fort.

C’est tout le processus qui est décomposé:

            Le financement par l’impôt révolutionnaire

            La mise au ban du récalcitrant (El Txato)

         Le départ des militants jusqu’alors dédiés à la guérilla urbaine et leur entrée dans la clandestinité quand ils ne peuvent déjà plus revenir en arrière.

            Leur formation militaire

       Leur éloignement momentané, puis leur retour pour des missions importantes, des assassinats de gens en vue, dans le tissu économique, ou dans l’administration et l’armée...

L’intrigue romanesque de Patria met le point d’orgue sur l’assassinat d’El Txato, chef

d’une petite entreprise, mais aussi, le meilleur ami, le parrain, le bienfaiteur, de ceux qui ont

dirigé, ou aidé à diriger, l’arme meurtrière.

L’action de ce livre puissant, facile à lire, écrit dans une prose simple, est moins de montrer le fonctionnement de l‘ETA que tout le monde a vu à l’œuvre en Espagne, que de montrer la souffrance des victimes, incapables de construire leur vie pour les jeunes générations, incapables de faire le deuil pour ceux qui sont touchés de plein fouet, comme Bittori.

De montrer aussi la destruction progressive des assassins incarcérés, qui découvrent un beau jour qu’ils ont perdu leur jeunesse, sacrifié leur vie pour rien.

Ce sont des problématiques que nous ne connaissions pas encore, et Aramburu, qui a pris de la distance, y compris géographique (puisqu’il a choisi de vivre à Berlin), peut en faire un roman.

 

D’autres livres ont été présentés, ou mentionnés, je ne suis pas toujours sûre de pouvoir bien préciser de qui venaient ces propositions de lecture.

Avec certitude Daisy a parlé de Naguib Mafhouz, prix Nobel égyptien, personnalité et écrivain reconnus par les lettres égyptiennes. C’est en particulier la trilogie consacrée à la ville du Caire qui l’a attirée et elle a parlé en particulier de l’Impasse des Deux Palais (premier tome), et de la condition féminine (à travers Amina enfermée chez elle sa vie durant, et répudiée par son « maître »).

 

Avec la même certitude, je peux affirmer( !) que Danièle a parlé d’un livre qu’elle a bien aimé, California Girls de Simon Libérati qui retrace ce fait divers qui secoua toute l’Amérique, autour de la « famille Manson »,les 8, 9, 10 août 69.

Elle a également lu À son image de Jérôme Ferrari, un roman superbement écrit sur les liens entre l’image, la photographie, le réel et la mort.

 

Il fut également question (par Annick?) d’une réalisatrice, scénariste, et écrivaine d’origine iranienne, Negar Djavadi et de son livre Désorientale.

Annick a redécouvert Laurence Durrell, après le Quattuor d’Alexandrie de notre jeunesse (j’ose!) avec Citrons amers (ou acides, selon la traduction), et Les Îles grecques, livres qu’elle a bien aimés.

 

Christiane a lu entre autres choses, Martin Eden de Jack London, livre qu’elle a adoré : c’est un roman inspiré par la vie de son auteur.

 

Nathalie aurait voulu nous parler d’un livre d’Antoine Wauters, Pense aux pierres sous tes pas. Mais ...elle le fera la prochaine fois.

 

La prochaine fois, ce sera le mercredi 14 novembre. Nous avons inscrit à coup sûr le poète grec du XIXème siècle Constantin Cavafy. Grec, mais né en Égypte à Alexandrie. Il faut sans doute écouter la lecture qu’en fait Daniel Mendelsohn.

Vous souhaitez également mettre au programme Henri-Frédéric Amiel, écrivain et philosophe suisse, et son journal.

Pourquoi pas? J’avoue que je suis aussi tentée par le beau titre que propose Nathalie.

Au 14! Hélène

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23 juin 2018

gui aux Tuileries

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20 juin 2018

 

 

 

Atmosphère très estivale hier soir aux Tuileries : chaleur, et affluence auprès des bassins dont les jets d’eau attiraient irrésistiblement les promeneurs  qui, pour certains, avaient revêtu le maillot de bains pour s’offrir une bonne douche !

 

Nous étions huit autour des verres et des livres, un peu en retrait sous les arbres.

Il fut d’abord question de deux recueils de nouvelles, l’un présenté par Daisy qui a parlé de nouvelles d’auteurs divers des pays baltes, réunies chez Pol, et l’autre, par Nathalie qui aide à la traduction en français de nouvelles japonaises de Kanoto Okamoto (Sushi).

 

 

 

Au programme, il y avait :

- Outre-terre (publié en mars 2016) de Jean Paul KAUFFMANN, qui a obtenu en 2016 le prix Médicis de l’essai et le grand prix de la société de géographie;

- et une œuvre de la romancière russe, L. OULITSKAÏA.

 

Ce furent nos fils rouges car vous aviez surtout envie de parler de votre lecture de Cognetti, du Garçon sauvage et des Huit montagnes, dont on a, à nouveau, salué l’authenticité et la richesse de sa vie intérieure.

 

Pourquoi avoir choisi Outre-Terre? Voilà une question qui travaillait Marie qui fait également des expéditions en famille...

Ce n’est peut-être pas de la grande littérature, puisque cela se présente comme un récit de voyage, est considéré comme un essai (prix Médicis de l’essai), et se range à la Bibliothèque dans le rayon des romans! Un genre bâtard, quoi! Peut-être un essai au sens où l’entendait Montaigne, qui mêle, réflexions, citations, anecdotes personnelles…

 

Mais c’est très bien écrit par un véritable humaniste qui ne sait pas bien ce qu’il recherche (il se réfère à la quête sans objet d’Yvain, de Chrétien de Troyes) en entreprenant en plein hiver un voyage à Kaliningrad, et au village de Bagrationovosk (l’ancienne Eylau). Ce fut un voyage en famille décidé dix ans plus tôt pour l’anniversaire de la bataille napoléonienne d’Eylau, considérée comme une victoire par les uns et les autres, Napoléon et les Russes.

 On pourrait penser que le but du voyage est historique, savoir qui fut réellement le vainqueur de cette effroyable boucherie, connaître la stratégie qui déclenche la plus puissante charge de cavalerie de l’histoire des batailles européennes; montrer comment l’étoile de l’empereur commence à faiblir et que le destin qui préfigure Waterloo, est en marche.

 

Pour le savoir, Kauffmann, utilise des outils divers,

 

- ceux de l’historien (les livres d’histoire, les mémoires des combattants  dans les deux camps, la reconstitution de la journée du 8 février 1807, organisée par Les Russes, cavaliers et fantassins en uniforme militaire de l’époque),

 

- ceux de l’historien d’art (analyse du monumental tableau (au Louvre) de la bataille d’Eylau du baron Gros), mais aussi,

 

- ceux du géographe (étude des lieux si particuliers, étude du paysage et des peintures de Bagetti incorporé aux ingénieurs géographes de Napoléon) et du journaliste (voyages, antérieurs à Eylau et à Sainte Hélène, ou complémentaire, à Gaillac sur les traces de Hautpoul apparenté à Balzac par sa famille paternelle) et encore et surtout,

 

- ceux de la littérature, utilisée, par la création de personnages récurrents (le « cuirassier dépressif », ou le directeur de musée, aux multiples visages, du chef de régie au rôle de maréchal d’empire sur un cheval blanc (qui ressemble à celui de Napoléon dans le tableau du Louvre) ;

littérature utilisée en instrument de connaissance à travers la lecture du Colonel Chabert de Balzac, sans oublier Victor Hugo dans la Légende des Siècles, avec Le Cimetière d’Eylau.

 

Mais il faut aller plus loin. Le voyage en famille, dont la relation  « bavarde » ou «complaisante  agace Annick, et lui semble brouiller le propos "du livre (auquel elle préfère un livre antérieur du même auteur, Courlande (2009), plus sobre selon elle) le voyage en famille a son utilité dans ce qui apparaît finalement comme une entreprise de définitive résilience de l’ex-otage du Liban, revenu à la lumière et à la vie après des années de captivité. Il lui faut bien la présence de tous les siens, de ses fils qui « l’asticotent » dans des discussions sans concession, et qui mènent sous ses yeux une romance avec la jeune guide russe, Julia (dont il apprécie, la jeunesse, l’attachement à sa terre de Kaliningrad), il lui faut bien la présence rassurante de sa femme Joëlle, pragmatique et réaliste, pour l’arracher à cette fascination pour Chabert-Hautpoul, revenus d’entre les morts pour mourir définitivement car ce qui est mort est définitivement mort, sombre conclusion à laquelle arrive Chabert qui renonce à faire valoir ses droits auprès de sa femme, à reprendre sa place dans la société.  « Je vous méprise, je retourne là d’où je viens, c’est à dire  chez les morts, et désormais, je suis hors d’atteinte. »

Il quitte à son tour ce pays de fantômes, la terre hantée de Königsberg (où, même la dépouille de Kant a disparu de son tombeau), revenu du royaume des morts.

 

Voilà un livre qui vous apprend incidemment des faits historiques, qui aborde l’Histoire sous un angle inattendu (le traumatisme que subit Napoléon, un moment mis en danger par l’avancée de la troupe russe, tellement impressionné par ses nombreuses pertes, par l’état du champ de bataille le 9 février et la barbarie générale, que cet être froid sans sentiments ni émotions apparents, somatisera, comme le montre l’étude de son apparence physique dans les mois qui suivent la bataille).   

 

Surtout un livre qui vous incite à lire d’autres livres, dont Le Colonel Chabert, et la Légende des siècles, mais aussi des livres annexes qui ont pour cadre Königsberg, comme Axelle de Pierre Benoît, qui tente aussi de cerner le charme envoûtant de Königsberg et de cette «morne plaine », terme qui, selon Kauffmann, semble s’appliquer à Eylau plus qu’à Waterloo.

Et les références littéraires ou historiques sont multiples et aident toutes à la réflexion.

 

Il ne fut pas vraiment question d’Oulitskaïa. Pour ma part, j’avais lu un recueil de nouvelles remarquables, Les sujets de notre tsar (que je recommande) et Danièle avait lu un roman, Le chapiteau vert, qu’elle a également très apprécié. Christiane n’a pas eu le temps de présenter ce qu’elle avait lu du même auteur.

 

Je vous engage donc à lire quelque chose de cet auteur pour septembre, pour que nous ayons un terrain de discussion, et aussi le livre du basque Aramburu, Patria, maintenant traduit en français.

Et puis, il y aura vos trouvailles, rencontres de l’été...Livres de plage ou d’études…

 

Un bel été à toutes : nous avons vraiment eu un bon moment ensemble mercredi aux Tuileries !

 

Posté par Procope2009 à 17:46 - Commentaires [0] - Permalien [#]