Ce mercredi 14 mars, pleins phares  sur Paolo Cognetti, jeune écrivain italien, né en 78, découvert par Annick, enchantée par Le garçon sauvage, sorte de récit poétique sur l'appel de la montagne.

 

Nous avons mis ce livre en relation avec un autre livre du même auteur, les Huit montagnes, prix Médicis étranger 2018

 

L'écriture, comme dans un carnet de montagne, est simple, tournée vers la relation des faits et des ressentis, et la description, tantôt précise, tantôt poétique, avec le point de vue (dans les deux ouvrages cités) du citadin qui découvre un autre univers, tout de beauté et de solitude, qui lui permet différents  face-à-face avec lui-même, avec d'autres formes de vie interférant avec la sienne, et surtout, qui lui permet des expériences de l'extrême où il touche ses limites et par là, se confronte avec celles des autres, dont il doit se démarquer, le père, le frère d'adoption...

 

Cette écriture est nourrie par des lectures, et se réfère ouvertement aux auteurs  italiens fréquentés Mario Rigoni Stern et ses Sentiers sous la neige (98).

L’auteur connaît aussi le Walden de Henry David Thoreau (1854). Il a vu le film de Sean Penn, Into the Wild et il a lu Elisée Reclus, le géographe anarchiste du XIXème siècle…

 

La montagne dont il est question, est Le Val d'Aoste où vit à présent Paolo Cognetti, venu lui aussi s’y ressourcer après sa vie turinoise.

Car c'est la démarche du Garçon sauvage, celle d'un écrivain en panne d'inspiration, qui décide alors de tourner le dos à la civilisation urbaine pour aller s'enraciner là-haut, à 2000 mètres d'altitude (dit Florence Noiville dans Le Monde du 09 -09-17). Comme pour Robinson sur son île déserte (auquel il fait référence),  il s'enivre de sa liberté et s'offre le luxe de se couper de tout ce qui constitue la vie de l'homme citadin moderne, "ni famille, ni travail fixe, ni télévision, ni voiture, ni crédit à la banque". Plus de contrainte artificielle, plus de partage virtuel, plus de connexion fébrile...

 

Comme il est dit de Bruno dans Les huit montagnes, "il n'avait pas besoin d'argent si ce n'est pour manger et boire; il ne votait pas, était introuvable sur internet, ne correspondait à aucune case dans les sondages ou les études de marché. Un homme comme lui, qui avait construit son existence dans la marge et y vivait en paix, était à mon sens, bien plus subversif pour notre époque que je ne pouvais me l'imaginer."

Montagne magique qui rend à l'homme le sens de la vie? Une vie qui retrouve toute sa saveur parce qu'on en est le maître...

 

Cognetti refuse tout de même l'idéalisation forcenée. Là-haut, la vie est spartiate, l'hiver est long, les conditions climatiques rigoureuses, les villageois plutôt méfiants...Et cette expérience de la vie sauvage (celle de Bruno en est l'exemple type) comporte ses limites et est parfois sans retour. 

Il faut lire Les huit montagnes qui est un vrai roman avec personnages et intrigue, pour comprendre la démonstration et la fatalité des destinées.

Celle du père qui quitte la ville et son travail à chaque week-end ou vacances, part pour de longues courses en montagne, où il emmène son fils et son ami Bruno, et tente d'en faire de vrais montagnards comme lui, (encore qu’il le soit à mi-temps, partagé entre son travail et sa passion).

 

Pari réussi pour Bruno, son "fils d'adoption", qui là-haut, aura trois vies, celle de maçon, celle d'éleveur et celle de montagnard-ermite qui ne survivra pas dans sa "baïta" accrochée à la paroi rocheuse, à un hiver particulièrement neigeux.

 

La troisième destinée est celle de l'auteur, qui cherche sa voie propre, entre les montagnes de l'Everest au Népal, où il tourne des films documentaires, et le Val d'Aoste où il revient pour voir son ami, retrouver un instant sa mère seule et vieillissante, et surtout recevoir de Bruno l'héritage du père, héritage spirituel comme matériel.

 

A travers cette narration, Cognetti met beaucoup de lui-même, de son mal-être face à cette pression de la réussite à l’occidentale. Son désir de retrait dans la montagne, correspond au besoin de reprendre en mains sa destinée, de réfléchir à ce qu’on lui a transmis.

 

D’autre livres ont été évoqués par Annick : Nos richesses d’Adimi Kaouther, qu’elle trouve intéressant mais faible littérairement.

 

Daisy a parlé de ses lectures, consacrées aux récits de voyage. Elle a évoqué aussi sa découverte du romancier égyptien, Albert Cossery, et d’un de ses superbes romans, Les hommes oubliés de Dieu.

 

Pour les récits de voyage, j’ai évoqué le Chilien Francisco Coloane et son récit sur la Terre de Feu. Et j’ai aussi parlé d’Anita Conti, photographe et océanographe française, dont je connais un peu la destinée et l’œuvre, dont Les râcleurs d’océan, ou Les Terre-neuvas

 

Pour la prochaine fois, Le 3 mai, nous pourrions lire un livre d’Albert Cossery ou de Naghib Mafhouz (prix Nobel égyptien en 88) comme L’Impasse des deux palais

Portez-vous bien …