Ce mercredi 20 décembre, au Café Beaubourg, l’œuvre d’ Asli Erdogan ne fut pas le seul objet de nos discussions, point s’en faut.

 

Il fut question aussi de Ian McEwan et de ses livres comme Expiation (considéré comme son chef-d’œuvre), Sur la plage de Chesil (roman d’une grande finesse sur la sexualité, qui décrit la nuit de noces ratée d’un jeune couple) et d’un autre titre, préféré par Annick, Samedi.

 

Après la discussion sur A. Erdogan, nous nous réservions ces poires pour la soif. Que nenni. Nous n’en goutâmes point.

Comme nous ne goutâmes point à Kasuo Ishiguro que nous tenions sous le coude et dont Nathalie nous dit le plus grand bien à propos d’une petite nouvelle, L’été d’après la guerre, qui raconte comment un adolescent japonais découvre après la guerre, le passé chargé de son grand-père, avec la délicatesse, le sens de la nuance que nous lui avons vus dans les précédents livres au programme.

 

Mais il fut surtout question d’Asli Erdogan que nous avons présentée à travers quelques uns de ses livres:

Le Mandarin miraculeux pour Christiane et Nathalie,

Le bâtiment de pierre pour la plupart d’entre nous,

Les oiseaux de bois, recueil de nouvelles (pour moi).

Un autre livre était également sur la table, Même le silence n’est plus à toi...

 

Il suffit de se reporter à l’entretien qu’a donné au Monde (03-01-2017) cette opposante au gouvernement turc actuel, qui sort tout juste d’une peine de prison (pour atteinte à l’unité de l’état) pour comprendre qu’elle est une écorchée vive et que l’écriture lui est indispensable pour continuer à vivre. L’écriture comme un cri, a dit Marie.

Asli Erdogan eut une enfance difficile, marquée par la mésentente de ses parents et un climat de violence. Mais la violence vient également d’en haut, du pouvoir autoritaire de l’Etat qui fait arrêter en pleine nuit son père, suspect potentiel.

Violence qu’elle exerce sur sa personne par deux tentatives de suicide, à dix ans et à trente ans.

Le bâtiment de pierre est un livre étrange qui se présente comme un récit.

C’est plutôt une sorte de poème élégiaque sur la souffrance dans un lieu d’enfermement où l’on pratique la torture. S’y retrouvent aussi bien les prisonniers politiques que les gamins des rues dont le chant s’envole à travers les murs et donne de l’espoir. La narratrice elle-même enfermée et torturée, se fait la porte- parole d’un homme appelé A comme l’Ange, personnage mentionné dans les dernières pages.

Elle porte sa voix et elle hérite de ses yeux quand il meurt au terme de ses interrogatoires.

 

Un livre qui célèbre la vie - dont le nom en trois lettres revient comme un leitmotiv- mais une vie bien rabougrie, basique sans la joie, une vie à jamais marquée par la souffrance et la déchéance du corps. Une vie qui se nourrit de rêves dont celui de la liberté.

 

Le regard va loin à l’intérieur des murs et au delà des murs de la prison: on se retrouve dans la rue avec A, ou les gamins des rues. Mais on explore aussi le bâtiment de pierre dans ses sous-sols terrifiants et ses étages labyrinthiques, sans qu’il y ait de progression évidente. L’écriture rend compte de cette errance par des images multiples qui privilégient la sensation.

Pour certaines d’entre nous (Simone et moi), ce fut une véritable épreuve de lire ce livre et d’aller jusqu’au bout.

 

Les autres titres dont nous pouvions parler, Le Mandarin miraculeux et Les oiseaux de bois, présentent la même progression ( ?) l’errance dans la ville, Genève, Istanbul..., et la même insistance sur des corps dégradés, notamment des femmes (c’est frappant dans Les oiseaux de bois dont les nouvelles mettent en scène des femmes tuberculeuses, ou une malade cancéreuse en phase terminale, ou une femme enceinte en errance pour ne pas dire vagabonde...)

 

Nathalie et Christiane ont apprécié Le Mandarin Miraculeux; et Annick semble intéressée par l’écriture flamboyante et par le propos du Bâtiment de pierre. Il nous manquait Marie pour nous communiquer son enthousiasme.

Nous avons fait cependant la différence entre l’œuvre, difficile, et le parcours courageux de militante pour les libertés d’Asli Erdogan.

 

Revoyons-nous en janvier : le 31 janvier 2018?

Pour nous consacrer un peu mieux à Ian McEwan avec d’autres titres,

         Expiation

         Sur la plage de Chesil

         Ou Samedi, proposé par Annick.

Nathalie suggérait de relire La Porte de Magda Szabo, roman maintenant recommandé par Daniel Pennac. Comme si ce livre magnifique qui a trouvé depuis longtemps son lectorat, avait besoin de recommandation!

 

Les coups de cœur d’Annick :

Le livre d’Antoine Compagnon, consacré aux Chiffonniers de Paris, et L'Education de Jésus(quatre ans après Une enfance de Jésus) le dernier livre de Coetzee, salué par la critique littéraire, dont la revue En attendant Nadeau. Un livre étonnant et puissant que nous pourrions mettre à notre programme du 31 janvier, sans rien rabattre de nos ambitions précédentes.

« Portez-vous bien et enivrez-vous « de vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous ! »

« Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge ; à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge vous répondront, il est l’heure de s’enivrer, pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise. »

Les Petits poèmes en prose , Baudelaire