Rentrée joyeuse sous le signe du théâtre, au Café Beaubourg,  mercredi 27 septembre, puisque notre rencontre s'est prolongée au Théâtre de Poche du Montparnasse, pour un spectacle proposé et organisé par Danièle. Il s'agissait rien de moins que d'une pièce de Thomas Bernhart, Au But, qui, comme dit Marie, "nous en a mis plein la tronche"!!!

 

Mais auparavant nous avons bu un verre en regrettant l'absence d'Annick et de Nathalie retenues au-delà des mers!

Qu'avons-nous dit? Mille choses sur les vacances passées ou futures, parlant, finalement, de nos lectures d'été, fruits de rencontres, d'imprévus, ou au contraire, comme pour Nathalie, d'un programme bien arrêté, puisque, dit-elle, chaque été, elle relit Balzac (La Rabouilleuse, cette année) ou s'attaque aux grands classiques de la littérature comme, cette année, La Divine Comédie de Dante, dont elle nous a donné un plan de lecture : d'abord l'Enfer (le plus intéressant), puis le Purgatoire (beaucoup moins, mais on ne s'y ennuie pas), ensuite pour finir, le Paradis (qui tient ses promesses, même si le séjour est ennuyeux).

 

- Simone a lu avec beaucoup d'intérêt le livre de Vassili Grossman, Vie et Destin, livre important et passionnant qui l'a occupée toutes les vacances.

 

- Daisy relit Stendhal, avec un intérêt plus marqué pour le Journal que pour La Chartreuse de Parme, ou Le Rouge et le Noir qu'elle juge vieilli, notamment sur les questions religieuses.

 

- Christiane, inspirée par son voyage dans les Mascaraignes, a lu de Nathacha Appanah, Les rochers de poudre d'or, et Chercheurs d'or, Voyage à Rodrigue de Le Clézio.

Elle a lu également Alexandra David-Neel. Est-ce Le Voyage au Thibet? ou Rempart contre le néant ( titre magnifique)?

 

- Marie avait un avis mitigé sur Un certain monsieur Piekelny de F.M. Désérable, mais a aimé L'homme des bois de Pierric Bailly. Elle a aimé le ton affectueux de ce fils qui évoque la mort de son père.

Elle a lu avec plaisir, je crois(?), Retour à Reims de Didier Eribon.

Elle s'est lancée dans l'œuvre romanesque de Siegfrid Lenz dont nous avions vraiment aimé La leçon d'Allemand. Mais Le Bureau des objets Trouvés s'est avéré décevant pour elle.

- Danièle a lu et aimé Entre nous de Richard Ford, dont elle nous a raconté l'intrigue, bâtie sur une vie itinérante de ses parents, puis de lui avec eux, à travers l'Amérique. Un livre pour se demander  ce qui reste d'eux,  ce qui reste de leur vie quand ils ont disparu... Ce livre commencé il y a longtemps avec un texte, Ma mère (Editions de L'Olivier). Trente ans plus tard, aujourd'hui, il a ressenti le besoin d'y adjoindre le texte sur son père pour les réunir dans le souvenir, à défaut de l'être dans la mort. Nous connaissons et apprécions cet écrivain passionnant dont nous avons lu Canada ou Le jour de l'Indépendance

Elle a lu également avec intérêt Philippe Roth, Complot contre l'Amérique. Christiane est intervenue pour dire du bien d'un autre titre de Philippe Roth, La Pastorale américaine...que nous pourrions peut-être lire pour la fois prochaine?

 

Nous avons lu chacune bien d'autres livres,  sans parler de la fréquentation des œuvres d'art ou des ouvrages critiques sur l'art (Daniel Arasse dont on vient de réunir les écrits ou les entretiens sur l'art, rappelle Daisy).

 

Pour ma part, j'ai parlé de deux livres très différents qui m'ont plu :

l'un, pour sa composition "tressée" autour de trois destins de femmes dont les récits s'entremêlent alternativement pour se rejoindre tout à la fin (La Tresse, premier roman de Laetitia Colombani, lu également par Marie qui complète la présentation de ce roman);

l'autre, Patria de Fernando Aramburu, pour sa problématique sur la violence de la lutte armée de l'ETA, sur la difficile reconstruction des victimes, veuves et orphelins, et sur la destruction de la vie, désormais figée, des terroristes pourchassés, arrêtés, emprisonnés, et de leurs familles. Et tout cela à travers les vies de deux femmes d'un petit village imaginaire du Guipuscoa, Miren et Bittori.

Elles furent amies de jeunes filles, puis de jeunes femmes, se fréquentant intimement, cultivant l'amitié des deux maris aux loisirs communs dans les différents cercles de sociabilité villageoise, et de leurs filles réciproques, Nerea et Arantxa qui font partie de la même bande d'amies.

Pour le mari de Bittori, Txato, chef d'une petite entreprise de transports, tout bascule lorsqu'il finit par refuser de payer " l'impôt révolutionnaire" à l'Organisation, et qu'il est mis au ban du village par des insultes écrites sur les murs, les menaces de mort anonymes, et par le silence dont on l'entoure, y compris de la part de son meilleur ami, Joxian, le mari de Miren. Celle-ci cesse également de fréquenter son amie, de la saluer, d'autant plus qu'un de ses fils, Joxe Mari, militant de l'ETA a passé à la clandestinité et fait partie  des commandos de la lutte armée.

Txato est assassiné dans le dos, en plein jour à deux pas de chez lui, lorsqu'il rejoint sa voiture.

Des années après, après un temps d'exil dans son appartement de San Sebastian, sa veuve décide de revenir au village pour savoir la vérité : qui a tiré sur son mari?

Elle a des doutes sérieux sur Joxe Mari  dont la présence dans le village était attestée par au moins deux témoins, dont son mari qui, en rentrant, avait échangé deux mots avec lui. L'enquête est d'autant plus difficile que l'intéressé est à présent en prison à vie, loin du pays basque et ne veut pas écrire à celle que ses parents (surtout sa mère) appellent à présent, "la folle".

 

Cette trame est bouleversée par une narration éclatée, et par l'histoire et les différents points de vue de personnages satellites, principalement ceux des enfants des deux couples, qui mènent difficilement leur vie, en raison du traumatisme, des accidents de la vie...La parole est disloquée, la durée temporelle également, les points de vue se succèdent et se brouillent lorsque le narrateur passe du style indirect, où l'on sent sa présence, au style semi-direct où il plonge dans l'intériorité de ses personnages, pour finir au style direct et livrer un échange verbal. Le lecteur doit être très attentif pour rétablir le fil. C'est le chaos des vies que le narrateur a voulu rendre. Il montre aussi que d'autres voies sont possibles pour vivre sa culture et penser dans sa langue maternelle, la langue basque.

Peut-être est-ce celle qu'il a choisie, lui?

"Je souhaite que les générations à venir sachent ce qui s'est passé et qu'elles le sachent à partir de versions qui ne blanchissent pas l'histoire. Avec mon roman j'ai voulu contribuer à la défaite culturelle d'ETA". (Libération, 5 avril 2017)

Le livre connaît un véritable succès d'édition et d'opinion en Espagne où je l'ai vu dans toutes les vitrines des librairies. Le livre attend sa traduction en français et en d'autres langues. Il est à noter qu'un petit lexique à la fin est bien utile pour traduire les mots basques, surtout les termes de parenté qui nous apprennent beaucoup de choses sur la société basque et sur sa tendance au matriarcat.

 

Pour la fois prochaine,  je vous propose deux dates (18 octobre ou 8 novembre) et un titre (sinon deux avec le Philippe Roth mentionné plus haut), L'intérêt de l'enfant de Ian MacEwan, romancier anglais contemporain, de grand renom qui change sa manière d’écrire, selon le sujet abordé.

 

Portez-vous bien!