Dans notre café habituel, tout était à sa place, la table ronde, le gros chat tigré venu se faire admirer, tout comme l’homme au catogan, désormais visible, trois tables derrière nous.

Mais à notre table, il manquait Simone, empêchée,...et Annick que nous avons vainement attendue, lui réservant un verre de Pinot, que nous avons fini par boire! Mais elle était avec nous tout de même par ses propositions de lecture, Cavafis, le poète grec du XIXème siècle et le diariste suisse Amiel, introuvable dans les bibliothèques et chez les distributeurs des libraires...Nous en avons reporté la discussion à la fois suivante.

 

Nathalie nous a fait la surprise d’un livre offert à chacune pour l’anniversaire des dix ans de notre groupe, puis a évoqué ses lectures du moment dont celle de Faulkner, dont l’œuvre romanesque est immense par son importance, son originalité, mais reste difficile.

 

Daisy nous a parlé de Microgrammes de Robert Walser en lien avec l’expo sur Georges Focus (peintre du XVIIème siècle interné aux Petites Maisons) aux Beaux Arts.

 

 

Nous avons présenté, Marie et moi, le livre d’Estelle-Sarah Bulle, Là où les chiens aboient par la queue, livre qui a reçu début septembre le prix Stanislas.

C’est une chronique familiale qui livre la parole de trois femmes en Guadeloupe (Antoine, Lucinde et la nièce), et d’un homme (Petit frère), unis par des liens de parenté : les deux sœurs et leur petit frère, orphelins de mère, morte prématurément. Celle qui se nomme « la nièce », recueille les récits de ses tantes et de son père, conduit la narration et distribue la parole pour construire un récit où elle ménage différentes progressions.

Évolution fatale pour le couple de ses grands- parents, Hilaire et Eulalie, qui bravèrent les interdits sociaux en se mariant, lui, Hilaire, un Noir, petit exploitant agricole et elle, Eulalie, appartenant à une famille de « petits blancs » qui s’était jusqu’alors préservée du métissage. Ce mariage tourne mal, en raison principalement du caractère fantasque d’Hilaire; Eulalie, dépressive, épuisée par ses grossesses et les difficultés de la vie quotidienne à Morne-Galant dans la proximité d’une belle- famille peu accueillante, meurt au cours d’une énième grossesse. Les trois enfants qui restent, finiront par quitter leur père et leur village, pour aller d’abord à la grande ville, Pointe-à-Pitre, puis en métropole, en région parisienne où va naître la « nièce » (qui n’est autre que la narratrice-auteure), pour une sorte de libération où l’on peut enfin naître à soi-même, loin de l’île, de ses préjugés, de ses cloisonnements, mais en gardant intacte la joie d’y revenir en vacances, dans un retour aux origines...De nombreux problèmes sont soulevés, et pas seulement identitaires, comme l’évolution de la société antillaise avec la modernité, l’instruction, l’amélioration du niveau de vie, l’attraction des villes...L’écriture, qui s’approprie le parler créole, par la parole et la vision du monde des tantes, doit beaucoup à Patrick Chamoiseau.

 

Marie a parlé d’un livre de Stevenson, qui l’a impressionnée, Le Maître de Ballantrae(1889) et de deux livres très intéressants de Jack London , Les Temps Maudits et Le Cabaret de la dernière chance. (Il faudra qu’un jour, on explore un peu mieux cette œuvre de London, à laquelle on revient toujours.)

 

Daisy, pour sa part, a bien aimé et présenté le prix des lycéens 2016, Petit Pays de Gaël Faye, qui, dans ce premier roman, parle d’une enfance au Burundi, voisin du Rwanda, et des conflits ethniques qui agitent cette partie de l’Afrique, celle des grands lacs. Mais pour Gaël Faye, c’est avant tout le pays de son enfance, et du bonheur retrouvé par l’évocation des souvenirs d’enfance...

Il fut question également de La Vie Princière de Marc Pautrel, Il me semble que Marie (ou Nathalie?) en disait grand bien, mais là - Annick, tu en es responsable! - le deuxième verre de Pinot noir brouillait les cartes...

 

Auparavant, j’avais eu le temps d’écouter Christiane, ravie par la lecture d’un nouveau livre de HUANG Sok-Yong (Souvenez-vous de Princesse Bari et du Vieux Jardin), livre qui a pour titre Au pays du soleil Couchant et qui lui a beaucoup appris sur la société sud-coréenne qu’elle a récemment découverte dans ses voyages.

Elle parla aussi d’un livre d’un écrivain sud-coréen, Le Poète de Mun-Yol Yi, récit consacré au poète vagabond Kim Sakat (né au XIXème siècle) où l’auteur dit ce que cela représente d’être un fils de traître, comme il le fut lui-même. Livre très intéressant, facile à lire, que l’on trouve lui aussi aux Éditions Picquier.

 

Danièle était de celles qui avaient une opinion sur Amiel, ayant réussi à se procurer une sorte de condensé du Journal, avec les Dix jours à Chessex. Marie avait également (il me semble…) goûté de ce journal, de quoi dessiner une ébauche de portrait de ce grand écrivain suisse, hypocondriaque, « macho », avec une tendance à la procrastination à la Oblomov (dixit Marie)...

Voici ce que dit d’Amiel, sujet d’un livre récent (13-09-18) de Roland Jaccard, Les derniers jours d’Henri-Frédéric AMIEL,

« Chaque jour est le dernier pour Henri-Frédéric Amiel et c’est pourquoi il conjure son angoisse de la mort en tenant son journal. Roland Jaccard se substitue à lui alors qu’il agonise et se remémore ce que fut sa vie. Et paradoxalement, il y trouve plus de raisons de se réjouir que de se lamenter. Cet inlassable séducteur tergiverse sans fin sur les avantages et les inconvénients du célibat. Travaux pratiques à l’appui. Ce mélancolique fait tourner les têtes sans pour autant y sacrifier la sienne. Rien ne saurait pourtant lui faire oublier sa tendre Cécile qui s’est suicidée à la fleur de l’âge.

S’il fallait le rapprocher d’un personnage contemporain, ce serait de Charles Denner dans L’homme qui aimait les femmes de François Truffaut. » (présentation de l’éditeur Babelio)

 

Vous serait-il à présent plus attirant?

 

Danièle avait également mis ses pas dans ceux de Nathalie en se procurant le livre d’Antoine Vautier, Pense aux Pierres sous tes pas. Un livre qu’elle a trouvé « rude », mais à la lecture facile puisque c’est une fable. Nathalie l’a rejointe pour une appréciation modérée, voire négative, sur ce livre.

 

Il fut aussi question de Carole Martinez que j’avais rencontrée au café-librairie L’Ivraie, à Douarnenez. Rencontre et discussion passionnantes pour connaître la riche personnalité de Carole Martinez , éclairantes pour le laboratoire de l’œuvre et pour comprendre l’importance que revêt la nature, puisque tel était le thème de la discussion engagée avec une journaliste. A la suite de Cœur Cousu, j’ai lu avec le même enthousiasme, Le Domaine des Murmures dont l’intrigue se passe au Moyen Âge et en Bourgogne : anciennes légendes, mythes et thèmes folkloriques des contes donnent une grande puissance à ce récit.

 

Pour la fois prochaine, que nous avons fixée au mercredi 19 décembre, nous avons mis au programme sur le conseil de Nathalie, Laura Lindstedt, une Finlandaise et son livre Oneiron, traduit du finnois par Claire Saint-Germain et publié chez Gallimard. On peut noter la présence de cette auteure au festival Les Boréales, qui se tient actuellement (15 nov-25nov) en Normandie.

 

Mais Juste après la mort, que se passe-t-il? C’est sur ce titre énigmatique, en lien, je suppose, avec Oneiron, ou sans doute, titre d’un spectacle monté par l’écrivain norvégien, Jon Fosse, qu’on peut lancer la réflexion - scientifique? philosophique? - pour le 19 décembre.

 

D’ici là, lisez bien, Hélène