Procope2009

22 mars 2019

Encore des "Petites Nouvelles d'anniversaire"

 

Merci Hélène de ton compte rendu très riche et qui donne envie de lire chaque livre.  Voici donc ma contribution  avec « L’étrange histoire de Benjamin Button » et "La lie du bonheur" de Scott Fitzgerald, deux nouvelles bien frappées !

La première nouvelle est l’histoire de Benjamin Button, dont l’horloge biologique est inversée, c’est à dire qu’il naît vieillard et à 80 ans est un nouveau né.  La nouvelle décale notre regard sur la vie et nous plonge dans une réflexion sur l’altérité et la fragilité de l’existence. Fitzgerald excelle dans la description caustique des milieux sociaux, ici la  bourgeoisie américaine, avec ses conventions et ses travers. Du coup, cet été, je vais me lancer dans d’autres lectures de cet auteur.

La  deuxième nouvelle, dans le même livre, « la lie du bonheur », porte sur le bonheur éphémère (encore) avec l’histoire de deux couples qui, pour des raisons différentes, plongent dans le malheur d’être mal accordés. Le premier couple, très uni, se rompt par la maladie subite du mari qui le plonge des années dans le coma, le deuxième rompt par des centres d’intérêts complétement opposés. Cette nouvelle très  courte est d’un pessimisme cafardeux.

Mes autres lectures sont liées à mon travail actuel. Mais j’ai commencé Millenium et le début m’a  accrochée.

Posté par Procope2009 à 21:38 - Commentaires [0] - Permalien [#]


17 mars 2019

Petites nouvelles d'anniversaire

 

Bravant les giboulées de mars nous nous sommes retrouvées presque au complet pour présenter, chacune le sien, les petits livres offerts par Nathalie ainsi que le livre de David Diop, Frère D’âme, qui traite de la présence des tirailleurs sénégalais dans l’armée française pendant la première guerre mondiale.

 

Le livre tire sa puissance évocatoire du style lyrique, inspiré, fondé sur les images, la répétition - parfois lassante a dit quelqu’un - qui s’efforce de restituer l’éloquence, la vision du monde propre aux Africains. L’auteur nous montre la perte d’humanité - jusqu’à la folie - d’un tirailleur qui ne peut accéder à la demande de son ami, Mademba, blessé au ventre et demandant qu’on l’achève, enfermé qu’il est dans la culpabilité de le perdre et surtout de révéler son geste aux parents et au village.

Mademba, son plus qu’ami, celui qui l’a sorti de la douleur d’avoir perdu sa mère, celui qui l’a suivi en Europe, pour le protéger dans les combats.

Mademba, son frère d’âme, qu’il ne peut ramener à la vie, et qu’il ne peut achever pour lui donner la mort miséricordieuse qu’il réclame.

Le narrateur, Alfa, sombre alors dans la folie,  en allant au-delà des ordres son capitaine qui lui avait demandé de jouer la comédie de la sauvagerie (monter à l’assaut en hurlant avec son coupe-coupe pour effrayer l’ennemi). Il sera à présent sauvage par volonté, guetter une proie – « l’ennemi aux yeux bleus » -, lui couper la main, qui sera ramenée en trophée, l’éventrer, puis l’achever dans un geste d’humanité qu’il n’a pas su avoir avec son ami. Rituel macabre qu’il reproduit presqu’une une dizaine de fois, jusqu’à ce que ses camarades de tranchée, et son capitaine s’en effraient et le renvoient à l’arrière. Il y sera soigné par le Dc François. Ses dessins, très révélateurs, permettent d’évoquer l’Afrique, les souvenirs heureux et le contre-point de la nature, de la vie villageoise, mais aussi de révéler la faille originelle du narrateur, aggravée par le choc de la guerre.

 

Nous avons toutes été sensibles à la qualité de l’écriture qui donne une nouvelle  approche de ce que dut être l’horreur de cette guerre des tranchées.

 

Marie a commencé la présentation des « petites nouvelles  d’anniversaire de nos rencontres » avec une nouvelle de Stephan Zweig, Brûlant Secret, dont l’intrigue lui a fait penser à Braises de Sandor Maraï, qu’elle avait bien apprécié (Parallèle intéressant que nous avions exploré il y a quelques années, dans la biographie et dans l’œuvre).

En vacances à l’hôtel, un jeune homme utilise un enfant avec qui il se lie d’amitié, pour séduire sa mère. L’enfant comprend le rôle qu’on lui fait jouer dans cette liaison qu’il découvre et essaie de se venger, puis se sauve chez sa grand-mère. Pour analyser ces sentiments complexes dans ce récit d’apprentissage, avec le point de vue continu de l’enfant, l’analyse toute en finesse de Stephan Zweig fait merveille.

 

Danièle a parlé d’une nouvelle de Proust, La fin de la Jalousie appartenant au recueil, Les Plaisirs et les jours, dont le style brillant, à la fois précieux et incisif, lui a fait penser à Mme de la Fayette. L’auteur parle des mondains de son époque qu’il a pu longuement observer lors de ses dîners en ville. Le personnage central, Honoré de Tenvres est profondément épris d’une jeune femme, dont la réputation devient tout à coup suspecte. Et il découvre la jalousie, tourment insoutenable  de l’âme. Conte moral à la Rohmer ? Les personnages de cette nouvelle sont différents de ceux de la Recherche, ici décrits avec un détachement cruel…Danièle a bien aimé cette lecture de la passion amoureuse et de la jalousie.

 

Christiane avait en main Daisy Miller de Henry James dont nous connaissons aussi le talent d’analyste. Dans cette longue nouvelle il met en scène une jeune, riche et jolie Américaine, Daisy Miller, en villégiature à Vevey en Suisse, par l’intermédiaire d’un jeune homme narrateur, Winterbourne, qui la fréquente, complètement subjugué par sa fraîcheur, sa liberté d’allure et d’expression, loin des codes de la bonne société européenne. Il la retrouve en Italie, à Rome, auprès d’un jeune Italien, chasseur de dot. Sa désinvolture suscite également le rejet, même dans les cercles fermés des expatriés américains.

Victime d’une grave maladie, Daisy Miler va mourir et, pour Winterbourne qui l’avait également rejetée, l’heure des révélations va sonner et les ambigüités se lever. Christiane fait remarquer qu’on retrouve la même ambigüité dans ce portrait de femme, que dans La bête dans la jungle. Ce personnage féminin nous paraît-il vulgaire par moments ou l’est-il réellement ?

 

Nathalie a présenté  rapidement la nouvelle de Dostoïevsky, Le petit Héros, attribuée à Annick qui ne l’a pas encore lue. Retenons que c’est une nouvelle de jeunesse écrite en prison, que le personnage préfigure Aliocha des Frères Karamazov, et qu’on trouve dans ce livre des résonnances de Balzac qui a beaucoup marqué Dostoïevsky, notamment du Lys dans la Vallée.

 

J’ai ensuite présenté une nouvelle d’un prix Nobel de littérature (2010), que nous connaissons, l’écrivain péruvien, Mario Vargas Llosa : Les Chiots. Ceux et celles qui ont lu La tante Julia et le scribouillard  (La tía Julia y el escribidor), savent que le courant autobiographique est bien présent dans cette œuvre qui touche des domaines très variés, le social, le politique, la création artistique…Les Chiots raconte le destin d’un copain de classe, Cuellar, surnommé « Petit zizi ». Nous faisons sa connaissance à l’école primaire, chez les Frères (maristes ?), enfant apprécié de ses maîtres et rapidement intégré dans un groupe de copains – dont le narrateur -  qui jouent au foot dans l’équipe de l’école. Un accident survient dans les vestiaires de sport : le chien de garde de l’école s’est échappé et mord cruellement le petit Cuellar…dans les parties génitales. Malgré les soins, l’opération de 12 heures, l’enfant gardera des séquelles et nous comprenons rapidement par les points de vue et souvenirs des copains dont la parole vive est restituée tout au fil du temps, qu’il gardera une incapacité physique dans les rapports sexuels.

La nouvelle retrace le parcours de ce garçon : enfance, adolescence, entrée dans la vie adulte, toujours encadré par son groupe de copains qui l’aiment bien, mais qui reproduisent le code de virilité qu’on leur a transmis à travers les différents rites de passage à l’âge adulte et donc qui se posent en modèles, impossibles à suivre, dans les conquêtes amoureuses.

Ce groupe d’amis continue à l’appeler familièrement, et affectivement par son surnom, Petit Zizi, poussant ce garçon à la surenchère des actes de provocation, dans la conduite des automobiles comme sur la planche de surf à la plage. La mort accidentelle au volant survient comme une évidence et est donnée très rapidement à la fin, alors que le groupe de copains, mariés, entrés depuis longtemps dans la vie professionnelle, s’est disloqué et se voit très peu. Une nouvelle cruelle racontée avec une rapidité et une économie de moyens qui la rend d’autant plus poignante.

 

Simone a présenté Morphine de Boulgakov, auteur de l’inoubliable Maître et Marguerite, lu et relu, mais aussi de nouvelles étonnantes, comme Cœur de Chien et, inspirée sans nul doute de sa pratique de la médecine, Morphine.

Cette petite nouvelle se présente sous forme d’un journal tenu de façon irrégulière par le jeune Docteur Poliakov (personnage fictif), qui, après une déception sentimentale, se retrouve affecté, peu de temps après la révolution, dans un dispensaire loin de la capitale. Il n’a pour seule compagnie qu’Anna, l’infirmière du centre qui l’assiste dans sa pratique et qui gère l’approvisionnement en médicaments dont la fameuse morphine, si utile dans les interventions chirurgicales. Il est atteint d’un mal dont seule la morphine peut atténuer les effets, comme elle l’aide à soulager ce poids de la solitude et de la misère humaine qu’il affronte désormais seul sans aucun dérivatif.

Peu à peu, sous l’effet de l’accoutumance de l’organisme, il augmente les doses de morphine et tombe dans la toxicomanie sous le regard impuissant d’Anna. Les notes deviennent plus lapidaires, le journal est irrégulier, trahissant une évolution du narrateur vers la folie, puis le suicide.

 

Pour la prochaine fois, le mercredi 17 mars, nous aborderons le roman visionnaire de J.G. Ballard, Millenium People, puisqu’en 2003, il décrit la révolte de la classe moyenne londonienne. La science-fiction est aussi un outil de réflexion, nous le verrons à travers ce livre (qui a ses faiblesses…mais lesquelles ?), et cet auteur que nous découvrons et sa vie, à elle seule, est étonnante. Christiane nous en parlera, avec, du même auteur, La Vie et rien d’autre.

Nous avons aussi décidé de mettre au programme, le superbe livre d’Amos Oz, écrivain israélien qui vient de disparaître, Une histoire d’amour et de ténèbres. A lire et à relire! 

 

Posté par Procope2009 à 17:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]

27 février 2019

Janvier 2019, l'hiver indien!

 

 

Malgré les pluies, les bourrasques, les flocons, le grésil..., toutes les gentillesses apportées par la tempête « Gabriel », nous nous sommes retrouvées à six au Café Beaubourg.

En repli, au fond, sur les banquettes, non loin de nos tables rondes, réservées pour un banquet qui n’était pas le nôtre.

 

Non, nous n’étions pas prêtes encore à parler l’antique langue des serpents, même si, grâce à Kivirähk, l’auteur estonien contemporain, nous en devinons maintenant les arcanes : nous savons que notre langue de mangeurs - mangeuses- de pain est trop engluée, car trop épaisse, pour se plier, se tordre dans le but d’émettre les sifflements requis.

 

Nous n’avons donc pas essayé, même si le livre, assez long, et en cours de lecture pour cinq d’entre nous, nous a séduites pour son souffle, sa fraîcheur, la puissance de son univers imaginaire qui tente de retrouver dans ce peuple de la forêt auquel appartient Leemet, le personnage principal, les racines du peuple estonien au moment où il est envahi par « les hommes de fer », les chevaliers, allemands pour nombre d’entre eux, et christianisé par les moines, tout cela entraînant une mutation des sociétés sylvestres en sociétés paysannes vivant désormais en villages, dans les sphères de pouvoir des monastères et des forteresses ou châteaux.

 

C’est cette double attraction que subit le jeune Leemet, celle de la forêt où il vit, où se tient désormais :

- le reste de sa famille (mère, sœur et oncle maternel), mais aussi,

- d’autres familles dont celles de ses amis - deux garçons de son âge   qui vont, hélas pour lui, aller vivre au village, celle de son amie, Hiie.et son amie Ints (parmi ses congénères, les serpents), une vipère royale, pleine de sagesse et de bon sens,

 - mais aussi, des êtres étranges, comme ces humains semi-végétaux que Kivirähk nomme des anthropopithèques,

  - Le devin, le sage Ulgas dans son bois sacré, dont on montre l’esprit borné et fanatique.

- Deux éleveurs de poux (!), très primitifs, mais assez savants dans leur art car ils savent dresser leurs animaux, et par mutations et croisements,obtiennent un poux géant, aussi grand qu’un chevreuil, qui a son importance dans le livre.

- Tous les autres animaux de la forêt. Certains servent de nourriture comme les élans et les chevreuils (mais ne sont tués que pour les stricts besoins alimentaires); d’autres, comme les loups, sont domestiqués et procurent du lait ou servent de montures; enfin, d’autres comme les ours, sont des partenaires un peu inférieurs aux humains en raison de leur bêtise, mais séduisants, car attirés par les femmes, et attirants pour la beauté de leur regard et de leur fourrure : ils sont nommés avec condescendance par Leemet, « les Bruns ».

 

Le jeune Leemet, parfaitement intégré à son milieu, car il connaît, grâce à son oncle Vootele, la langue des serpents - qu’il est capable d’entendre mais surtout de parler- , est également attiré par le monde villageois dont il vient (son père ayant décidé d’y vivre), qu’il a quitté après la mort accidentelle de ce père, pour suivre sa mère et sa sœur, retournant vers leur famille, l’oncle Vootele, et un grand-père disparu qu’on espère vivant, et qui reviendra, mais trop tard.

 

Ces deux univers, la forêt et le village, offrent des intérêts différents, pour ce qui est des femmes lorsque le jeune Leemet arrivé dans l’âge du « rut » (un terme que l’auteur choisit pour aligner les différentes espèces de la forêt connaissant le même besoin, celui de se reproduire) est doublement attiré par deux filles « sexy », respectivement, Hiie et Maddalena (orthographe de mémoire, le livre n’étant plus là). Les circonstances voudront qu’il les connaissent l’une et l’autre, et que cette deuxième vie qu’il se construit au village auprès de Maddalena et de l’enfant que lui fit un chevalier, trouve son terme, sans possibilité de retour, ni au village (brûlé), ni dans la forêt (désormais désertée), à cause du double fanatisme des « religieux », Ulgas d’un côté, le doyen Johannes de l’autre.

 

L’Homme qui savait la langue des serpents offre plusieurs niveaux de lecture.

 

         Roman d’initiation montrant des apprentissages qui laissent à penser que Leemet veut être le premier à faire telle ou telle chose, alors qu’il se retrouve le dernier à accomplir ces actions traditionnelles ou nouvelles.

 

 

         Roman de la solitude qui se termine par la fin d’un monde, sans pour autant cultiver la nostalgie ou la tristesse parfois présentes. La narration, assurée par Leemet, se fait souvent avec beaucoup d’humour, de réalisme, et même d’esprit critique. Il y règne par exemple un anticléricalisme dans lequel nous autres Français, nous nous reconnaissons. La problématique soulevée est bien de savoir comment s’adapter au changement.

 

         Il est à noter que tous ces changements mortifères viennent de la mer d’où débarquent « les hommes de fer ».

 

         Conte fantastique par ses créatures étranges et les relations étroites avec le monde animal; conte qui se veut dans son aboutissement, une quête de cet animal fabuleux qu’est la Salamandre, symbole du monde ancien.

 

 

         Roman historique, qui s’attache, à travers l’évocation fantaisiste d’un Moyen Âge estonien d’avant l’Histoire (que l’auteur fait démarrer à l’arrivée des Allemands) à la mise en relief des valeurs propres et des racines des Estoniens dont le pays, rappelle le traducteur (qui offre à ce livre une belle postface), a souvent été envahi.

 

         Roman d’amour, conte philosophique...

 

 

L’Homme qui savait la langue des serpents est tout cela à la fois, ce qui explique l’intérêt de Manaudier, traducteur du livre, professeur d’Histoire, d’estonien, de basque, spécialiste des langues finno-ougriennes...qui vaut à lui tout seul le détour, nous confirme Christiane, avertie par un libraire.

 

Le livre, publié en 2007, traduit en français en 2013, a reçu en 2014 le grand prix de l’Imaginaire du meilleur roman étranger.

Il nous propulse avec bonheur dans les lettres estoniennes et nous donne envie de découvrir les autres romans de Kivirähk.

 

Il fut très peu question de Frère d’âme de D.Diop que nous avons commencé, que nous trouvons bien écrit et passionnant. Nous l’analyserons la prochaine fois.

 

La prochaine fois, ce sera le 13 mars. Nous nous proposons de parler des livres offerts par Nathalie (chacune présentera le sien).

 

Nous pourrons également lire, découvrir un livre de science-fiction, d’un auteur britannique, consacré à la révolte de la classe moyenne à Londres...Il s’agit de Millenium people de J. G. Ballard.

Posté par Procope2009 à 22:35 - Commentaires [1] - Permalien [#]

21 décembre 2018

Avant Noël

 

Moment très agréable au Café Beaubourg, non loin du sapin de Noël , de rouge vêtu, du chat tigré, maître des lieux, et des arrières-plans habituels où se nichent des personnes désormais connues, de noir vêtues.

 

Notre conversation fut buissonnante,  passant de la mafia corse (à propos du dernier livre de J. Ferrari, A son image), aux spectacles de théâtre ou expositions, recommandés par Annick qui se souvenait d’une adaptation remarquable du  Maître et Marguerite, le roman de Boulgakhov, ou par Daisy, ou par moi qui sortais des expositions sur Miró et sur Venise au XVIIIème siècle; clin d’œil également à Michel Pastoureau aperçu dans la petite lucarne et surtout entendu, dans son expression élégante et précise, pour présenter son dernier livre consacré à l’Ours et annoncer la publication prochaine d’un livre consacré à la couleur jaune.

 

La perche était tendue, nous avons versé dans le « jone » (couleur et phonèmes récemment revisités), et nous avons commenté avec des réserves l’article de Florence Aubenas dans Le Monde, sur la France des ronds points. Tous ces rebondissements étaient inspirés par nos lectures diverses:

  • La déposition de Florence Aubenas pour Marie
  • George Sand à Nohant, livre de l’historienne Michelle Perrot, qui a

 bien plu à Daisy.

 

Mais nous avons gardé le cap sur Oneiron de Laura Lindstedt, proposé, puis sévèrement critiqué par Nathalie. Danièle, Marie et moi avons voulu voir par nous-mêmes.

Donc, la jeune auteure (1976) est Finlandaise et propose là son troisième roman primé dans son pays. 

Le titre est grec Oneiron : il n’a pas vraiment de traduction en français, où nous connaissons le mot onirologie qui est la science des rêves. De fait, le livre est caractérisé par son auteure, de « fantaisie », en raison de sa matière (imaginer les quelques secondes qui suivent la mort, avec la migration de l’esprit et même de l’enveloppe corporelle); en raison aussi de sa construction, visant à évoquer les vies de sept femmes décédées et rassemblées dans un même lieu, des vies condensées et limitées à leur dernière journée mise dans le contexte de la personnalité et des relations, parfois dangereuses, avec l’entourage.

Ces récits, faits souvent sur le mode du monologue intérieur, ou nourris par des commentaires et observations d’une narratrice, mêlent d’autres sortes d’écrits : 

  • écrits médicaux (Le précis de respiration par exemple), 
  • des poésies (celles écrites par Polina, la Russe), 
  • des articles de journaux (au sujet des spectacles de Shlomith, la
  • performeuse américaine... ou l’assassinat de Maimouna, la

    Sénégalaise, par les terroristes d’AssarDine ,

  • le texte d’une conférence...
  • une lettre 
  • et bien d’autres...

 

Tout cela rend le livre décousu et touffu par sa masse d’informations, certaines différées tout à la fin. Ceci joint à une difficile progression (comme le passage d’un monde tout blanc à un monde jaune, avec l’évanescence des formes corporelles) - rend la lecture du livre éprouvante, mais pas lugubre, comme tu disais Nathalie ! C’est un livre exigeant.

 

Le propos du livre? 

C’est d’abord de s’interroger sur l’au-delà, (ou l’après la mort), décrit grâce à l’apport récent des neuro-sciences sur le sujet (travaux de l’université de Southampton), mais aussi grâce au renfort des religions  ou des philosophes comme Sartre ou Swedenborg ou des poètes comme Dante. 

 

Mais à travers l’expérience d’un personnage central du livre, Shlomith, il y a la nécessité pour l’auteure d’analyser le monde post – Shoa. Cette performeuse américaine dont la vie, les performances occupent une place prépondérante dans ce livre, par rapport aux vies des autres personnages, prétend faire œuvres d’art, mais en plus, pour elle, donner à voir ses souffrances d’anorexique, s’autodétruire en public, est une réponse aux théologiens juifs qui ont tenté de trouver dans les textes une justification à la Shoa.

Pour Shlomith, Dieu n’existe pas « toutes les tentatives de trouver une explication théologique au génocide juif aboutissent à une impasse. Dieu était absent. Dieu est absent. Il n’y a pas de Dieu. Il n’y a qu’un flot de justifications toujours plus alambiquées qui ne sert personne » p.428

Pour aller plus loin dans l’analyse de ce point, on peut se référer à Sophie Ashram et à son article, Un septuor somptueux.

Je n’ai pas eu envie de la suivre, mais la piste est belle.

 

Nous avons prévu de nous revoir le mercredi 30 janvier avec deux livres différents, mais sans doute dérangeants, Frères d’Âme de David Diop, et L’Homme qui savait la langue des serpents d’Andrus Kivirähk

 

A l’année prochaine donc ! D’ici là, passez un bon Noël… 

Posté par Procope2009 à 22:41 - Commentaires [0] - Permalien [#]

17 novembre 2018

Juste avant, juste après...

Dans notre café habituel, tout était à sa place, la table ronde, le gros chat tigré venu se faire admirer, tout comme l’homme au catogan, désormais visible, trois tables derrière nous.

Mais à notre table, il manquait Simone, empêchée,...et Annick que nous avons vainement attendue, lui réservant un verre de Pinot, que nous avons fini par boire! Mais elle était avec nous tout de même par ses propositions de lecture, Cavafis, le poète grec du XIXème siècle et le diariste suisse Amiel, introuvable dans les bibliothèques et chez les distributeurs des libraires...Nous en avons reporté la discussion à la fois suivante.

 

Nathalie nous a fait la surprise d’un livre offert à chacune pour l’anniversaire des dix ans de notre groupe, puis a évoqué ses lectures du moment dont celle de Faulkner, dont l’œuvre romanesque est immense par son importance, son originalité, mais reste difficile.

 

Daisy nous a parlé de Microgrammes de Robert Walser en lien avec l’expo sur Georges Focus (peintre du XVIIème siècle interné aux Petites Maisons) aux Beaux Arts.

 

 

Nous avons présenté, Marie et moi, le livre d’Estelle-Sarah Bulle, Là où les chiens aboient par la queue, livre qui a reçu début septembre le prix Stanislas.

C’est une chronique familiale qui livre la parole de trois femmes en Guadeloupe (Antoine, Lucinde et la nièce), et d’un homme (Petit frère), unis par des liens de parenté : les deux sœurs et leur petit frère, orphelins de mère, morte prématurément. Celle qui se nomme « la nièce », recueille les récits de ses tantes et de son père, conduit la narration et distribue la parole pour construire un récit où elle ménage différentes progressions.

Évolution fatale pour le couple de ses grands- parents, Hilaire et Eulalie, qui bravèrent les interdits sociaux en se mariant, lui, Hilaire, un Noir, petit exploitant agricole et elle, Eulalie, appartenant à une famille de « petits blancs » qui s’était jusqu’alors préservée du métissage. Ce mariage tourne mal, en raison principalement du caractère fantasque d’Hilaire; Eulalie, dépressive, épuisée par ses grossesses et les difficultés de la vie quotidienne à Morne-Galant dans la proximité d’une belle- famille peu accueillante, meurt au cours d’une énième grossesse. Les trois enfants qui restent, finiront par quitter leur père et leur village, pour aller d’abord à la grande ville, Pointe-à-Pitre, puis en métropole, en région parisienne où va naître la « nièce » (qui n’est autre que la narratrice-auteure), pour une sorte de libération où l’on peut enfin naître à soi-même, loin de l’île, de ses préjugés, de ses cloisonnements, mais en gardant intacte la joie d’y revenir en vacances, dans un retour aux origines...De nombreux problèmes sont soulevés, et pas seulement identitaires, comme l’évolution de la société antillaise avec la modernité, l’instruction, l’amélioration du niveau de vie, l’attraction des villes...L’écriture, qui s’approprie le parler créole, par la parole et la vision du monde des tantes, doit beaucoup à Patrick Chamoiseau.

 

Marie a parlé d’un livre de Stevenson, qui l’a impressionnée, Le Maître de Ballantrae(1889) et de deux livres très intéressants de Jack London , Les Temps Maudits et Le Cabaret de la dernière chance. (Il faudra qu’un jour, on explore un peu mieux cette œuvre de London, à laquelle on revient toujours.)

 

Daisy, pour sa part, a bien aimé et présenté le prix des lycéens 2016, Petit Pays de Gaël Faye, qui, dans ce premier roman, parle d’une enfance au Burundi, voisin du Rwanda, et des conflits ethniques qui agitent cette partie de l’Afrique, celle des grands lacs. Mais pour Gaël Faye, c’est avant tout le pays de son enfance, et du bonheur retrouvé par l’évocation des souvenirs d’enfance...

Il fut question également de La Vie Princière de Marc Pautrel, Il me semble que Marie (ou Nathalie?) en disait grand bien, mais là - Annick, tu en es responsable! - le deuxième verre de Pinot noir brouillait les cartes...

 

Auparavant, j’avais eu le temps d’écouter Christiane, ravie par la lecture d’un nouveau livre de HUANG Sok-Yong (Souvenez-vous de Princesse Bari et du Vieux Jardin), livre qui a pour titre Au pays du soleil Couchant et qui lui a beaucoup appris sur la société sud-coréenne qu’elle a récemment découverte dans ses voyages.

Elle parla aussi d’un livre d’un écrivain sud-coréen, Le Poète de Mun-Yol Yi, récit consacré au poète vagabond Kim Sakat (né au XIXème siècle) où l’auteur dit ce que cela représente d’être un fils de traître, comme il le fut lui-même. Livre très intéressant, facile à lire, que l’on trouve lui aussi aux Éditions Picquier.

 

Danièle était de celles qui avaient une opinion sur Amiel, ayant réussi à se procurer une sorte de condensé du Journal, avec les Dix jours à Chessex. Marie avait également (il me semble…) goûté de ce journal, de quoi dessiner une ébauche de portrait de ce grand écrivain suisse, hypocondriaque, « macho », avec une tendance à la procrastination à la Oblomov (dixit Marie)...

Voici ce que dit d’Amiel, sujet d’un livre récent (13-09-18) de Roland Jaccard, Les derniers jours d’Henri-Frédéric AMIEL,

« Chaque jour est le dernier pour Henri-Frédéric Amiel et c’est pourquoi il conjure son angoisse de la mort en tenant son journal. Roland Jaccard se substitue à lui alors qu’il agonise et se remémore ce que fut sa vie. Et paradoxalement, il y trouve plus de raisons de se réjouir que de se lamenter. Cet inlassable séducteur tergiverse sans fin sur les avantages et les inconvénients du célibat. Travaux pratiques à l’appui. Ce mélancolique fait tourner les têtes sans pour autant y sacrifier la sienne. Rien ne saurait pourtant lui faire oublier sa tendre Cécile qui s’est suicidée à la fleur de l’âge.

S’il fallait le rapprocher d’un personnage contemporain, ce serait de Charles Denner dans L’homme qui aimait les femmes de François Truffaut. » (présentation de l’éditeur Babelio)

 

Vous serait-il à présent plus attirant?

 

Danièle avait également mis ses pas dans ceux de Nathalie en se procurant le livre d’Antoine Vautier, Pense aux Pierres sous tes pas. Un livre qu’elle a trouvé « rude », mais à la lecture facile puisque c’est une fable. Nathalie l’a rejointe pour une appréciation modérée, voire négative, sur ce livre.

 

Il fut aussi question de Carole Martinez que j’avais rencontrée au café-librairie L’Ivraie, à Douarnenez. Rencontre et discussion passionnantes pour connaître la riche personnalité de Carole Martinez , éclairantes pour le laboratoire de l’œuvre et pour comprendre l’importance que revêt la nature, puisque tel était le thème de la discussion engagée avec une journaliste. A la suite de Cœur Cousu, j’ai lu avec le même enthousiasme, Le Domaine des Murmures dont l’intrigue se passe au Moyen Âge et en Bourgogne : anciennes légendes, mythes et thèmes folkloriques des contes donnent une grande puissance à ce récit.

 

Pour la fois prochaine, que nous avons fixée au mercredi 19 décembre, nous avons mis au programme sur le conseil de Nathalie, Laura Lindstedt, une Finlandaise et son livre Oneiron, traduit du finnois par Claire Saint-Germain et publié chez Gallimard. On peut noter la présence de cette auteure au festival Les Boréales, qui se tient actuellement (15 nov-25nov) en Normandie.

 

Mais Juste après la mort, que se passe-t-il? C’est sur ce titre énigmatique, en lien, je suppose, avec Oneiron, ou sans doute, titre d’un spectacle monté par l’écrivain norvégien, Jon Fosse, qu’on peut lancer la réflexion - scientifique? philosophique? - pour le 19 décembre.

 

D’ici là, lisez bien, Hélène

Posté par Procope2009 à 22:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]


14 octobre 2018

Octobre au Café Beaubourg

 

 

L’été indien, Le Beaubourg, la table ronde, et nous toutes au complet, sans oublier l’homme au catogan et lunettes rondes dans les coulisses...

C’était hier notre dixième rentrée littéraire avec nos lectures d’été au programme, principalement :

            Ludmilla Oulitskaïa et ses romans et recueils de nouvelles

            Fernando Aramburu et son roman Patria traduit en français depuis le printemps.

 

 

 

Oulitskaïa est un écrivain russe contemporain dont le dernier livre paru au printemps est L’Echelle de Jacob. Nous avions lu d’autres titres. Christiane a parlé d’un recueil de nouvelles, Mensonges de femmes, qui propose quatre nouvelles sur des « mensonges » de femmes qui enjolivent leurs vies étriquées dans des appartements communautaires tels qu’ils ont pu exister dans les villes pendant la période communiste. Toutes quatre se font démasquer justement en raison de cette grande proximité des voisins qui peuvent vérifier les histoires qu’elles inventent.

 

Simone avait lu, comme moi, le roman Sincèrement vôtre, Chourik, qui retrace le parcours sentimental de Chourik, un jeune homme brillant, bien élevé par sa grand-mère qui lui enseigne le français, les bonnes manières...et la pitié pour les femmes! C’est cette pitié qui le détourne de ses études pour devenir « l’homme de service » au sens propre, auprès de femmes, jeunes et moins jeunes. Un roman plaisant en raison de la distance ironique que pratique l’auteure, vis à vis des « exploits »de son personnage, homme ordinaire...

Roman intéressant par les petits tableaux de la vie russe, notamment moscovite, proposés à chaque rencontre, dans les derniers temps du communisme, sous Brejnev. Mais la technique narrative reste sans surprise et finit par lasser.

Daisy avait lu avec plaisir Le Chapiteau Vert qui traite de la Dissidence dans la période post-stalinienne. Trois garçons deviennent dissidents par amour pour la littérature et aussi parce qu’ils sont mis à l’écart par leurs camarades de classe. Daisy a trouvé beaucoup d’intérêt à la peinture politique et sociale à laquelle se livre l’auteure.

Oulitskaïa, un écrivain qui honore les lettres russes mais qui n’intéresse pourtant pas le pouvoir en place, constate-t-elle.

 

 

Nous avons ensuite parlé de Patria d’Aramburu, écrivain basque vivant en Allemagne, qui a publié ce livre culte il y a deux ans, écrit en espagnol avec un glossaire pour les mots basques, importants pour percevoir les diverses relations, villageoises et familiales.

Un livre culte, vu la place exceptionnelle qu’il occupe dans l’édition espagnole avec son million d’exemplaires et son étonnant pouvoir de résilience au pays basque et dans toute l’Espagne, ouvrant le dialogue dans les familles et dans une société fracturée par des années de terrorisme.

On connaît déjà l’intrigue reposant sur l’amitié quasi fusionnelle de deux jeunes filles d’un petit village du Guipuscoa, séparées par les épreuves que leur réserve la vie, et...l’ETA.

Ce qui nous a intéressées dans ce livre c’est l’action de l’ETA, cette remise en cause très bien faite de la violence. C’est Simone qui a ouvert le feu - pour conserver ce registre.

Cela commence, dit-elle, par l’endoctrinement des jeunes, pratiqué par des illuminés comme le curé, et des fripouilles (Marie parle de « voyous ») comme le tenancier du bar qui joue l’intimidation, la pression ouverte, la dénonciation au groupe; les phénomènes de bande fréquents à l’adolescence y prennent aussi leur part, ainsi qu’une sorte d’attraction romantique pour la clandestinité, les armes, les rapports de force avec l’état espagnol où l’on joue au plus fort.

C’est tout le processus qui est décomposé:

            Le financement par l’impôt révolutionnaire

            La mise au ban du récalcitrant (El Txato)

         Le départ des militants jusqu’alors dédiés à la guérilla urbaine et leur entrée dans la clandestinité quand ils ne peuvent déjà plus revenir en arrière.

            Leur formation militaire

       Leur éloignement momentané, puis leur retour pour des missions importantes, des assassinats de gens en vue, dans le tissu économique, ou dans l’administration et l’armée...

L’intrigue romanesque de Patria met le point d’orgue sur l’assassinat d’El Txato, chef

d’une petite entreprise, mais aussi, le meilleur ami, le parrain, le bienfaiteur, de ceux qui ont

dirigé, ou aidé à diriger, l’arme meurtrière.

L’action de ce livre puissant, facile à lire, écrit dans une prose simple, est moins de montrer le fonctionnement de l‘ETA que tout le monde a vu à l’œuvre en Espagne, que de montrer la souffrance des victimes, incapables de construire leur vie pour les jeunes générations, incapables de faire le deuil pour ceux qui sont touchés de plein fouet, comme Bittori.

De montrer aussi la destruction progressive des assassins incarcérés, qui découvrent un beau jour qu’ils ont perdu leur jeunesse, sacrifié leur vie pour rien.

Ce sont des problématiques que nous ne connaissions pas encore, et Aramburu, qui a pris de la distance, y compris géographique (puisqu’il a choisi de vivre à Berlin), peut en faire un roman.

 

D’autres livres ont été présentés, ou mentionnés, je ne suis pas toujours sûre de pouvoir bien préciser de qui venaient ces propositions de lecture.

Avec certitude Daisy a parlé de Naguib Mafhouz, prix Nobel égyptien, personnalité et écrivain reconnus par les lettres égyptiennes. C’est en particulier la trilogie consacrée à la ville du Caire qui l’a attirée et elle a parlé en particulier de l’Impasse des Deux Palais (premier tome), et de la condition féminine (à travers Amina enfermée chez elle sa vie durant, et répudiée par son « maître »).

 

Avec la même certitude, je peux affirmer( !) que Danièle a parlé d’un livre qu’elle a bien aimé, California Girls de Simon Libérati qui retrace ce fait divers qui secoua toute l’Amérique, autour de la « famille Manson »,les 8, 9, 10 août 69.

Elle a également lu À son image de Jérôme Ferrari, un roman superbement écrit sur les liens entre l’image, la photographie, le réel et la mort.

 

Il fut également question (par Annick?) d’une réalisatrice, scénariste, et écrivaine d’origine iranienne, Negar Djavadi et de son livre Désorientale.

Annick a redécouvert Laurence Durrell, après le Quattuor d’Alexandrie de notre jeunesse (j’ose!) avec Citrons amers (ou acides, selon la traduction), et Les Îles grecques, livres qu’elle a bien aimés.

 

Christiane a lu entre autres choses, Martin Eden de Jack London, livre qu’elle a adoré : c’est un roman inspiré par la vie de son auteur.

 

Nathalie aurait voulu nous parler d’un livre d’Antoine Wauters, Pense aux pierres sous tes pas. Mais ...elle le fera la prochaine fois.

 

La prochaine fois, ce sera le mercredi 14 novembre. Nous avons inscrit à coup sûr le poète grec du XIXème siècle Constantin Cavafy. Grec, mais né en Égypte à Alexandrie. Il faut sans doute écouter la lecture qu’en fait Daniel Mendelsohn.

Vous souhaitez également mettre au programme Henri-Frédéric Amiel, écrivain et philosophe suisse, et son journal.

Pourquoi pas? J’avoue que je suis aussi tentée par le beau titre que propose Nathalie.

Au 14! Hélène

Posté par Procope2009 à 14:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]

23 juin 2018

gui aux Tuileries

IMG_0558

20 juin 2018

 

 

 

Atmosphère très estivale hier soir aux Tuileries : chaleur, et affluence auprès des bassins dont les jets d’eau attiraient irrésistiblement les promeneurs  qui, pour certains, avaient revêtu le maillot de bains pour s’offrir une bonne douche !

 

Nous étions huit autour des verres et des livres, un peu en retrait sous les arbres.

Il fut d’abord question de deux recueils de nouvelles, l’un présenté par Daisy qui a parlé de nouvelles d’auteurs divers des pays baltes, réunies chez Pol, et l’autre, par Nathalie qui aide à la traduction en français de nouvelles japonaises de Kanoto Okamoto (Sushi).

 

 

 

Au programme, il y avait :

- Outre-terre (publié en mars 2016) de Jean Paul KAUFFMANN, qui a obtenu en 2016 le prix Médicis de l’essai et le grand prix de la société de géographie;

- et une œuvre de la romancière russe, L. OULITSKAÏA.

 

Ce furent nos fils rouges car vous aviez surtout envie de parler de votre lecture de Cognetti, du Garçon sauvage et des Huit montagnes, dont on a, à nouveau, salué l’authenticité et la richesse de sa vie intérieure.

 

Pourquoi avoir choisi Outre-Terre? Voilà une question qui travaillait Marie qui fait également des expéditions en famille...

Ce n’est peut-être pas de la grande littérature, puisque cela se présente comme un récit de voyage, est considéré comme un essai (prix Médicis de l’essai), et se range à la Bibliothèque dans le rayon des romans! Un genre bâtard, quoi! Peut-être un essai au sens où l’entendait Montaigne, qui mêle, réflexions, citations, anecdotes personnelles…

 

Mais c’est très bien écrit par un véritable humaniste qui ne sait pas bien ce qu’il recherche (il se réfère à la quête sans objet d’Yvain, de Chrétien de Troyes) en entreprenant en plein hiver un voyage à Kaliningrad, et au village de Bagrationovosk (l’ancienne Eylau). Ce fut un voyage en famille décidé dix ans plus tôt pour l’anniversaire de la bataille napoléonienne d’Eylau, considérée comme une victoire par les uns et les autres, Napoléon et les Russes.

 On pourrait penser que le but du voyage est historique, savoir qui fut réellement le vainqueur de cette effroyable boucherie, connaître la stratégie qui déclenche la plus puissante charge de cavalerie de l’histoire des batailles européennes; montrer comment l’étoile de l’empereur commence à faiblir et que le destin qui préfigure Waterloo, est en marche.

 

Pour le savoir, Kauffmann, utilise des outils divers,

 

- ceux de l’historien (les livres d’histoire, les mémoires des combattants  dans les deux camps, la reconstitution de la journée du 8 février 1807, organisée par Les Russes, cavaliers et fantassins en uniforme militaire de l’époque),

 

- ceux de l’historien d’art (analyse du monumental tableau (au Louvre) de la bataille d’Eylau du baron Gros), mais aussi,

 

- ceux du géographe (étude des lieux si particuliers, étude du paysage et des peintures de Bagetti incorporé aux ingénieurs géographes de Napoléon) et du journaliste (voyages, antérieurs à Eylau et à Sainte Hélène, ou complémentaire, à Gaillac sur les traces de Hautpoul apparenté à Balzac par sa famille paternelle) et encore et surtout,

 

- ceux de la littérature, utilisée, par la création de personnages récurrents (le « cuirassier dépressif », ou le directeur de musée, aux multiples visages, du chef de régie au rôle de maréchal d’empire sur un cheval blanc (qui ressemble à celui de Napoléon dans le tableau du Louvre) ;

littérature utilisée en instrument de connaissance à travers la lecture du Colonel Chabert de Balzac, sans oublier Victor Hugo dans la Légende des Siècles, avec Le Cimetière d’Eylau.

 

Mais il faut aller plus loin. Le voyage en famille, dont la relation  « bavarde » ou «complaisante  agace Annick, et lui semble brouiller le propos "du livre (auquel elle préfère un livre antérieur du même auteur, Courlande (2009), plus sobre selon elle) le voyage en famille a son utilité dans ce qui apparaît finalement comme une entreprise de définitive résilience de l’ex-otage du Liban, revenu à la lumière et à la vie après des années de captivité. Il lui faut bien la présence de tous les siens, de ses fils qui « l’asticotent » dans des discussions sans concession, et qui mènent sous ses yeux une romance avec la jeune guide russe, Julia (dont il apprécie, la jeunesse, l’attachement à sa terre de Kaliningrad), il lui faut bien la présence rassurante de sa femme Joëlle, pragmatique et réaliste, pour l’arracher à cette fascination pour Chabert-Hautpoul, revenus d’entre les morts pour mourir définitivement car ce qui est mort est définitivement mort, sombre conclusion à laquelle arrive Chabert qui renonce à faire valoir ses droits auprès de sa femme, à reprendre sa place dans la société.  « Je vous méprise, je retourne là d’où je viens, c’est à dire  chez les morts, et désormais, je suis hors d’atteinte. »

Il quitte à son tour ce pays de fantômes, la terre hantée de Königsberg (où, même la dépouille de Kant a disparu de son tombeau), revenu du royaume des morts.

 

Voilà un livre qui vous apprend incidemment des faits historiques, qui aborde l’Histoire sous un angle inattendu (le traumatisme que subit Napoléon, un moment mis en danger par l’avancée de la troupe russe, tellement impressionné par ses nombreuses pertes, par l’état du champ de bataille le 9 février et la barbarie générale, que cet être froid sans sentiments ni émotions apparents, somatisera, comme le montre l’étude de son apparence physique dans les mois qui suivent la bataille).   

 

Surtout un livre qui vous incite à lire d’autres livres, dont Le Colonel Chabert, et la Légende des siècles, mais aussi des livres annexes qui ont pour cadre Königsberg, comme Axelle de Pierre Benoît, qui tente aussi de cerner le charme envoûtant de Königsberg et de cette «morne plaine », terme qui, selon Kauffmann, semble s’appliquer à Eylau plus qu’à Waterloo.

Et les références littéraires ou historiques sont multiples et aident toutes à la réflexion.

 

Il ne fut pas vraiment question d’Oulitskaïa. Pour ma part, j’avais lu un recueil de nouvelles remarquables, Les sujets de notre tsar (que je recommande) et Danièle avait lu un roman, Le chapiteau vert, qu’elle a également très apprécié. Christiane n’a pas eu le temps de présenter ce qu’elle avait lu du même auteur.

 

Je vous engage donc à lire quelque chose de cet auteur pour septembre, pour que nous ayons un terrain de discussion, et aussi le livre du basque Aramburu, Patria, maintenant traduit en français.

Et puis, il y aura vos trouvailles, rencontres de l’été...Livres de plage ou d’études…

 

Un bel été à toutes : nous avons vraiment eu un bon moment ensemble mercredi aux Tuileries !

 

Posté par Procope2009 à 17:46 - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 mai 2018

Dos de mayo

Sans Danièle, sans Daisy, sans Marie et sans Christiane - et sans Nathalie (L) pas encore parisienne - , nous avons fait tourner la table ronde, à trois : Simone, Nathalie et moi.

 

C’est l’Egypte, et deux de ses écrivains qui nous ont intéressées.

Naguib Mahfouz (1911-2006), prix Nobel en 1988, et Albert Cossery (1913- 2008, prix de la francophonie en 1990), tous deux écrivains cairotes, mettant en scène leur ville natale dont ils savent montrer la vitalité, notamment celle du petit peuple des rues, dans un pays qui a obtenu l’indépendance, et qui entre dans la modernité.

 

De Cossery, Danièle avait lu Les Couleurs de l’infâmie et Les Oubliés de Dieu. « Le premier est une fable voltairienne (Cossery a été surnommé « le Voltaire du Nil »), alerte, ironique; le deuxième, est un recueil de nouvelles qui immerge le lecteur dans un quartier pauvre du Caire, où les familles vivent dans la saleté et dans une grande misère. La description truculente se fait au plus près du réel».

Je reprends les notes de lecture qu’elle nous a envoyées à toutes. Forte de l’exemple donné dans une des nouvelles, elle ajoute que les jeunes générations se révolteront pour se forger un avenir différent, loin de cette médiocrité du moins, c’est ce dont se persuade l’auteur.

Ironie et dérision sont au service de la peinture sociale : corruption, pratiques véreuses, népotisme...tout est montré sans complaisance.

 

On retrouve ces procédés dans Mendiants et orgueilleux, paru en 1955, écrit en français comme les sept autres romans (l’auteur, ami d’Albert Camus, s’était établi très tôt à Paris, fréquentant Henry Miller, Lawrence Durrell, Genêt...)

On considère ce livre comme son chef d’œuvre.

Adapté au cinéma, il fait l’objet de deux films. L’un, franco-tunisien, est tourné en 72, par Poitrenaud ; l’autre est un film égyptien d’Asmaa El Bakri, sorti en 93 en France.

Considéré comme un classique de la littérature égyptienne, il est adapté en bande dessinée par Golo.

 

A travers ce roman qui a pour cadre la ville du Caire, c’est tout un mode de vie que prône l’auteur, en mettant en scène ces désœuvrés qui se retrouvent directement ou indirectement impliqués dans une affaire de meurtre commis dans une maison close et sur laquelle enquête l’officier Nour El Dine.

C’est l’intrigue policière de la recherche de l’assassin, qui sous-tend la narration. Très rapidement, l’officier de police, qui a de l’intuition et qui recherche en l’assassin, un esprit supérieur, resserre son étau autour de trois personnages,

- Yeghen, le poète d’une extrême laideur et d’une extrême maigreur, amoureux d’une belle jeune fille musicienne.

- El Kordi, le fonctionnaire, amoureux d’une prostituée phtisique, imbu de sa personne. 

- Gohar, l’ex professeur de philosophie, devenu très dépendant de la drogue (haschich) que lui fournit Yeghen.

 

Dans le quotidien, tous sont lancés dans des quêtes diverses, la drogue, la femme aimée, un abri pour la nuit..., ce qui permet une exploration des quartiers populaires, à travers des lieux de sociabilité que sont les cafés, les pâtisseries, les salons extérieurs de barbier, les maisons closes…

Nour El Dine, lui-même, est miné par des tensions internes, exercer son autorité sans faille et séduire de jeunes éphèbes. Le lecteur suit ces différentes intrigues, et découvre dès le début du roman son « inversion » (terme freudien que choisit Cossery pour nommer l’homosexualité) dès l’interrogatoire dans la maison close, fasciné qu’il est par le jeune provocateur El Kordi dont la beauté le trouble.

 

L’enquête devient rapidement une sorte de cheminement intérieur qui  conduit ce policier à renoncer à sa profession et à l’arrestation de l’assassin qui lui fait face et qui avoue, sans être jamais considéré comme dangereux pour l’ordre social.

 

Le désœuvrement, la paresse, la satisfaction des besoins élémentaires, le simple sentiment de l’existence, finissent par lui devenir nécessaires et l’amènent à renoncer. Simone s’est étonnée de cet effacement soudain, alors que le travail était fait ! Le coupable était devant lui. C’était incompréhensible. Cela montre en fait que l’intrigue policière n’est qu’un prétexte qui permet une déambulation dans les quartiers populaires de la ville.

Cossery, était lui-même adepte de cette philosophie de la paresse (renonçant après le succès de Couleurs de l’Infâmie à poursuivre son oeuvre) et qui écrivait dans ses notes de fin de vie alors qu’il avait perdu l’usage de la parole : « qui se souviendra d’Albert Cossery? »

Nous, par exemple, qui avons lu ses livres mais qui sommes loin d’avoir pris la mesure du personnage, de ce « dandy altier », ami de Giacometti, de Moustaki, capable de se complaire des heures entières dans l’observation des passants, des passantes...

Et son éditeur(Losfeld), bien sûr !

 

Nous avons aussi parlé de Mahfouz , son contemporain, de langue arabe, beaucoup plus prolifique, ayant publié plus d’une cinquantaine de romans. Danièle et moi connaissions sa trilogie du Caire, Impasse des deux palais, Le Palais du désir et Le Jardin du  passé (87-89). J’en avais gardé un souvenir très vif, de cette femme, Amina, épouse soumise, puis répudiée, n’ayant d’échos de la vie extérieure que par ce qu’elle perçoit depuis les grilles de ses fenêtres, ou par les récits de ses enfants venus en visite. C’est toute la vie de la ville du Caire des années 30-40 qui nous est retransmise dans une profusion d’informations.

 

De cet auteur, Danièle a choisi également, la lecture de Son Excellence, qui parle de la carrière d’un fonctionnaire, de famille pauvre qui sacrifie sa vie entière à son ambition qui est d’accéder au poste suprême, de celui que l’on appelle Son Excellence : poste et honneurs qu’il n’aura qu’à la fin, lorsqu’il est proche de la mort.

Il n’a pas d’existence, dit Danièle, qui a fait un rapprochement avec les Vestiges du Jour de Kasuo Ishiguro et son personnage principal, le majordome, absorbé par sa fonction et incapable de développer une vie personnelle. Et ce sont tous les jeux de pouvoir qui sont étudiés ici, ceux que l’on voit à l’œuvre dans une société où la naissance, et les relations l’emportent sur le travail et le mérite...

 

Simone avait lu de Mahfouz, Propos du matin et du soir, notes, propos sur la vie quotidienne au Caire dans la période postcoloniale, sur la vie comme elle va. Comme Danièle, Simone est submergée par la profusion des informations parfois redondantes (nous nous sommes demandées si ce n’était pas propre aux mécanismes de pensée inhérents à la langue arabe..., différents du français) et est gênée par le manque de lien ou par le manque de focus.

 

Avec Nathalie, nous sommes revenues sur Patria d’Aramburu, venu présenter son livre à l’institut Cervantes de Paris. Un livre culte en Espagne qui a aplani bien des tensions et qui a réouvert le dialogue dans les familles au pays basque. Voilà un livre que nous pourrions lire cet été pour en parler à la rentrée, maintenant qu’il est traduit en français. Il en vaut vraiment la peine, sur le plan politique comme littéraire.

 

 

Revoyons-nous le 20 juin aux Tuileries, avec un livre un peu surprenant par sa démarche, son propos, et plusieurs fois primé comme essai, Outre-terre de Jean-Paul Kauffmann, sur les traces de Napoléon et du Colonel Chabert

 

Allons voir aussi du côté des lettres russes avec Ludmilla Oulitskaïa que lit Christiane en ce moment. Pourquoi pas Le Chapiteau vert ou Sonietchka ?

 

Quelqu’un a-t-t-il lu le livre de l’écrivain africain, Wilfried N’Sondé, Un Océan, deux mers, trois continents ? Je l’ai entendu présenter son livre sur Inter…et c’était captivant !

 

Donc, au 20 juin, sous les tilleuls ou sous les marronniers !

 

 

Posté par Procope2009 à 21:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]

18 mars 2018

Neiges de printemps

 

Ce mercredi 14 mars, pleins phares  sur Paolo Cognetti, jeune écrivain italien, né en 78, découvert par Annick, enchantée par Le garçon sauvage, sorte de récit poétique sur l'appel de la montagne.

 

Nous avons mis ce livre en relation avec un autre livre du même auteur, les Huit montagnes, prix Médicis étranger 2018

 

L'écriture, comme dans un carnet de montagne, est simple, tournée vers la relation des faits et des ressentis, et la description, tantôt précise, tantôt poétique, avec le point de vue (dans les deux ouvrages cités) du citadin qui découvre un autre univers, tout de beauté et de solitude, qui lui permet différents  face-à-face avec lui-même, avec d'autres formes de vie interférant avec la sienne, et surtout, qui lui permet des expériences de l'extrême où il touche ses limites et par là, se confronte avec celles des autres, dont il doit se démarquer, le père, le frère d'adoption...

 

Cette écriture est nourrie par des lectures, et se réfère ouvertement aux auteurs  italiens fréquentés Mario Rigoni Stern et ses Sentiers sous la neige (98).

L’auteur connaît aussi le Walden de Henry David Thoreau (1854). Il a vu le film de Sean Penn, Into the Wild et il a lu Elisée Reclus, le géographe anarchiste du XIXème siècle…

 

La montagne dont il est question, est Le Val d'Aoste où vit à présent Paolo Cognetti, venu lui aussi s’y ressourcer après sa vie turinoise.

Car c'est la démarche du Garçon sauvage, celle d'un écrivain en panne d'inspiration, qui décide alors de tourner le dos à la civilisation urbaine pour aller s'enraciner là-haut, à 2000 mètres d'altitude (dit Florence Noiville dans Le Monde du 09 -09-17). Comme pour Robinson sur son île déserte (auquel il fait référence),  il s'enivre de sa liberté et s'offre le luxe de se couper de tout ce qui constitue la vie de l'homme citadin moderne, "ni famille, ni travail fixe, ni télévision, ni voiture, ni crédit à la banque". Plus de contrainte artificielle, plus de partage virtuel, plus de connexion fébrile...

 

Comme il est dit de Bruno dans Les huit montagnes, "il n'avait pas besoin d'argent si ce n'est pour manger et boire; il ne votait pas, était introuvable sur internet, ne correspondait à aucune case dans les sondages ou les études de marché. Un homme comme lui, qui avait construit son existence dans la marge et y vivait en paix, était à mon sens, bien plus subversif pour notre époque que je ne pouvais me l'imaginer."

Montagne magique qui rend à l'homme le sens de la vie? Une vie qui retrouve toute sa saveur parce qu'on en est le maître...

 

Cognetti refuse tout de même l'idéalisation forcenée. Là-haut, la vie est spartiate, l'hiver est long, les conditions climatiques rigoureuses, les villageois plutôt méfiants...Et cette expérience de la vie sauvage (celle de Bruno en est l'exemple type) comporte ses limites et est parfois sans retour. 

Il faut lire Les huit montagnes qui est un vrai roman avec personnages et intrigue, pour comprendre la démonstration et la fatalité des destinées.

Celle du père qui quitte la ville et son travail à chaque week-end ou vacances, part pour de longues courses en montagne, où il emmène son fils et son ami Bruno, et tente d'en faire de vrais montagnards comme lui, (encore qu’il le soit à mi-temps, partagé entre son travail et sa passion).

 

Pari réussi pour Bruno, son "fils d'adoption", qui là-haut, aura trois vies, celle de maçon, celle d'éleveur et celle de montagnard-ermite qui ne survivra pas dans sa "baïta" accrochée à la paroi rocheuse, à un hiver particulièrement neigeux.

 

La troisième destinée est celle de l'auteur, qui cherche sa voie propre, entre les montagnes de l'Everest au Népal, où il tourne des films documentaires, et le Val d'Aoste où il revient pour voir son ami, retrouver un instant sa mère seule et vieillissante, et surtout recevoir de Bruno l'héritage du père, héritage spirituel comme matériel.

 

A travers cette narration, Cognetti met beaucoup de lui-même, de son mal-être face à cette pression de la réussite à l’occidentale. Son désir de retrait dans la montagne, correspond au besoin de reprendre en mains sa destinée, de réfléchir à ce qu’on lui a transmis.

 

D’autre livres ont été évoqués par Annick : Nos richesses d’Adimi Kaouther, qu’elle trouve intéressant mais faible littérairement.

 

Daisy a parlé de ses lectures, consacrées aux récits de voyage. Elle a évoqué aussi sa découverte du romancier égyptien, Albert Cossery, et d’un de ses superbes romans, Les hommes oubliés de Dieu.

 

Pour les récits de voyage, j’ai évoqué le Chilien Francisco Coloane et son récit sur la Terre de Feu. Et j’ai aussi parlé d’Anita Conti, photographe et océanographe française, dont je connais un peu la destinée et l’œuvre, dont Les râcleurs d’océan, ou Les Terre-neuvas

 

Pour la prochaine fois, Le 3 mai, nous pourrions lire un livre d’Albert Cossery ou de Naghib Mafhouz (prix Nobel égyptien en 88) comme L’Impasse des deux palais

Portez-vous bien …

Posté par Procope2009 à 23:16 - Commentaires [0] - Permalien [#]

05 février 2018

Un saut entre deux voyages

 

Ce début d’année 2018 nous a vues presque au complet, sans Nathalie L (partie à tire d’ailes vers d’autres horizons), et dont nous souhaitons toujours la visite surprise.

 

Au cours d’un tour de table, nous avons parlé de nos lectures récentes.

 

Pour Marie, c’était :

L’art de perdre d’Alice Zeniter (prix Goncourt des lycéens, 2018), récit de la petite fille de harkis sur son identité, sur ses origines. C’est donc un travail de mémoire qui, à travers le récit d’’une saga familiale, retrace des épisodes de la guerre d’Algérie, restés sous silence, dont le traitement injuste et honteux réservé aux harkis à leur arrivée en France (précision de la documentation).

 La problématique soulevée consiste à savoir si c’est de la littérature (« écriture sans relief, sans recherche littéraire » dit Elizabeth Philippe dans Le Nouvel Obsertvateur du 16 nov 2017)…Mais Annick pense que oui et reconnaît à cette auteur de vraies qualités d’écriture.

 

Autre question : quelle valeur attribuer à ces multiples récits identitaires qui foisonnent aujourd’hui, si ce n’est le bénéfice direct pour l’auteur et la légitimation de toutes les recherches historiques de ce type ?

On peut noter d’autre part que nos prix littéraires de cette année ont parlé de la guerre d’Algérie comme Nos richesses de Kaouer Adimi,  Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud. Ce qui fait craindre à Elizabeth Philippe que la littérature se substitue à l’Histoire.

Pour avoir lu d’autres « sagas familiales » traitées avec la rigueur et la méthode de l’historien (je pense à Jablonka à propos de ses grands-parents disparus) nous pourrions faire la part des choses et repousser ces différentes peurs…

 

Pour Daisy, ce fut Russell Banks La Réserve, puis De beaux lendemains adapté au cinéma par le réalisateur canadien, Atom Egoyan. Un livre magnifique qui livre trois points de vue sur l’accident d’un car scolaire, qui mettront à mal la solidarité villageoise.

L’Histoire mondiale de la France , écrite par un collectif, sous la direction de Patrick Boucheron. Une démarche différente pour retracer l’Histoire car l’Histoire de France est reliée à celle du monde à travers 146 dates. Et chaque date (dans une démarche classique de chronologie) est traitée comme une petite intrigue.

 

Christiane a parlé de McEwan et de son livre très réussi Sur la plage de Chesil. Analyse fine de la sexualité différente des hommes et des femmes à travers le récit de la nuit de noces de deux jeunes gens amoureux, mais qui ne se connaissent pas l’un l’autre, et surtout, ne se connaissent pas eux-mêmes.

Comme dans L’Intérêt de l’Enfant, le déroulement de l’intrigue est ponctué par les retours en arrière explicatifs, dans le passé des deux jeunes gens afin d’analyser leurs milieux respectifs, leurs choix d’études, leur rencontre. Ainsi on comprend mieux le présent, et leurs inhibitions et ignorances.

 

Ce fut l’occasion d’aborder l’œuvre de McEwan, avec d’autres titres comme Expiation, Samedi (en cours de lecture)

Danièle a dit que ces livres étaient intellectuellement puissants mais que cela ne la touchait pas, ne lui apportait rien...

Nathalie a pourtant bien aimé Le Jardin de ciment du même auteur qui raconte comment quatre enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes après la mort de leurs parents. Cette intrigue est conduite par un narrateur« très méchant »  où elle retrouve le regard très britannique (et oh combien décapant !) sur le monde.

Pour ma part, j’ai adoré et admiré (à la différence d’Annick, je crois) le roman Expiation que je trouve bluffant par son retournement final (entre autres, car sa restitution du point de vue naïf de la jeune Briony, écrivain en herbe, est lui aussi très réussi) lorsqu’on apprend dans le dernier chapitre du roman que le narrateur, capable par son art de sonder les différents personnages, de comprendre leur évolution, de modifier leur destin en fonction des codes romanesques, mais aussi de son désir puissant de les sauver pour se sauver elle-même du remord, n’est autre que Briony elle-même, devenue âgée, menacée à présent par l’oubli miséricordieux du passé, promise à la démence sénile !

 

Simone a vraiment apprécié Histoire d’un Allemand (Souvenirs 1914-1933)

de Sebastian Haffner, montrant comment, pourquoi les Allemands se sont aussi facilement tournés vers le nazisme… Ce qui a rencontré des échos dans nos lectures passées, notamment le Journal de Klemperer.

Mais Simone fait remarquer que les points de vue sont différents : Haffner a quitté l’Allemagne pour l’Angleterre et développe une réflexion d’historien (qu’il est devenu par la suite à son retour en Allemagne en 54) sur les données et les faits, à la différence de Klemperer, resté à Dresde, qui tient un journal au jour le jour sur des années, de 33 à 45, multipliant les informations politiques et leurs répercussions sur sa vie au quotidien.

Simone a bien aimé également Virginie Despentes(King Kong Théorie, ByeBye Blondie, Vernon Subutex …?) pour sa description d’un milieu interlope, son style corrosif, persuadée qu’elle sera du nombre des écrivains qui comptent dans notre époque.

 

Nathalie nous a parlé de poésie en évoquant l’œuvre de Georges Perros et ses Papiers collés, dont l’œuvre entière est réunie à présent chez Quarto.

Il fut également question de Gustave Roud, poète suisse; de Robert Walser et de ses Microgrammes…et de Charles Juliet et de ses Lambeaux...

 

 

Danièle, embarquée comme moi dans la lecture de Coetzee, avec son Education de Jésus (suite d’Une Enfance de Jésus), a présenté avec enthousiasme Mercy, Mary, Patty  de Lola Lafon (qui se saisit d’un fait divers connu qui voit l’otage d’un groupe révolutionnaire être gagnée par les idées et les méthodes de ses ravisseurs pour se livrer, à leurs côtés, à « l’action directe »)

Avec le même enthousiasme elle nous a parlé d’un spectacle qui se joue à guichets fermés, Saïgon (pièce de Caroline Guiela Nguyen, donné au Carré Berthier du Théâtre de l’Odéon).

 

Annick nous a parlé d’un petit livre qu’elle a bien aimé, de Paolo Cognetti (prix Medicis étranger 2017 pour Les huit montagnes), Le garçon Sauvage. Un auteur que nous rêvons de découvrir à notre tour.

 

A quand l’analyse des deux romans de Coetzee (Une enfance de Jésus, L’Education de Jésus), réécriture de l’histoire de Jésus, adaptée à notre époque? Deux romans qui ont le mérite de poser des questions sur l’éducation, le sens du travail, le bonheur dans le « meilleur des mondes possible », mais complètement désincarné...

 

On s’est fixé la date du 14 mars en raison des vacances à venir, avec nos découvertes, Georges Perros et ses Papiers Collés, et Le Garçon sauvage de Cognetti.

Posté par Procope2009 à 22:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]