Moment très agréable au Café Beaubourg, non loin du sapin de Noël , de rouge vêtu, du chat tigré, maître des lieux, et des arrières-plans habituels où se nichent des personnes désormais connues, de noir vêtues.

 

Notre conversation fut buissonnante,  passant de la mafia corse (à propos du dernier livre de J. Ferrari, A son image), aux spectacles de théâtre ou expositions, recommandés par Annick qui se souvenait d’une adaptation remarquable du  Maître et Marguerite, le roman de Boulgakhov, ou par Daisy, ou par moi qui sortais des expositions sur Miró et sur Venise au XVIIIème siècle; clin d’œil également à Michel Pastoureau aperçu dans la petite lucarne et surtout entendu, dans son expression élégante et précise, pour présenter son dernier livre consacré à l’Ours et annoncer la publication prochaine d’un livre consacré à la couleur jaune.

 

La perche était tendue, nous avons versé dans le « jone » (couleur et phonèmes récemment revisités), et nous avons commenté avec des réserves l’article de Florence Aubenas dans Le Monde, sur la France des ronds points. Tous ces rebondissements étaient inspirés par nos lectures diverses:

  • La déposition de Florence Aubenas pour Marie
  • George Sand à Nohant, livre de l’historienne Michelle Perrot, qui a

 bien plu à Daisy.

 

Mais nous avons gardé le cap sur Oneiron de Laura Lindstedt, proposé, puis sévèrement critiqué par Nathalie. Danièle, Marie et moi avons voulu voir par nous-mêmes.

Donc, la jeune auteure (1976) est Finlandaise et propose là son troisième roman primé dans son pays. 

Le titre est grec Oneiron : il n’a pas vraiment de traduction en français, où nous connaissons le mot onirologie qui est la science des rêves. De fait, le livre est caractérisé par son auteure, de « fantaisie », en raison de sa matière (imaginer les quelques secondes qui suivent la mort, avec la migration de l’esprit et même de l’enveloppe corporelle); en raison aussi de sa construction, visant à évoquer les vies de sept femmes décédées et rassemblées dans un même lieu, des vies condensées et limitées à leur dernière journée mise dans le contexte de la personnalité et des relations, parfois dangereuses, avec l’entourage.

Ces récits, faits souvent sur le mode du monologue intérieur, ou nourris par des commentaires et observations d’une narratrice, mêlent d’autres sortes d’écrits : 

  • écrits médicaux (Le précis de respiration par exemple), 
  • des poésies (celles écrites par Polina, la Russe), 
  • des articles de journaux (au sujet des spectacles de Shlomith, la
  • performeuse américaine... ou l’assassinat de Maimouna, la

    Sénégalaise, par les terroristes d’AssarDine ,

  • le texte d’une conférence...
  • une lettre 
  • et bien d’autres...

 

Tout cela rend le livre décousu et touffu par sa masse d’informations, certaines différées tout à la fin. Ceci joint à une difficile progression (comme le passage d’un monde tout blanc à un monde jaune, avec l’évanescence des formes corporelles) - rend la lecture du livre éprouvante, mais pas lugubre, comme tu disais Nathalie ! C’est un livre exigeant.

 

Le propos du livre? 

C’est d’abord de s’interroger sur l’au-delà, (ou l’après la mort), décrit grâce à l’apport récent des neuro-sciences sur le sujet (travaux de l’université de Southampton), mais aussi grâce au renfort des religions  ou des philosophes comme Sartre ou Swedenborg ou des poètes comme Dante. 

 

Mais à travers l’expérience d’un personnage central du livre, Shlomith, il y a la nécessité pour l’auteure d’analyser le monde post – Shoa. Cette performeuse américaine dont la vie, les performances occupent une place prépondérante dans ce livre, par rapport aux vies des autres personnages, prétend faire œuvres d’art, mais en plus, pour elle, donner à voir ses souffrances d’anorexique, s’autodétruire en public, est une réponse aux théologiens juifs qui ont tenté de trouver dans les textes une justification à la Shoa.

Pour Shlomith, Dieu n’existe pas « toutes les tentatives de trouver une explication théologique au génocide juif aboutissent à une impasse. Dieu était absent. Dieu est absent. Il n’y a pas de Dieu. Il n’y a qu’un flot de justifications toujours plus alambiquées qui ne sert personne » p.428

Pour aller plus loin dans l’analyse de ce point, on peut se référer à Sophie Ashram et à son article, Un septuor somptueux.

Je n’ai pas eu envie de la suivre, mais la piste est belle.

 

Nous avons prévu de nous revoir le mercredi 30 janvier avec deux livres différents, mais sans doute dérangeants, Frères d’Âme de David Diop, et L’Homme qui savait la langue des serpents d’Andrus Kivirähk

 

A l’année prochaine donc ! D’ici là, passez un bon Noël…