Ce début d’année 2018 nous a vues presque au complet, sans Nathalie L (partie à tire d’ailes vers d’autres horizons), et dont nous souhaitons toujours la visite surprise.

 

Au cours d’un tour de table, nous avons parlé de nos lectures récentes.

 

Pour Marie, c’était :

L’art de perdre d’Alice Zeniter (prix Goncourt des lycéens, 2018), récit de la petite fille de harkis sur son identité, sur ses origines. C’est donc un travail de mémoire qui, à travers le récit d’’une saga familiale, retrace des épisodes de la guerre d’Algérie, restés sous silence, dont le traitement injuste et honteux réservé aux harkis à leur arrivée en France (précision de la documentation).

 La problématique soulevée consiste à savoir si c’est de la littérature (« écriture sans relief, sans recherche littéraire » dit Elizabeth Philippe dans Le Nouvel Obsertvateur du 16 nov 2017)…Mais Annick pense que oui et reconnaît à cette auteur de vraies qualités d’écriture.

 

Autre question : quelle valeur attribuer à ces multiples récits identitaires qui foisonnent aujourd’hui, si ce n’est le bénéfice direct pour l’auteur et la légitimation de toutes les recherches historiques de ce type ?

On peut noter d’autre part que nos prix littéraires de cette année ont parlé de la guerre d’Algérie comme Nos richesses de Kaouer Adimi,  Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud. Ce qui fait craindre à Elizabeth Philippe que la littérature se substitue à l’Histoire.

Pour avoir lu d’autres « sagas familiales » traitées avec la rigueur et la méthode de l’historien (je pense à Jablonka à propos de ses grands-parents disparus) nous pourrions faire la part des choses et repousser ces différentes peurs…

 

Pour Daisy, ce fut Russell Banks La Réserve, puis De beaux lendemains adapté au cinéma par le réalisateur canadien, Atom Egoyan. Un livre magnifique qui livre trois points de vue sur l’accident d’un car scolaire, qui mettront à mal la solidarité villageoise.

L’Histoire mondiale de la France , écrite par un collectif, sous la direction de Patrick Boucheron. Une démarche différente pour retracer l’Histoire car l’Histoire de France est reliée à celle du monde à travers 146 dates. Et chaque date (dans une démarche classique de chronologie) est traitée comme une petite intrigue.

 

Christiane a parlé de McEwan et de son livre très réussi Sur la plage de Chesil. Analyse fine de la sexualité différente des hommes et des femmes à travers le récit de la nuit de noces de deux jeunes gens amoureux, mais qui ne se connaissent pas l’un l’autre, et surtout, ne se connaissent pas eux-mêmes.

Comme dans L’Intérêt de l’Enfant, le déroulement de l’intrigue est ponctué par les retours en arrière explicatifs, dans le passé des deux jeunes gens afin d’analyser leurs milieux respectifs, leurs choix d’études, leur rencontre. Ainsi on comprend mieux le présent, et leurs inhibitions et ignorances.

 

Ce fut l’occasion d’aborder l’œuvre de McEwan, avec d’autres titres comme Expiation, Samedi (en cours de lecture)

Danièle a dit que ces livres étaient intellectuellement puissants mais que cela ne la touchait pas, ne lui apportait rien...

Nathalie a pourtant bien aimé Le Jardin de ciment du même auteur qui raconte comment quatre enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes après la mort de leurs parents. Cette intrigue est conduite par un narrateur« très méchant »  où elle retrouve le regard très britannique (et oh combien décapant !) sur le monde.

Pour ma part, j’ai adoré et admiré (à la différence d’Annick, je crois) le roman Expiation que je trouve bluffant par son retournement final (entre autres, car sa restitution du point de vue naïf de la jeune Briony, écrivain en herbe, est lui aussi très réussi) lorsqu’on apprend dans le dernier chapitre du roman que le narrateur, capable par son art de sonder les différents personnages, de comprendre leur évolution, de modifier leur destin en fonction des codes romanesques, mais aussi de son désir puissant de les sauver pour se sauver elle-même du remord, n’est autre que Briony elle-même, devenue âgée, menacée à présent par l’oubli miséricordieux du passé, promise à la démence sénile !

 

Simone a vraiment apprécié Histoire d’un Allemand (Souvenirs 1914-1933)

de Sebastian Haffner, montrant comment, pourquoi les Allemands se sont aussi facilement tournés vers le nazisme… Ce qui a rencontré des échos dans nos lectures passées, notamment le Journal de Klemperer.

Mais Simone fait remarquer que les points de vue sont différents : Haffner a quitté l’Allemagne pour l’Angleterre et développe une réflexion d’historien (qu’il est devenu par la suite à son retour en Allemagne en 54) sur les données et les faits, à la différence de Klemperer, resté à Dresde, qui tient un journal au jour le jour sur des années, de 33 à 45, multipliant les informations politiques et leurs répercussions sur sa vie au quotidien.

Simone a bien aimé également Virginie Despentes(King Kong Théorie, ByeBye Blondie, Vernon Subutex …?) pour sa description d’un milieu interlope, son style corrosif, persuadée qu’elle sera du nombre des écrivains qui comptent dans notre époque.

 

Nathalie nous a parlé de poésie en évoquant l’œuvre de Georges Perros et ses Papiers collés, dont l’œuvre entière est réunie à présent chez Quarto.

Il fut également question de Gustave Roud, poète suisse; de Robert Walser et de ses Microgrammes…et de Charles Juliet et de ses Lambeaux...

 

 

Danièle, embarquée comme moi dans la lecture de Coetzee, avec son Education de Jésus (suite d’Une Enfance de Jésus), a présenté avec enthousiasme Mercy, Mary, Patty  de Lola Lafon (qui se saisit d’un fait divers connu qui voit l’otage d’un groupe révolutionnaire être gagnée par les idées et les méthodes de ses ravisseurs pour se livrer, à leurs côtés, à « l’action directe »)

Avec le même enthousiasme elle nous a parlé d’un spectacle qui se joue à guichets fermés, Saïgon (pièce de Caroline Guiela Nguyen, donné au Carré Berthier du Théâtre de l’Odéon).

 

Annick nous a parlé d’un petit livre qu’elle a bien aimé, de Paolo Cognetti (prix Medicis étranger 2017 pour Les huit montagnes), Le garçon Sauvage. Un auteur que nous rêvons de découvrir à notre tour.

 

A quand l’analyse des deux romans de Coetzee (Une enfance de Jésus, L’Education de Jésus), réécriture de l’histoire de Jésus, adaptée à notre époque? Deux romans qui ont le mérite de poser des questions sur l’éducation, le sens du travail, le bonheur dans le « meilleur des mondes possible », mais complètement désincarné...

 

On s’est fixé la date du 14 mars en raison des vacances à venir, avec nos découvertes, Georges Perros et ses Papiers Collés, et Le Garçon sauvage de Cognetti.