Procope2009

23 juin 2018

gui aux Tuileries

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20 juin 2018

 

 

 

Atmosphère très estivale hier soir aux Tuileries : chaleur, et affluence auprès des bassins dont les jets d’eau attiraient irrésistiblement les promeneurs  qui, pour certains, avaient revêtu le maillot de bains pour s’offrir une bonne douche !

 

Nous étions huit autour des verres et des livres, un peu en retrait sous les arbres.

Il fut d’abord question de deux recueils de nouvelles, l’un présenté par Daisy qui a parlé de nouvelles d’auteurs divers des pays baltes, réunies chez Pol, et l’autre, par Nathalie qui aide à la traduction en français de nouvelles japonaises de Kanoto Okamoto (Sushi).

 

 

 

Au programme, il y avait :

- Outre-terre (publié en mars 2016) de Jean Paul KAUFFMANN, qui a obtenu en 2016 le prix Médicis de l’essai et le grand prix de la société de géographie;

- et une œuvre de la romancière russe, L. OULITSKAÏA.

 

Ce furent nos fils rouges car vous aviez surtout envie de parler de votre lecture de Cognetti, du Garçon sauvage et des Huit montagnes, dont on a, à nouveau, salué l’authenticité et la richesse de sa vie intérieure.

 

Pourquoi avoir choisi Outre-Terre? Voilà une question qui travaillait Marie qui fait également des expéditions en famille...

Ce n’est peut-être pas de la grande littérature, puisque cela se présente comme un récit de voyage, est considéré comme un essai (prix Médicis de l’essai), et se range à la Bibliothèque dans le rayon des romans! Un genre bâtard, quoi! Peut-être un essai au sens où l’entendait Montaigne, qui mêle, réflexions, citations, anecdotes personnelles…

 

Mais c’est très bien écrit par un véritable humaniste qui ne sait pas bien ce qu’il recherche (il se réfère à la quête sans objet d’Yvain, de Chrétien de Troyes) en entreprenant en plein hiver un voyage à Kaliningrad, et au village de Bagrationovosk (l’ancienne Eylau). Ce fut un voyage en famille décidé dix ans plus tôt pour l’anniversaire de la bataille napoléonienne d’Eylau, considérée comme une victoire par les uns et les autres, Napoléon et les Russes.

 On pourrait penser que le but du voyage est historique, savoir qui fut réellement le vainqueur de cette effroyable boucherie, connaître la stratégie qui déclenche la plus puissante charge de cavalerie de l’histoire des batailles européennes; montrer comment l’étoile de l’empereur commence à faiblir et que le destin qui préfigure Waterloo, est en marche.

 

Pour le savoir, Kauffmann, utilise des outils divers,

 

- ceux de l’historien (les livres d’histoire, les mémoires des combattants  dans les deux camps, la reconstitution de la journée du 8 février 1807, organisée par Les Russes, cavaliers et fantassins en uniforme militaire de l’époque),

 

- ceux de l’historien d’art (analyse du monumental tableau (au Louvre) de la bataille d’Eylau du baron Gros), mais aussi,

 

- ceux du géographe (étude des lieux si particuliers, étude du paysage et des peintures de Bagetti incorporé aux ingénieurs géographes de Napoléon) et du journaliste (voyages, antérieurs à Eylau et à Sainte Hélène, ou complémentaire, à Gaillac sur les traces de Hautpoul apparenté à Balzac par sa famille paternelle) et encore et surtout,

 

- ceux de la littérature, utilisée, par la création de personnages récurrents (le « cuirassier dépressif », ou le directeur de musée, aux multiples visages, du chef de régie au rôle de maréchal d’empire sur un cheval blanc (qui ressemble à celui de Napoléon dans le tableau du Louvre) ;

littérature utilisée en instrument de connaissance à travers la lecture du Colonel Chabert de Balzac, sans oublier Victor Hugo dans la Légende des Siècles, avec Le Cimetière d’Eylau.

 

Mais il faut aller plus loin. Le voyage en famille, dont la relation  « bavarde » ou «complaisante  agace Annick, et lui semble brouiller le propos "du livre (auquel elle préfère un livre antérieur du même auteur, Courlande (2009), plus sobre selon elle) le voyage en famille a son utilité dans ce qui apparaît finalement comme une entreprise de définitive résilience de l’ex-otage du Liban, revenu à la lumière et à la vie après des années de captivité. Il lui faut bien la présence de tous les siens, de ses fils qui « l’asticotent » dans des discussions sans concession, et qui mènent sous ses yeux une romance avec la jeune guide russe, Julia (dont il apprécie, la jeunesse, l’attachement à sa terre de Kaliningrad), il lui faut bien la présence rassurante de sa femme Joëlle, pragmatique et réaliste, pour l’arracher à cette fascination pour Chabert-Hautpoul, revenus d’entre les morts pour mourir définitivement car ce qui est mort est définitivement mort, sombre conclusion à laquelle arrive Chabert qui renonce à faire valoir ses droits auprès de sa femme, à reprendre sa place dans la société.  « Je vous méprise, je retourne là d’où je viens, c’est à dire  chez les morts, et désormais, je suis hors d’atteinte. »

Il quitte à son tour ce pays de fantômes, la terre hantée de Königsberg (où, même la dépouille de Kant a disparu de son tombeau), revenu du royaume des morts.

 

Voilà un livre qui vous apprend incidemment des faits historiques, qui aborde l’Histoire sous un angle inattendu (le traumatisme que subit Napoléon, un moment mis en danger par l’avancée de la troupe russe, tellement impressionné par ses nombreuses pertes, par l’état du champ de bataille le 9 février et la barbarie générale, que cet être froid sans sentiments ni émotions apparents, somatisera, comme le montre l’étude de son apparence physique dans les mois qui suivent la bataille).   

 

Surtout un livre qui vous incite à lire d’autres livres, dont Le Colonel Chabert, et la Légende des siècles, mais aussi des livres annexes qui ont pour cadre Königsberg, comme Axelle de Pierre Benoît, qui tente aussi de cerner le charme envoûtant de Königsberg et de cette «morne plaine », terme qui, selon Kauffmann, semble s’appliquer à Eylau plus qu’à Waterloo.

Et les références littéraires ou historiques sont multiples et aident toutes à la réflexion.

 

Il ne fut pas vraiment question d’Oulitskaïa. Pour ma part, j’avais lu un recueil de nouvelles remarquables, Les sujets de notre tsar (que je recommande) et Danièle avait lu un roman, Le chapiteau vert, qu’elle a également très apprécié. Christiane n’a pas eu le temps de présenter ce qu’elle avait lu du même auteur.

 

Je vous engage donc à lire quelque chose de cet auteur pour septembre, pour que nous ayons un terrain de discussion, et aussi le livre du basque Aramburu, Patria, maintenant traduit en français.

Et puis, il y aura vos trouvailles, rencontres de l’été...Livres de plage ou d’études…

 

Un bel été à toutes : nous avons vraiment eu un bon moment ensemble mercredi aux Tuileries !

 

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04 mai 2018

Dos de mayo

Sans Danièle, sans Daisy, sans Marie et sans Christiane - et sans Nathalie (L) pas encore parisienne - , nous avons fait tourner la table ronde, à trois : Simone, Nathalie et moi.

 

C’est l’Egypte, et deux de ses écrivains qui nous ont intéressées.

Naguib Mahfouz (1911-2006), prix Nobel en 1988, et Albert Cossery (1913- 2008, prix de la francophonie en 1990), tous deux écrivains cairotes, mettant en scène leur ville natale dont ils savent montrer la vitalité, notamment celle du petit peuple des rues, dans un pays qui a obtenu l’indépendance, et qui entre dans la modernité.

 

De Cossery, Danièle avait lu Les Couleurs de l’infâmie et Les Oubliés de Dieu. « Le premier est une fable voltairienne (Cossery a été surnommé « le Voltaire du Nil »), alerte, ironique; le deuxième, est un recueil de nouvelles qui immerge le lecteur dans un quartier pauvre du Caire, où les familles vivent dans la saleté et dans une grande misère. La description truculente se fait au plus près du réel».

Je reprends les notes de lecture qu’elle nous a envoyées à toutes. Forte de l’exemple donné dans une des nouvelles, elle ajoute que les jeunes générations se révolteront pour se forger un avenir différent, loin de cette médiocrité du moins, c’est ce dont se persuade l’auteur.

Ironie et dérision sont au service de la peinture sociale : corruption, pratiques véreuses, népotisme...tout est montré sans complaisance.

 

On retrouve ces procédés dans Mendiants et orgueilleux, paru en 1955, écrit en français comme les sept autres romans (l’auteur, ami d’Albert Camus, s’était établi très tôt à Paris, fréquentant Henry Miller, Lawrence Durrell, Genêt...)

On considère ce livre comme son chef d’œuvre.

Adapté au cinéma, il fait l’objet de deux films. L’un, franco-tunisien, est tourné en 72, par Poitrenaud ; l’autre est un film égyptien d’Asmaa El Bakri, sorti en 93 en France.

Considéré comme un classique de la littérature égyptienne, il est adapté en bande dessinée par Golo.

 

A travers ce roman qui a pour cadre la ville du Caire, c’est tout un mode de vie que prône l’auteur, en mettant en scène ces désœuvrés qui se retrouvent directement ou indirectement impliqués dans une affaire de meurtre commis dans une maison close et sur laquelle enquête l’officier Nour El Dine.

C’est l’intrigue policière de la recherche de l’assassin, qui sous-tend la narration. Très rapidement, l’officier de police, qui a de l’intuition et qui recherche en l’assassin, un esprit supérieur, resserre son étau autour de trois personnages,

- Yeghen, le poète d’une extrême laideur et d’une extrême maigreur, amoureux d’une belle jeune fille musicienne.

- El Kordi, le fonctionnaire, amoureux d’une prostituée phtisique, imbu de sa personne. 

- Gohar, l’ex professeur de philosophie, devenu très dépendant de la drogue (haschich) que lui fournit Yeghen.

 

Dans le quotidien, tous sont lancés dans des quêtes diverses, la drogue, la femme aimée, un abri pour la nuit..., ce qui permet une exploration des quartiers populaires, à travers des lieux de sociabilité que sont les cafés, les pâtisseries, les salons extérieurs de barbier, les maisons closes…

Nour El Dine, lui-même, est miné par des tensions internes, exercer son autorité sans faille et séduire de jeunes éphèbes. Le lecteur suit ces différentes intrigues, et découvre dès le début du roman son « inversion » (terme freudien que choisit Cossery pour nommer l’homosexualité) dès l’interrogatoire dans la maison close, fasciné qu’il est par le jeune provocateur El Kordi dont la beauté le trouble.

 

L’enquête devient rapidement une sorte de cheminement intérieur qui  conduit ce policier à renoncer à sa profession et à l’arrestation de l’assassin qui lui fait face et qui avoue, sans être jamais considéré comme dangereux pour l’ordre social.

 

Le désœuvrement, la paresse, la satisfaction des besoins élémentaires, le simple sentiment de l’existence, finissent par lui devenir nécessaires et l’amènent à renoncer. Simone s’est étonnée de cet effacement soudain, alors que le travail était fait ! Le coupable était devant lui. C’était incompréhensible. Cela montre en fait que l’intrigue policière n’est qu’un prétexte qui permet une déambulation dans les quartiers populaires de la ville.

Cossery, était lui-même adepte de cette philosophie de la paresse (renonçant après le succès de Couleurs de l’Infâmie à poursuivre son oeuvre) et qui écrivait dans ses notes de fin de vie alors qu’il avait perdu l’usage de la parole : « qui se souviendra d’Albert Cossery? »

Nous, par exemple, qui avons lu ses livres mais qui sommes loin d’avoir pris la mesure du personnage, de ce « dandy altier », ami de Giacometti, de Moustaki, capable de se complaire des heures entières dans l’observation des passants, des passantes...

Et son éditeur(Losfeld), bien sûr !

 

Nous avons aussi parlé de Mahfouz , son contemporain, de langue arabe, beaucoup plus prolifique, ayant publié plus d’une cinquantaine de romans. Danièle et moi connaissions sa trilogie du Caire, Impasse des deux palais, Le Palais du désir et Le Jardin du  passé (87-89). J’en avais gardé un souvenir très vif, de cette femme, Amina, épouse soumise, puis répudiée, n’ayant d’échos de la vie extérieure que par ce qu’elle perçoit depuis les grilles de ses fenêtres, ou par les récits de ses enfants venus en visite. C’est toute la vie de la ville du Caire des années 30-40 qui nous est retransmise dans une profusion d’informations.

 

De cet auteur, Danièle a choisi également, la lecture de Son Excellence, qui parle de la carrière d’un fonctionnaire, de famille pauvre qui sacrifie sa vie entière à son ambition qui est d’accéder au poste suprême, de celui que l’on appelle Son Excellence : poste et honneurs qu’il n’aura qu’à la fin, lorsqu’il est proche de la mort.

Il n’a pas d’existence, dit Danièle, qui a fait un rapprochement avec les Vestiges du Jour de Kasuo Ishiguro et son personnage principal, le majordome, absorbé par sa fonction et incapable de développer une vie personnelle. Et ce sont tous les jeux de pouvoir qui sont étudiés ici, ceux que l’on voit à l’œuvre dans une société où la naissance, et les relations l’emportent sur le travail et le mérite...

 

Simone avait lu de Mahfouz, Propos du matin et du soir, notes, propos sur la vie quotidienne au Caire dans la période postcoloniale, sur la vie comme elle va. Comme Danièle, Simone est submergée par la profusion des informations parfois redondantes (nous nous sommes demandées si ce n’était pas propre aux mécanismes de pensée inhérents à la langue arabe..., différents du français) et est gênée par le manque de lien ou par le manque de focus.

 

Avec Nathalie, nous sommes revenues sur Patria d’Aramburu, venu présenter son livre à l’institut Cervantes de Paris. Un livre culte en Espagne qui a aplani bien des tensions et qui a réouvert le dialogue dans les familles au pays basque. Voilà un livre que nous pourrions lire cet été pour en parler à la rentrée, maintenant qu’il est traduit en français. Il en vaut vraiment la peine, sur le plan politique comme littéraire.

 

 

Revoyons-nous le 20 juin aux Tuileries, avec un livre un peu surprenant par sa démarche, son propos, et plusieurs fois primé comme essai, Outre-terre de Jean-Paul Kauffmann, sur les traces de Napoléon et du Colonel Chabert

 

Allons voir aussi du côté des lettres russes avec Ludmilla Oulitskaïa que lit Christiane en ce moment. Pourquoi pas Le Chapiteau vert ou Sonietchka ?

 

Quelqu’un a-t-t-il lu le livre de l’écrivain africain, Wilfried N’Sondé, Un Océan, deux mers, trois continents ? Je l’ai entendu présenter son livre sur Inter…et c’était captivant !

 

Donc, au 20 juin, sous les tilleuls ou sous les marronniers !

 

 

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18 mars 2018

Neiges de printemps

 

Ce mercredi 14 mars, pleins phares  sur Paolo Cognetti, jeune écrivain italien, né en 78, découvert par Annick, enchantée par Le garçon sauvage, sorte de récit poétique sur l'appel de la montagne.

 

Nous avons mis ce livre en relation avec un autre livre du même auteur, les Huit montagnes, prix Médicis étranger 2018

 

L'écriture, comme dans un carnet de montagne, est simple, tournée vers la relation des faits et des ressentis, et la description, tantôt précise, tantôt poétique, avec le point de vue (dans les deux ouvrages cités) du citadin qui découvre un autre univers, tout de beauté et de solitude, qui lui permet différents  face-à-face avec lui-même, avec d'autres formes de vie interférant avec la sienne, et surtout, qui lui permet des expériences de l'extrême où il touche ses limites et par là, se confronte avec celles des autres, dont il doit se démarquer, le père, le frère d'adoption...

 

Cette écriture est nourrie par des lectures, et se réfère ouvertement aux auteurs  italiens fréquentés Mario Rigoni Stern et ses Sentiers sous la neige (98).

L’auteur connaît aussi le Walden de Henry David Thoreau (1854). Il a vu le film de Sean Penn, Into the Wild et il a lu Elisée Reclus, le géographe anarchiste du XIXème siècle…

 

La montagne dont il est question, est Le Val d'Aoste où vit à présent Paolo Cognetti, venu lui aussi s’y ressourcer après sa vie turinoise.

Car c'est la démarche du Garçon sauvage, celle d'un écrivain en panne d'inspiration, qui décide alors de tourner le dos à la civilisation urbaine pour aller s'enraciner là-haut, à 2000 mètres d'altitude (dit Florence Noiville dans Le Monde du 09 -09-17). Comme pour Robinson sur son île déserte (auquel il fait référence),  il s'enivre de sa liberté et s'offre le luxe de se couper de tout ce qui constitue la vie de l'homme citadin moderne, "ni famille, ni travail fixe, ni télévision, ni voiture, ni crédit à la banque". Plus de contrainte artificielle, plus de partage virtuel, plus de connexion fébrile...

 

Comme il est dit de Bruno dans Les huit montagnes, "il n'avait pas besoin d'argent si ce n'est pour manger et boire; il ne votait pas, était introuvable sur internet, ne correspondait à aucune case dans les sondages ou les études de marché. Un homme comme lui, qui avait construit son existence dans la marge et y vivait en paix, était à mon sens, bien plus subversif pour notre époque que je ne pouvais me l'imaginer."

Montagne magique qui rend à l'homme le sens de la vie? Une vie qui retrouve toute sa saveur parce qu'on en est le maître...

 

Cognetti refuse tout de même l'idéalisation forcenée. Là-haut, la vie est spartiate, l'hiver est long, les conditions climatiques rigoureuses, les villageois plutôt méfiants...Et cette expérience de la vie sauvage (celle de Bruno en est l'exemple type) comporte ses limites et est parfois sans retour. 

Il faut lire Les huit montagnes qui est un vrai roman avec personnages et intrigue, pour comprendre la démonstration et la fatalité des destinées.

Celle du père qui quitte la ville et son travail à chaque week-end ou vacances, part pour de longues courses en montagne, où il emmène son fils et son ami Bruno, et tente d'en faire de vrais montagnards comme lui, (encore qu’il le soit à mi-temps, partagé entre son travail et sa passion).

 

Pari réussi pour Bruno, son "fils d'adoption", qui là-haut, aura trois vies, celle de maçon, celle d'éleveur et celle de montagnard-ermite qui ne survivra pas dans sa "baïta" accrochée à la paroi rocheuse, à un hiver particulièrement neigeux.

 

La troisième destinée est celle de l'auteur, qui cherche sa voie propre, entre les montagnes de l'Everest au Népal, où il tourne des films documentaires, et le Val d'Aoste où il revient pour voir son ami, retrouver un instant sa mère seule et vieillissante, et surtout recevoir de Bruno l'héritage du père, héritage spirituel comme matériel.

 

A travers cette narration, Cognetti met beaucoup de lui-même, de son mal-être face à cette pression de la réussite à l’occidentale. Son désir de retrait dans la montagne, correspond au besoin de reprendre en mains sa destinée, de réfléchir à ce qu’on lui a transmis.

 

D’autre livres ont été évoqués par Annick : Nos richesses d’Adimi Kaouther, qu’elle trouve intéressant mais faible littérairement.

 

Daisy a parlé de ses lectures, consacrées aux récits de voyage. Elle a évoqué aussi sa découverte du romancier égyptien, Albert Cossery, et d’un de ses superbes romans, Les hommes oubliés de Dieu.

 

Pour les récits de voyage, j’ai évoqué le Chilien Francisco Coloane et son récit sur la Terre de Feu. Et j’ai aussi parlé d’Anita Conti, photographe et océanographe française, dont je connais un peu la destinée et l’œuvre, dont Les râcleurs d’océan, ou Les Terre-neuvas

 

Pour la prochaine fois, Le 3 mai, nous pourrions lire un livre d’Albert Cossery ou de Naghib Mafhouz (prix Nobel égyptien en 88) comme L’Impasse des deux palais

Portez-vous bien …

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05 février 2018

Un saut entre deux voyages

 

Ce début d’année 2018 nous a vues presque au complet, sans Nathalie L (partie à tire d’ailes vers d’autres horizons), et dont nous souhaitons toujours la visite surprise.

 

Au cours d’un tour de table, nous avons parlé de nos lectures récentes.

 

Pour Marie, c’était :

L’art de perdre d’Alice Zeniter (prix Goncourt des lycéens, 2018), récit de la petite fille de harkis sur son identité, sur ses origines. C’est donc un travail de mémoire qui, à travers le récit d’’une saga familiale, retrace des épisodes de la guerre d’Algérie, restés sous silence, dont le traitement injuste et honteux réservé aux harkis à leur arrivée en France (précision de la documentation).

 La problématique soulevée consiste à savoir si c’est de la littérature (« écriture sans relief, sans recherche littéraire » dit Elizabeth Philippe dans Le Nouvel Obsertvateur du 16 nov 2017)…Mais Annick pense que oui et reconnaît à cette auteur de vraies qualités d’écriture.

 

Autre question : quelle valeur attribuer à ces multiples récits identitaires qui foisonnent aujourd’hui, si ce n’est le bénéfice direct pour l’auteur et la légitimation de toutes les recherches historiques de ce type ?

On peut noter d’autre part que nos prix littéraires de cette année ont parlé de la guerre d’Algérie comme Nos richesses de Kaouer Adimi,  Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud. Ce qui fait craindre à Elizabeth Philippe que la littérature se substitue à l’Histoire.

Pour avoir lu d’autres « sagas familiales » traitées avec la rigueur et la méthode de l’historien (je pense à Jablonka à propos de ses grands-parents disparus) nous pourrions faire la part des choses et repousser ces différentes peurs…

 

Pour Daisy, ce fut Russell Banks La Réserve, puis De beaux lendemains adapté au cinéma par le réalisateur canadien, Atom Egoyan. Un livre magnifique qui livre trois points de vue sur l’accident d’un car scolaire, qui mettront à mal la solidarité villageoise.

L’Histoire mondiale de la France , écrite par un collectif, sous la direction de Patrick Boucheron. Une démarche différente pour retracer l’Histoire car l’Histoire de France est reliée à celle du monde à travers 146 dates. Et chaque date (dans une démarche classique de chronologie) est traitée comme une petite intrigue.

 

Christiane a parlé de McEwan et de son livre très réussi Sur la plage de Chesil. Analyse fine de la sexualité différente des hommes et des femmes à travers le récit de la nuit de noces de deux jeunes gens amoureux, mais qui ne se connaissent pas l’un l’autre, et surtout, ne se connaissent pas eux-mêmes.

Comme dans L’Intérêt de l’Enfant, le déroulement de l’intrigue est ponctué par les retours en arrière explicatifs, dans le passé des deux jeunes gens afin d’analyser leurs milieux respectifs, leurs choix d’études, leur rencontre. Ainsi on comprend mieux le présent, et leurs inhibitions et ignorances.

 

Ce fut l’occasion d’aborder l’œuvre de McEwan, avec d’autres titres comme Expiation, Samedi (en cours de lecture)

Danièle a dit que ces livres étaient intellectuellement puissants mais que cela ne la touchait pas, ne lui apportait rien...

Nathalie a pourtant bien aimé Le Jardin de ciment du même auteur qui raconte comment quatre enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes après la mort de leurs parents. Cette intrigue est conduite par un narrateur« très méchant »  où elle retrouve le regard très britannique (et oh combien décapant !) sur le monde.

Pour ma part, j’ai adoré et admiré (à la différence d’Annick, je crois) le roman Expiation que je trouve bluffant par son retournement final (entre autres, car sa restitution du point de vue naïf de la jeune Briony, écrivain en herbe, est lui aussi très réussi) lorsqu’on apprend dans le dernier chapitre du roman que le narrateur, capable par son art de sonder les différents personnages, de comprendre leur évolution, de modifier leur destin en fonction des codes romanesques, mais aussi de son désir puissant de les sauver pour se sauver elle-même du remord, n’est autre que Briony elle-même, devenue âgée, menacée à présent par l’oubli miséricordieux du passé, promise à la démence sénile !

 

Simone a vraiment apprécié Histoire d’un Allemand (Souvenirs 1914-1933)

de Sebastian Haffner, montrant comment, pourquoi les Allemands se sont aussi facilement tournés vers le nazisme… Ce qui a rencontré des échos dans nos lectures passées, notamment le Journal de Klemperer.

Mais Simone fait remarquer que les points de vue sont différents : Haffner a quitté l’Allemagne pour l’Angleterre et développe une réflexion d’historien (qu’il est devenu par la suite à son retour en Allemagne en 54) sur les données et les faits, à la différence de Klemperer, resté à Dresde, qui tient un journal au jour le jour sur des années, de 33 à 45, multipliant les informations politiques et leurs répercussions sur sa vie au quotidien.

Simone a bien aimé également Virginie Despentes(King Kong Théorie, ByeBye Blondie, Vernon Subutex …?) pour sa description d’un milieu interlope, son style corrosif, persuadée qu’elle sera du nombre des écrivains qui comptent dans notre époque.

 

Nathalie nous a parlé de poésie en évoquant l’œuvre de Georges Perros et ses Papiers collés, dont l’œuvre entière est réunie à présent chez Quarto.

Il fut également question de Gustave Roud, poète suisse; de Robert Walser et de ses Microgrammes…et de Charles Juliet et de ses Lambeaux...

 

 

Danièle, embarquée comme moi dans la lecture de Coetzee, avec son Education de Jésus (suite d’Une Enfance de Jésus), a présenté avec enthousiasme Mercy, Mary, Patty  de Lola Lafon (qui se saisit d’un fait divers connu qui voit l’otage d’un groupe révolutionnaire être gagnée par les idées et les méthodes de ses ravisseurs pour se livrer, à leurs côtés, à « l’action directe »)

Avec le même enthousiasme elle nous a parlé d’un spectacle qui se joue à guichets fermés, Saïgon (pièce de Caroline Guiela Nguyen, donné au Carré Berthier du Théâtre de l’Odéon).

 

Annick nous a parlé d’un petit livre qu’elle a bien aimé, de Paolo Cognetti (prix Medicis étranger 2017 pour Les huit montagnes), Le garçon Sauvage. Un auteur que nous rêvons de découvrir à notre tour.

 

A quand l’analyse des deux romans de Coetzee (Une enfance de Jésus, L’Education de Jésus), réécriture de l’histoire de Jésus, adaptée à notre époque? Deux romans qui ont le mérite de poser des questions sur l’éducation, le sens du travail, le bonheur dans le « meilleur des mondes possible », mais complètement désincarné...

 

On s’est fixé la date du 14 mars en raison des vacances à venir, avec nos découvertes, Georges Perros et ses Papiers Collés, et Le Garçon sauvage de Cognetti.

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27 décembre 2017

Juste après Noël!

 

Ce mercredi 20 décembre, au Café Beaubourg, l’œuvre d’ Asli Erdogan ne fut pas le seul objet de nos discussions, point s’en faut.

 

Il fut question aussi de Ian McEwan et de ses livres comme Expiation (considéré comme son chef-d’œuvre), Sur la plage de Chesil (roman d’une grande finesse sur la sexualité, qui décrit la nuit de noces ratée d’un jeune couple) et d’un autre titre, préféré par Annick, Samedi.

 

Après la discussion sur A. Erdogan, nous nous réservions ces poires pour la soif. Que nenni. Nous n’en goutâmes point.

Comme nous ne goutâmes point à Kasuo Ishiguro que nous tenions sous le coude et dont Nathalie nous dit le plus grand bien à propos d’une petite nouvelle, L’été d’après la guerre, qui raconte comment un adolescent japonais découvre après la guerre, le passé chargé de son grand-père, avec la délicatesse, le sens de la nuance que nous lui avons vus dans les précédents livres au programme.

 

Mais il fut surtout question d’Asli Erdogan que nous avons présentée à travers quelques uns de ses livres:

Le Mandarin miraculeux pour Christiane et Nathalie,

Le bâtiment de pierre pour la plupart d’entre nous,

Les oiseaux de bois, recueil de nouvelles (pour moi).

Un autre livre était également sur la table, Même le silence n’est plus à toi...

 

Il suffit de se reporter à l’entretien qu’a donné au Monde (03-01-2017) cette opposante au gouvernement turc actuel, qui sort tout juste d’une peine de prison (pour atteinte à l’unité de l’état) pour comprendre qu’elle est une écorchée vive et que l’écriture lui est indispensable pour continuer à vivre. L’écriture comme un cri, a dit Marie.

Asli Erdogan eut une enfance difficile, marquée par la mésentente de ses parents et un climat de violence. Mais la violence vient également d’en haut, du pouvoir autoritaire de l’Etat qui fait arrêter en pleine nuit son père, suspect potentiel.

Violence qu’elle exerce sur sa personne par deux tentatives de suicide, à dix ans et à trente ans.

Le bâtiment de pierre est un livre étrange qui se présente comme un récit.

C’est plutôt une sorte de poème élégiaque sur la souffrance dans un lieu d’enfermement où l’on pratique la torture. S’y retrouvent aussi bien les prisonniers politiques que les gamins des rues dont le chant s’envole à travers les murs et donne de l’espoir. La narratrice elle-même enfermée et torturée, se fait la porte- parole d’un homme appelé A comme l’Ange, personnage mentionné dans les dernières pages.

Elle porte sa voix et elle hérite de ses yeux quand il meurt au terme de ses interrogatoires.

 

Un livre qui célèbre la vie - dont le nom en trois lettres revient comme un leitmotiv- mais une vie bien rabougrie, basique sans la joie, une vie à jamais marquée par la souffrance et la déchéance du corps. Une vie qui se nourrit de rêves dont celui de la liberté.

 

Le regard va loin à l’intérieur des murs et au delà des murs de la prison: on se retrouve dans la rue avec A, ou les gamins des rues. Mais on explore aussi le bâtiment de pierre dans ses sous-sols terrifiants et ses étages labyrinthiques, sans qu’il y ait de progression évidente. L’écriture rend compte de cette errance par des images multiples qui privilégient la sensation.

Pour certaines d’entre nous (Simone et moi), ce fut une véritable épreuve de lire ce livre et d’aller jusqu’au bout.

 

Les autres titres dont nous pouvions parler, Le Mandarin miraculeux et Les oiseaux de bois, présentent la même progression ( ?) l’errance dans la ville, Genève, Istanbul..., et la même insistance sur des corps dégradés, notamment des femmes (c’est frappant dans Les oiseaux de bois dont les nouvelles mettent en scène des femmes tuberculeuses, ou une malade cancéreuse en phase terminale, ou une femme enceinte en errance pour ne pas dire vagabonde...)

 

Nathalie et Christiane ont apprécié Le Mandarin Miraculeux; et Annick semble intéressée par l’écriture flamboyante et par le propos du Bâtiment de pierre. Il nous manquait Marie pour nous communiquer son enthousiasme.

Nous avons fait cependant la différence entre l’œuvre, difficile, et le parcours courageux de militante pour les libertés d’Asli Erdogan.

 

Revoyons-nous en janvier : le 31 janvier 2018?

Pour nous consacrer un peu mieux à Ian McEwan avec d’autres titres,

         Expiation

         Sur la plage de Chesil

         Ou Samedi, proposé par Annick.

Nathalie suggérait de relire La Porte de Magda Szabo, roman maintenant recommandé par Daniel Pennac. Comme si ce livre magnifique qui a trouvé depuis longtemps son lectorat, avait besoin de recommandation!

 

Les coups de cœur d’Annick :

Le livre d’Antoine Compagnon, consacré aux Chiffonniers de Paris, et L'Education de Jésus(quatre ans après Une enfance de Jésus) le dernier livre de Coetzee, salué par la critique littéraire, dont la revue En attendant Nadeau. Un livre étonnant et puissant que nous pourrions mettre à notre programme du 31 janvier, sans rien rabattre de nos ambitions précédentes.

« Portez-vous bien et enivrez-vous « de vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous ! »

« Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge ; à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge vous répondront, il est l’heure de s’enivrer, pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise. »

Les Petits poèmes en prose , Baudelaire

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19 novembre 2017

Les aléas de la communication : pour rétablir l'intégrité de nos échanges...

"Parfois , vous comprenez mal ce qu'on vous dit?..."

Vous savez, la pub pour Audika avec la charmante Annie Duperey...

Peut-être en suis-je arrivée là....les amies. Ou peut-être faut-il arrêter ces comptes rendus qui ne sont pas exhaustifs, et donc fautifs. J'en profite pour rétablir le nom du romancier américain, Dennis Lehane, qui fut avec son roman, Un pays à l'Aube, notre premier roman du premier café littéraire...

Peut-être dois-je revenir au café ou au thé...

Bref, je n'ai pas entendu les analyses du livre de Kasuo Ishiguro, Les Vestiges du Jour, analyses trop lointaines...Et don, pour un bilan plus positif, je vous les renvoie: 

" Nous sommes Christiane et moi très admiratives des Vestiges du jour, où Ishiguro incarne dans ce majordome l'adhésion aveugle à un système social et le refus de s'interroger sur les décisions odieuses de son maître (comme le lui demande celui-ci, il renvoie sans état d'âme les deux employées juives ; il laisse son père mourir seul dans sa chambre pour se consacrer à la réussite de la réception organisée par son employeur ) , une forme d'aliénation fondée sur une idéalisation de son rôle professionnel et de la "dignité" qu'il doit garder en toute circonstance  ; c'est aussi quelqu'un qui passe à côté de sa vie, à côté de l'amour que lui porte la gouvernante qui, elle, est tout à fait humaine et pense par elle-même.

Bref, nous aimons !! mais avons fait un aparté que tu ne pouvais suivre."

 

Portez-vous bien!

 

 

 

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11 novembre 2017

Novembre, auprès du feu et des livres resserrons-nous8

Au Café Beaubourg, ce mercredi 8 novembre, nous avons parlé de :

-       Ian McEwan,

-       des lectures de Marie concernant une auteure turque, Asli Erdogan,

-       de l’Art de perdre d’Alice Zeniter, présenté par Annick ;

nous avons abordé Kazuo Ishiguro et ses Nocturnes, recueil de nouvelles lu par plusieurs d’entre nous. 

Et nous avons parlé…parlé… parfois de lectures passées comme Un pays à l’aube de D. Lehanne, parfois de l’actualité en ce qui concerne le mouvement de dénonciation des femmes de toutes professions sur le harcèlement sexuel ; parfois de grandes questions qui  préoccupent, comme l’accueil des « sans-papiers » ; ou encore… ?

Venez à mon secours car je n’avais pas de magnétophone !

 

L’intérêt de l’enfant de Ian McEwan a beaucoup intéressé le cercle des lectrices, qui découvrait le travail d’un juge, sa façon d’instruire un dossier, de procéder pour élaborer un jugement, les interférences avec sa vie personnelle, notamment la crise que traverse son couple.

Où se trouve « l’intérêt de l’enfant » dans cette affaire qu’elle doit juger? Autoriser, ou pas, une transfusion interdite par la religion des Témoins de Jéhovah? Il s’agit de sauver une jeune vie, prometteuse, tant le garçon montre d’aptitudes pour la poésie, pour la musique. Après une visite à l’hôpital où la juge mesure par elle-même le degré de conviction (dans ses croyances religieuses et dans sa décision de refus de la transfusion) du jeune, où la musicienne qu’elle est, se met à chanter – à la grande stupéfaction de l’assistante sociale présente -, accompagnée par le jeune Adam au violon, un poème de Yeats (mis en musique par B.Britten), Down by the Salley Gardens, elle rend un jugement pour le moins surprenant. Le lecteur, qui l’avait suivie dans ses réflexions sur le respect des convictions religieuses et la liberté de pensée, est surpris devant sa décision finale d’autoriser la transfusion.

Mais qu’en est-il de cette liberté de pensée, du libre-arbitre ? C’est la question que pose le livre, pour Adam comme pour la juge.

L’auteur garde, à travers le point de vue omniscient adopté, une hauteur de vue qui lui permet d’embrasser tous les aspects de la pensée du personnage principal, Fiona May, dont il restitue avec justesse le flux mental.

Et qui lui permet aussi de montrer une grande technicité dans les problèmes traités, aussi bien juridiques que musicaux puisque Fiona, la juge, est aussi une musicienne avertie, au piano comme dans le chant lyrique.

Et que dire de la fin du roman où, apprenant le suicide du jeune Adam qu’elle a sauvé, ramené à la vie, puis rejeté dans sa demande de venir vivre chez elle, elle est submergée par sa culpabilité et par le chagrin : dans une crise de larmes, elle explique à son mari ce qui s’est passé et celui-ci trouve à la consoler avec beaucoup de tendresse. Leur couple semble réparé. Une fin cohérente, amenée par une grande complexité d’émotions diverses, et de sentiments, fort bien montrée.

Un livre qui nous donne envie d’aller plus loin dans la découverte de cet auteur dont le style et la façon d’écrire changent selon le sujet qu’il traite. Pourquoi pas L’expiation pour la prochaine fois ? Christiane en a commencé la lecture en anglais (Atonement).

 

Annick a parlé de L’Homme des Bois de Pierric Bailly, un récit de deuil sans pathos qui livre une évocation de la vie dans les campagnes françaises à notre époque.

 

Marie a ouvert son sac ( !) pour nous montrer plusieurs titres d’une romancière journaliste turque qu’elle aime beaucoup et dont le sort d’opposante a été heureusement médiatisé, ce qui lui a permis d’être libérée quatre mois après son arrestation. Il s’agit d’Asli Erdogan. Et il s’agit Du Mandarin miraculeux (des nouvelles), Les oiseaux de bois, Le Bâtiment de pierre, Le silence même n’est plus à toi.

Elle est éditée chez Actes Sud. Nous pourrions également la mettre à l’ordre du jour la fois prochaine. Libre à chacune d’aborder l’œuvre par les romans, ou par des chroniques, ou nouvelles. Le Bâtiment de pierre est consacré au monde carcéral et le dernier titre cité plus haut, doit l’être également.

 

Et Annick a sorti son joker, en me prêtant un livre demandé, promis et enfin là : Les Derniers Libertins de Benedetta Craveri dont nous avons lu d’autres titres, L’Âge de la Conversation par exemple, ou le livre sur Madame du Deffand et les salons. Mais il y en a d’autres, tous  consacrés au XVIIIème siècle dont Craveri est spécialiste.  

Ce livre, nous dit Annick, fait état de l’incroyable liberté de mœurs et de pensée accordée dans le mariage aux femmes aristocrates, dans les derniers feux de la monarchie. Ce n’est pas un livre d’histoire. C’est le roman « vrai » de sept destins, chacun emblématique et unique à la fois. C’est remarquablement écrit et l’on tombe immédiatement sous le charme de ce récit très bien documenté. Impossible, Annick, de laisser tomber ce livre ou d’en faire traîner la lecture…

 

Faut-il parler  de Kasuo Ishiguro (très rapidement abordé) que certaines d’entre vous connaissaient déjà à travers Les Vestiges du jour et de l’adaptation qui en a été faite au cinéma, concernant la vie d’un majordome ?  Ni Danièle ni Christiane ne semblaient transportées par ce livre.

Nocturnes, recueil de cinq nouvelles, nous a, dans l’ensemble, toutes intéressées par la finesse de l’observation, la fluidité de l’écriture, et la façon dont est traité le thème même de la musique.

La musique crée des liens entre musiciens, du partage, mais aussi de la jalousie, de la rancoeur devant l’inégalité du talent ou de la virtuosité. Ce sont surtout des musiciens de jazz (musique du soir ?) qui sont étudiés et les liens subtils qu’ils savent établir avec le public, les défis qu’ils se lancent à eux mêmes, l’égoïsme parfois où ils s’enferment pour mener une carrière toujours difficile et qu’ils veulent la plus longue possible.

 

Je vous propose, pour finir l’année, qu’on se voie le 20 décembre, avec Expiation de McEwan, et un livre d’Asli Erdogan. Si vous souhaitez parler du Prix Goncourt (E.Vuillard), ou d’un autre primé, pourquoi pas ? Il faudra nous donner envie de lire ces romans. Pour ce qui est de Chanson douce de Leila Slimani, je n’ai pu le lire…je n’en ai pas eu la capacité. Et vous ?

Autre proposition de ma part : et si en 2018 on relisait Tolstoï pour connaître un peu mieux son idéologie et ce qu’il apportait de nouveau en Russie à ce moment-là ? Il a écrit beaucoup, pas seulement Guerre et Paix…Et son journal ?

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01 octobre 2017

Rentrée d'automne

 

Rentrée joyeuse sous le signe du théâtre, au Café Beaubourg,  mercredi 27 septembre, puisque notre rencontre s'est prolongée au Théâtre de Poche du Montparnasse, pour un spectacle proposé et organisé par Danièle. Il s'agissait rien de moins que d'une pièce de Thomas Bernhart, Au But, qui, comme dit Marie, "nous en a mis plein la tronche"!!!

 

Mais auparavant nous avons bu un verre en regrettant l'absence d'Annick et de Nathalie retenues au-delà des mers!

Qu'avons-nous dit? Mille choses sur les vacances passées ou futures, parlant, finalement, de nos lectures d'été, fruits de rencontres, d'imprévus, ou au contraire, comme pour Nathalie, d'un programme bien arrêté, puisque, dit-elle, chaque été, elle relit Balzac (La Rabouilleuse, cette année) ou s'attaque aux grands classiques de la littérature comme, cette année, La Divine Comédie de Dante, dont elle nous a donné un plan de lecture : d'abord l'Enfer (le plus intéressant), puis le Purgatoire (beaucoup moins, mais on ne s'y ennuie pas), ensuite pour finir, le Paradis (qui tient ses promesses, même si le séjour est ennuyeux).

 

- Simone a lu avec beaucoup d'intérêt le livre de Vassili Grossman, Vie et Destin, livre important et passionnant qui l'a occupée toutes les vacances.

 

- Daisy relit Stendhal, avec un intérêt plus marqué pour le Journal que pour La Chartreuse de Parme, ou Le Rouge et le Noir qu'elle juge vieilli, notamment sur les questions religieuses.

 

- Christiane, inspirée par son voyage dans les Mascaraignes, a lu de Nathacha Appanah, Les rochers de poudre d'or, et Chercheurs d'or, Voyage à Rodrigue de Le Clézio.

Elle a lu également Alexandra David-Neel. Est-ce Le Voyage au Thibet? ou Rempart contre le néant ( titre magnifique)?

 

- Marie avait un avis mitigé sur Un certain monsieur Piekelny de F.M. Désérable, mais a aimé L'homme des bois de Pierric Bailly. Elle a aimé le ton affectueux de ce fils qui évoque la mort de son père.

Elle a lu avec plaisir, je crois(?), Retour à Reims de Didier Eribon.

Elle s'est lancée dans l'œuvre romanesque de Siegfrid Lenz dont nous avions vraiment aimé La leçon d'Allemand. Mais Le Bureau des objets Trouvés s'est avéré décevant pour elle.

- Danièle a lu et aimé Entre nous de Richard Ford, dont elle nous a raconté l'intrigue, bâtie sur une vie itinérante de ses parents, puis de lui avec eux, à travers l'Amérique. Un livre pour se demander  ce qui reste d'eux,  ce qui reste de leur vie quand ils ont disparu... Ce livre commencé il y a longtemps avec un texte, Ma mère (Editions de L'Olivier). Trente ans plus tard, aujourd'hui, il a ressenti le besoin d'y adjoindre le texte sur son père pour les réunir dans le souvenir, à défaut de l'être dans la mort. Nous connaissons et apprécions cet écrivain passionnant dont nous avons lu Canada ou Le jour de l'Indépendance

Elle a lu également avec intérêt Philippe Roth, Complot contre l'Amérique. Christiane est intervenue pour dire du bien d'un autre titre de Philippe Roth, La Pastorale américaine...que nous pourrions peut-être lire pour la fois prochaine?

 

Nous avons lu chacune bien d'autres livres,  sans parler de la fréquentation des œuvres d'art ou des ouvrages critiques sur l'art (Daniel Arasse dont on vient de réunir les écrits ou les entretiens sur l'art, rappelle Daisy).

 

Pour ma part, j'ai parlé de deux livres très différents qui m'ont plu :

l'un, pour sa composition "tressée" autour de trois destins de femmes dont les récits s'entremêlent alternativement pour se rejoindre tout à la fin (La Tresse, premier roman de Laetitia Colombani, lu également par Marie qui complète la présentation de ce roman);

l'autre, Patria de Fernando Aramburu, pour sa problématique sur la violence de la lutte armée de l'ETA, sur la difficile reconstruction des victimes, veuves et orphelins, et sur la destruction de la vie, désormais figée, des terroristes pourchassés, arrêtés, emprisonnés, et de leurs familles. Et tout cela à travers les vies de deux femmes d'un petit village imaginaire du Guipuscoa, Miren et Bittori.

Elles furent amies de jeunes filles, puis de jeunes femmes, se fréquentant intimement, cultivant l'amitié des deux maris aux loisirs communs dans les différents cercles de sociabilité villageoise, et de leurs filles réciproques, Nerea et Arantxa qui font partie de la même bande d'amies.

Pour le mari de Bittori, Txato, chef d'une petite entreprise de transports, tout bascule lorsqu'il finit par refuser de payer " l'impôt révolutionnaire" à l'Organisation, et qu'il est mis au ban du village par des insultes écrites sur les murs, les menaces de mort anonymes, et par le silence dont on l'entoure, y compris de la part de son meilleur ami, Joxian, le mari de Miren. Celle-ci cesse également de fréquenter son amie, de la saluer, d'autant plus qu'un de ses fils, Joxe Mari, militant de l'ETA a passé à la clandestinité et fait partie  des commandos de la lutte armée.

Txato est assassiné dans le dos, en plein jour à deux pas de chez lui, lorsqu'il rejoint sa voiture.

Des années après, après un temps d'exil dans son appartement de San Sebastian, sa veuve décide de revenir au village pour savoir la vérité : qui a tiré sur son mari?

Elle a des doutes sérieux sur Joxe Mari  dont la présence dans le village était attestée par au moins deux témoins, dont son mari qui, en rentrant, avait échangé deux mots avec lui. L'enquête est d'autant plus difficile que l'intéressé est à présent en prison à vie, loin du pays basque et ne veut pas écrire à celle que ses parents (surtout sa mère) appellent à présent, "la folle".

 

Cette trame est bouleversée par une narration éclatée, et par l'histoire et les différents points de vue de personnages satellites, principalement ceux des enfants des deux couples, qui mènent difficilement leur vie, en raison du traumatisme, des accidents de la vie...La parole est disloquée, la durée temporelle également, les points de vue se succèdent et se brouillent lorsque le narrateur passe du style indirect, où l'on sent sa présence, au style semi-direct où il plonge dans l'intériorité de ses personnages, pour finir au style direct et livrer un échange verbal. Le lecteur doit être très attentif pour rétablir le fil. C'est le chaos des vies que le narrateur a voulu rendre. Il montre aussi que d'autres voies sont possibles pour vivre sa culture et penser dans sa langue maternelle, la langue basque.

Peut-être est-ce celle qu'il a choisie, lui?

"Je souhaite que les générations à venir sachent ce qui s'est passé et qu'elles le sachent à partir de versions qui ne blanchissent pas l'histoire. Avec mon roman j'ai voulu contribuer à la défaite culturelle d'ETA". (Libération, 5 avril 2017)

Le livre connaît un véritable succès d'édition et d'opinion en Espagne où je l'ai vu dans toutes les vitrines des librairies. Le livre attend sa traduction en français et en d'autres langues. Il est à noter qu'un petit lexique à la fin est bien utile pour traduire les mots basques, surtout les termes de parenté qui nous apprennent beaucoup de choses sur la société basque et sur sa tendance au matriarcat.

 

Pour la fois prochaine,  je vous propose deux dates (18 octobre ou 8 novembre) et un titre (sinon deux avec le Philippe Roth mentionné plus haut), L'intérêt de l'enfant de Ian MacEwan, romancier anglais contemporain, de grand renom qui change sa manière d’écrire, selon le sujet abordé.

 

Portez-vous bien!

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23 juin 2017

Naïades au bassin

 

Quasiment personne autour de notre bassin attitré. Même à 18h 30 la chaleur était lourde et le soleil ne se décidait pas à faiblir.

 

Qu'importe! Nous sommes venues à six, bien lestées de bouteilles d'eau, pétillante ou pas, de vin rosé et de vin de Touraine, tout cela bien frais, comme il se doit. Les petits amuse-gueules, savoureux et bien choisis, offraient la même diversité, du salé au sucré.

 

Nous avons trouvé de l'ombre et les chaises vertes traditionnelles pour un échange informel où il fut question de livres, ceux qu'on avait lu et ceux qu'on se proposait de lire durant l'été, de théâtre (Danièle a un projet de sortie en novembre, dont elle nous reparlera), de cinéma ...et de politique (actualité oblige!)

 

J'ai aussi lancé l'idée d'un" prix des lectrices" pour récompenser les livres qui nous ont marquées, au cours de ces neuf ans écoulés qui ont vu l'arrêt de notre activité professionnelle et nos rencontres régulières autour des livres.

Je vais tâcher de faire une petite liste dont je ne sais si elle ira au-delà de la création du blog, et vous la transmettrai par nos canaux parallèles.

 

Et nous avons évoqué quelques uns de ces auteurs, découverts, ou revisités, de Yan Lianke, à Sandor Maraï, de Javier Cercas, à l'inoubliable Svetlana Alexievitch...

 

Pour l'heure, nous étions assises sur nos chaises du bassin des Tuileries, comme sur la kappia (ouvrage architectural en terrasse au-dessus de l'eau, favorisant rencontres, réunions, et par là, la vie sociale) du Pont sur la Drina.

Le Yougoslave Ivo Andrič (Bosniaque par sa naissance, Croate par ses origines, et Serbe par ses engagements)  a écrit ce livre en 1945,  qui fut traduit du serbo-croate par le titre Il est un pont sur La Drina (traduction Georges Luciani en 1956), est devenu par la suite Le pont sur la Drina (traduction Pascale Delpelch en 99).

Je vous laisse apprécier la nuance qu'apporte le changement d'article, du déterminé à l'indéterminé.

 

Ce Prix Nobel (1960), très discret et inconnu en France où il a pourtant vécu quarante années, mêlé intimement à la vie intellectuelle parisienne, est glorifié dans son pays, toutes ethnies confondues.

Car ce pont entre deux rives, relie aussi toutes les communautés, qu'elles soient musulmanes, islamisées, catholiques orthodoxes, juives (d'abord sépharades, puis azkénazes), tziganes (il est d'ailleurs intéressant de voir la localisation de leur habitat par rapport à ce fameux pont, tout en bas, à mi - hauteur, en haut, près du bazar, plus loin...

 

C'est une chronique que nous livre Andrič, étalée sur quatre siècles, depuis le XVIème siècle jusqu'au XXème siècle, nous montrant que, depuis sa construction, ce pont a tissé la vie des gens, parfois pour leur malheur (supplice du pal pour celui qui tenta d'en empêcher la construction; lieu de suicide pour la jeune épousée obtenue de force), le plus souvent pour leur bonheur puisqu'il favorise commerce et rencontres là où auparavant il n'y avait qu'une rivière impétueuse, épisodiquement franchie par un bac.

 

Pour ma part, j'ai aimé ce style clair, précis, ainsi que le talent de conteur d'Andrič qui nous fait assister à tous ces évènements du passé comme si nous y étions. Ce sont quatre siècles de cohabitation et de dominations (empire ottoman puis empire austro-hongrois) qui sont revisités.

 

Danièle, qui a commencé ce livre, n'a pas la même appréciation et trouve le récit peu "accrocheur", "lourd"… Est-bien cela Danièle?  Tes éloges « ironiques » visaient juste la virtuosité du bourreau dans la technique du pal !

 

 

Pour les vacances, Simone recommande le livre d'Eric Vuillard, L'ordre du jour, qui décortique la mécanique politique et psychologique qui a conduit à l'arrivée au pouvoir d'Hitler.

 

Nathalie a parlé d'une jeune romancière espagnole, amie de Rosa Montero que nous connaissons, et qui s'appelle Vanessa Montfort : deux romans remarquables ont précédé le titre dont tu nous as parlé, Le lévrier, une pièce de théâtre. Connue et admirée sur le web hispanique, on apprend en effet que cette jeune femme, née en 75, a déjà écrit plusieurs romans dont Mitología de Nueva York et Mujeres que compran Flores.

 

Marie a parlé avec enthousiasme Des Heures silencieuses de Gaëlle Josse qui livre le journal intime d'une jeune femme flamande de Delft au 17ème siècle, avec ses failles et ses frustrations.

Et puisque on ne parle jamais si bien que de ce qu'on est privé (Rousseau à propos de la liberté quand on est enfermé, ou du printemps quand il neige), nous avons parlé en ce jour atroce de canicule parisienne, de la neige, et de la mort dans la neige. Daisy a évoqué la mort de Robert Walser (un écrivain suisse allemand, qu'elle ne connaît pas d'hier) et qui mourut mystérieusement dans la neige, réalisant ce qu'il avait imaginé dans une de ses nouvelles, Blanche Neige, nouvelle adaptée au cinéma par João César Monteiro en 2000.

 

Autant vous l'avouer, les amies, la chaleur et les petits verres de vin (" mon verre s'est -finalement- brisé comme un éclat de rire") m'ont distraite de ma tâche et plusieurs de vos titres ont disparu dans la brume...de mon esprit accablé. Alors corrigez, complétez au besoin...par nos canaux parallèles.

 

Portez- vous bien dans la fraîcheur revenue, et rendez-vous en septembre, le 27?     Hélène

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02 juin 2017

"Embarquées sur le Saint François..."

 

 

Finalement quatre autour de la table ronde.

Et nous avons joué les prolongations, nous séparant à 8 heures demi, prises jusque là par nos conversations qui abordèrent les livres plus tard dans la soirée.

 

Nous parlâmes de l'orthographe et des difficultés d'analyse des enfants qui voient dans la dictée un simple exercice de mémorisation, de restitution d'un texte parfois appris par coeur....Bref, on ne travaille pas assez le sens de la langue dans le primaire, par des analyses et de la réflexion.

 

Pour ce qui est des lectures nous avons salué le talent de Baldwin (découvert dans un théma d'Arte, intitulé comme l'un de ses livres, inédit, Je ne suis pas votre nègre) dont nous avons lu des choses différentes : des romans pour Danièle, très emballée (Un autre pays), et moi (La chambre de Giovanni) , et un essai pour Marie, La prochaine fois le feu.

 

Né en 1924 à Harlem, il s'est politiquement et civiquement engagé pour les droits des Noirs dans la société américaine. Il est venu  en France en 1948 participant à la vie intellectuelle et artistique, à Paris et à Saint-Paul-de- Vence qu'il quitte en 57 revenant quelque temps en Amérique, et qu’il retrouve en 70. Il y mourra en 1987.

 

Fils de pasteur, noir et homosexuel, il parle de la souffrance qu'engendrent les différences, et de la culpabilité qui le ronge. Mais ce ne sont pas les particularités culturelles, la culture des Noirs américains qui l'intéressent comme par exemple chez Toni Morrison qu’il a influencée. Dans ces premiers temps de la lutte pour l'égalité des droits, comme le dit Marie, c'est l'universalité de l'humain qu'il revendique, c'est l'application des droits de l'homme, que celui-ci soit blanc ou noir.

 

Pour ma part j'ai été oppressée par le sentiment tragique de la vie qu'il exprime dans son beau roman, La Chambre de Giovanni, servi par une très belle écriture, puissante et évocatoire. Je vous laisse juger de ce début de roman :

" Je me tiens debout à la fenêtre de cette grande maison, dans le sud de la France, tandis que tombe la nuit, la nuit qui mène à l'aube la plus terrible de ma vie. J'ai un verre à la main, une bouteille devant moi. J'aperçois mon image dans la lueur de plus en plus obscure de la vitre: mon image est élancée, un peu comme une flèche, mes cheveux blonds brillants. Mon visage ressemble à un visage que vous avez vu maintes fois. Mes ancêtres ont conquis un continent, ils ont traversé des plaines jonchées de morts jusqu'à un océan qui, tournant le dos à l'Europe, faisait face à un plus sombre passé."

C’est d’abord un Américain qui parle, mais un Américain qui n’oublie pas qu’il est aussi un Noir.

 

Tony Morrison que nous connaissons par ses romans, a écrit également un petit livre passionnant (Playing in the dark, série de conférences où elle analyse le rôle attribué au personnage noir et la place qui lui est réservée dans les œuvres de Melville et autres écrivains, surtout américains, et donc à l’adresse d’un lecteur plutôt Américain blanc) conforte bien sûr la démarche universaliste de Baldwin, qu’elle a fréquenté (de nombreux travaux universitaires, aux Etats Unis ont étudié les influences entre les œuvres et les engagements de ces deux figures intellectuelles), mais il me semble qu’elle la dépasse en s’attachant particulièrement aux souffrances sociales, psychiatriques, liées à l’identité, aux particularités culturelles de l’homme noir. « I am writing for black people…Il dont have to apologize »( The Guardian, 25 avril 2015). Qu’en pensez-vous ?

Nous avons constaté que Baldwin dans ce roman, La Chambre de Giovanni, pouvait se projeter  dans la peau d'un Américain blanc et  blond pour y analyser ses problèmes identitaires dont l'essentiel semblent tourner autour de l'homosexualité refoulée, la culpabilité afférente (à l’époque), et de la relation difficile avec le père.

 

Par contraste, nous avons évoqué l'œuvre  d'un poète tchadien contemporain, Nimrod, édité chez Gallimard dans la collection Poésie (J'aurais un royaume en bois flotté). C'est dire, si besoin en était, avec les nombreux prix qui l'ont distingué, qu'il y a derrière ce docteur en philosophie, toute une œuvre de qualité, intellectuellement et artistiquement reconnue.

On ne peut qu'être subjugué par la douceur qui émane de ce poète tombé amoureux à six ans de la langue française. La douceur est pour lui une valeur humaine cardinale, conquise sur la violence naturelle. À découvrir donc...avec le portrait qui en est fait dans la préface :

 

" Avec le temps, Nemrod est devenu un homme du nord....un Africain....qui n'aime rien tant que l'air iodé de la Manche, le crachin de la côte picarde, la pluie "cette fille d'eau" que "le désir cartographie à hauteur de ciel".

 

Continuant à tâtons nos explorations, nous sommes descendus dans le métro, avec Danièle bousculée au portillon....Cela a fait remonter chez moi une sombre histoire du temps où j'enseignais à Saint-Denis, et que je refusai moi aussi,  la collante promiscuité du fraudeur qui avait voulu passer avec moi.

Cela m'avait valu sa haine et sa vindicte, un petit séjour d'une demi heure au guichet, à côté de l'employée de la RATP, où soit dit en passant, je sus me rendre utile en répondant aux questions de voyageurs sur les possibilités d'aller à Chantilly)...

Cela m'avait valu une descente sous protection sur le quai où le sombre individu avait été repéré m'attendant avec une détermination remarquée, et puis un voyage en cabine près du conducteur où nous surveillâmes par le rétroviseur latéral, à chaque station, la descente, puis la remontée du vengeur qui m'avait bien dans l'œil. Un voyage unique au bout de la nuit et un petit jeu qui a duré jusqu'à la station Saint-Lazare où je me suis jetée, la première, dans l'immensité de la gare, semant mon poursuivant qui sans doute s'était lassé (?), disparu Place Clichy ( ?)

 

Une histoire que je vous raconte, sur la demande du groupe et que j'avais racontée à l'époque à mes collègues et à la proviseure (devinez qui?), stupéfaits par l'aventure.

 

Avec Andrič, et Il est un pont sur la Drina, Annick a ouvert d'autres pistes d'exploration, littéraires, ethnographiques, historiques. Ce pont, à la valeur hautement symbolique, qui relie les rives entre Bosnie et Serbie, permet aussi aux diverses populations aux différences culturelles, religieuses, ethniques, de se retrouver. Trois siècles d’histoire depuis sa construction par le Grand Vizir Mehmet Pacha Sokovitch, jusqu’à sa dégradation en 1914.

 

Lisons ce livre remarquablement écrit, salué par la critique, la distinction du prix Nobel, et qui met à l'honneur un homme de lettres qui vécut dans l'ombre, 50 ans en France, et une littérature dont nous ne connaissons pas grand chose, les lettres serbes (voir aussi un autre titre d'un autre écrivain serbe, Bulatovič, Le coq rouge)

 

Danièle a fait un parallèle avec Ismaël Kadaré qui a su parler avec beaucoup de talent lui aussi des ponts qui relient (Qui a ramené Doruntine? Le pont des trois arches) des codes d'honneur, et de la cohabitation de populations différentes, musulmans, juifs et chrétiens). De lui, nous nous souvenons surtout du Général de l'armée morte, adapté au cinéma, interprété par M. Piccoli. Mais il a derrière lui une œuvre romanesque importante.

 

Pour la fois prochaine aux Tuileries (21 juin), nous pourrions poursuivre nos impressions de lecture de Baldwin, et discuter avec Annick du livre Il est un pont sur la Drina...

 

Pour nous soutenir il faudra bien une petite boisson et de petits apéros pour l'accompagner...On en reparlera un peu avant. Je tâcherai de vous rapporter des kouignettes de Quimper.

 

D'ici là, portez-vous bien au soleil...Hélène 

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