« C’était un petit jardin... » Vous savez la chanson de Jacques Dutronc...

 

Eh bien, nous avons découvert celui d’Annick tout en haut de Paris et, par ce temps de fortes chaleurs, c’était un délice d’être là au milieu des chèvrefeuilles, rosiers, jasmin, fruits de la passion aux lianes conquérantes, sous la ramure d’un petit acer pourpre...sans parler des fleurs. Bref, nous étions très bien, à l’ombre, dans le feuillage, devisant du Caravage, et du livre de Yannick Haenel dont certaines connaissaient déjà l’œuvre romanesque (Tiens ferme ta couronne, ...)

 

La Solitude Caravage est un livre inclassable : ni simple biographie, ni pur récit d’une découverte précoce et personnelle, ni  « simples » analyses d’un historien de l’art qui pousse parfois l’ investigation sur des points obscurs et délicats de la vie et de l’œuvre,...C’est tout cela à la fois: l’auteur prétend par ses rencontres successives avec la peinture du Caravage, et l’analyse de ses toiles, trouver une cohérence entre l’œuvre - tour à tour dépréciée (les trois premiers biographes, au XVIIème siècle) et exaltée pour les mêmes raisons : les fréquentations douteuses du peintre - et la vie de ce peintre baroque qui intrigue et attire un grand public friand de scandales, et la vie du Caravage n’en manque pas.

 

Diverses problématiques sont poursuivies sur le fil d’une vague progression chronologique, plus ferme vers la fin.

 

Par exemple, l’importance et le traitement des thèmes religieux imposés par les commanditaires (scènes de la passion du Christ et martyres de quelques saint(e)s, des décollations de Jean-Baptiste). Pour presque tous, des thèmes et des sujets édifiants qui montrent la violence et le sang, l’attitude sadique des bourreaux (les représentants du mal en action) et le pardon des victimes, et très souvent, dans la foule des assistants (ou dans la pénombre des lointains), l’autoportrait du Caravage, qui se met souvent en scène dans cet affrontement du bien et du mal, pour un face à face de plus en plus direct avec Jésus, au fur et à mesure qu’il approche de la mort qui surviendra dans sa trente neuvième année.

Une autre problématique qu’explore le livre de Haenel, est celle du traitement de la lumière et l’envahissement progressif du noir pour un clair-obscur éminemment dramatique, pour ne pas dire tragique, que l’on voit à l’œuvre dans son dernier tableau, Le Martyre de Sainte Ursule.

Bien que le travail ait été fait par d’autres historiens de l'art avant Haenel, ce n’est pas rien d’authentifier tout ce qui est vraiment de la main du Caravage (un artiste qui travaillait vite, sans dessin préalable) qui ne signait pas ses tableaux (sauf un, une Décollation qui est à La Valette), et à qui les premiers biographes, malveillants, ont attribué des « croûtes » donnant à voir des scènes de beuverie, ou des scènes de rixes entre voyous...

Haenel s’exerce également à une psychanalyse de l’œuvre, fasciné qu’il est par l’homosexualité du peintre, qui semble l’attirer puissamment, surtout dans les scènes mythologiques des tableaux du début.

Car, à travers l’étude du Caravage et de sa peinture, c’est bien l’étude de lui-même que poursuit Haenel : depuis ses premiers émois sexuels, provoqués par la Judith de la décapitation d’Holopherne, jusqu’au choix des femmes aimées (et des fixations du désir, comme ses petits renflements sous le menton qu’il décèle d’abord sur la Judith), son parcours intellectuel et professionnel, ses voyages en Italie sur les pas du Caravage et ses découvertes successives, autant de pierres qui marquent le récit d’un apprentissage sous-jacent, mais central.

Nous avons déploré les emballements, parfois obscurs, de cette langue analytique, frisant par moments « le métalangage », comme nous avons regretté l’absence des peintures analysées que « le profane » ne connaît pas toutes! Et qu’il faut chercher parallèlement...si l’on veut progresser dans sa lecture !

Ce que j’ai aimé personnellement, c’est l’utilisation de la littérature comme instrument d’analyse avec le renfort des mystiques comme le philosophe Maître Eckhart, le poète, Rimbaud, et de nombreux auteurs issus de la culture littéraire de l’auteur.

 

Après cet échange sur le livre de Yannick Haenel, nous avons regardé de près la liste de nos lectures des deux dernières années, pour élire Patria de F. Aramburu pour sa problématique peu étudiée jusqu’alors dans le roman, montrer l’emprise idéologique de l’ETA au sein d’une communauté villageoise, pratiquant la division, la mise au ban, et l’assassinat, suivis d’une possible réconciliation des ennemis d’hier.

Nous avons apprécié également la qualité de l’écriture, parfois décriée par la critique espagnole. Nathalie qui a rencontré l’auteur pour une présentation de son livre, nous dit combien il fut étonné de l’accueil enthousiaste réservé à son livre en Espagne, auprès de toutes les classes sociales, sans que soit vraiment apprécié son travail littéraire.

 

Nous avons aimé également MacEwan pour ses romans, Sur La plage de Chesil ou L’intérêt de l’enfant, un romancier qui a su nous convaincre par la puissance de ses intrigues, l’approche très rigoureuse de ses sujets et nous toucher.

 

 

 

 

Nous avons prévu de nous voir fin septembre en relisant pendant l’été un classique, ou un ancien prix littéraire (inspirés par la liste du Monde), Pourquoi pas un Balzac?

Mais aussi Le Zéro et l’Infini de Koesler(1940)

Ou encore, D’acier de Silvia Avallone (2011)

 

 

Avec aussi une nouvelle formule de fonctionnement pour notre groupe. A tour de rôle, nous ferons chaque mois, à tour de rôle, une proposition de lecture – ceci entraînant un possible compte rendu du livre proposé, puis analysé.

Il faut se renouveler!

D’ici là, un bel été à toutes, portez-vous bien, Hélène