Quasiment personne autour de notre bassin attitré. Même à 18h 30 la chaleur était lourde et le soleil ne se décidait pas à faiblir.

 

Qu'importe! Nous sommes venues à six, bien lestées de bouteilles d'eau, pétillante ou pas, de vin rosé et de vin de Touraine, tout cela bien frais, comme il se doit. Les petits amuse-gueules, savoureux et bien choisis, offraient la même diversité, du salé au sucré.

 

Nous avons trouvé de l'ombre et les chaises vertes traditionnelles pour un échange informel où il fut question de livres, ceux qu'on avait lu et ceux qu'on se proposait de lire durant l'été, de théâtre (Danièle a un projet de sortie en novembre, dont elle nous reparlera), de cinéma ...et de politique (actualité oblige!)

 

J'ai aussi lancé l'idée d'un" prix des lectrices" pour récompenser les livres qui nous ont marquées, au cours de ces neuf ans écoulés qui ont vu l'arrêt de notre activité professionnelle et nos rencontres régulières autour des livres.

Je vais tâcher de faire une petite liste dont je ne sais si elle ira au-delà de la création du blog, et vous la transmettrai par nos canaux parallèles.

 

Et nous avons évoqué quelques uns de ces auteurs, découverts, ou revisités, de Yan Lianke, à Sandor Maraï, de Javier Cercas, à l'inoubliable Svetlana Alexievitch...

 

Pour l'heure, nous étions assises sur nos chaises du bassin des Tuileries, comme sur la kappia (ouvrage architectural en terrasse au-dessus de l'eau, favorisant rencontres, réunions, et par là, la vie sociale) du Pont sur la Drina.

Le Yougoslave Ivo Andrič (Bosniaque par sa naissance, Croate par ses origines, et Serbe par ses engagements)  a écrit ce livre en 1945,  qui fut traduit du serbo-croate par le titre Il est un pont sur La Drina (traduction Georges Luciani en 1956), est devenu par la suite Le pont sur la Drina (traduction Pascale Delpelch en 99).

Je vous laisse apprécier la nuance qu'apporte le changement d'article, du déterminé à l'indéterminé.

 

Ce Prix Nobel (1960), très discret et inconnu en France où il a pourtant vécu quarante années, mêlé intimement à la vie intellectuelle parisienne, est glorifié dans son pays, toutes ethnies confondues.

Car ce pont entre deux rives, relie aussi toutes les communautés, qu'elles soient musulmanes, islamisées, catholiques orthodoxes, juives (d'abord sépharades, puis azkénazes), tziganes (il est d'ailleurs intéressant de voir la localisation de leur habitat par rapport à ce fameux pont, tout en bas, à mi - hauteur, en haut, près du bazar, plus loin...

 

C'est une chronique que nous livre Andrič, étalée sur quatre siècles, depuis le XVIème siècle jusqu'au XXème siècle, nous montrant que, depuis sa construction, ce pont a tissé la vie des gens, parfois pour leur malheur (supplice du pal pour celui qui tenta d'en empêcher la construction; lieu de suicide pour la jeune épousée obtenue de force), le plus souvent pour leur bonheur puisqu'il favorise commerce et rencontres là où auparavant il n'y avait qu'une rivière impétueuse, épisodiquement franchie par un bac.

 

Pour ma part, j'ai aimé ce style clair, précis, ainsi que le talent de conteur d'Andrič qui nous fait assister à tous ces évènements du passé comme si nous y étions. Ce sont quatre siècles de cohabitation et de dominations (empire ottoman puis empire austro-hongrois) qui sont revisités.

 

Danièle, qui a commencé ce livre, n'a pas la même appréciation et trouve le récit peu "accrocheur", "lourd"… Est-bien cela Danièle?  Tes éloges « ironiques » visaient juste la virtuosité du bourreau dans la technique du pal !

 

 

Pour les vacances, Simone recommande le livre d'Eric Vuillard, L'ordre du jour, qui décortique la mécanique politique et psychologique qui a conduit à l'arrivée au pouvoir d'Hitler.

 

Nathalie a parlé d'une jeune romancière espagnole, amie de Rosa Montero que nous connaissons, et qui s'appelle Vanessa Montfort : deux romans remarquables ont précédé le titre dont tu nous as parlé, Le lévrier, une pièce de théâtre. Connue et admirée sur le web hispanique, on apprend en effet que cette jeune femme, née en 75, a déjà écrit plusieurs romans dont Mitología de Nueva York et Mujeres que compran Flores.

 

Marie a parlé avec enthousiasme Des Heures silencieuses de Gaëlle Josse qui livre le journal intime d'une jeune femme flamande de Delft au 17ème siècle, avec ses failles et ses frustrations.

Et puisque on ne parle jamais si bien que de ce qu'on est privé (Rousseau à propos de la liberté quand on est enfermé, ou du printemps quand il neige), nous avons parlé en ce jour atroce de canicule parisienne, de la neige, et de la mort dans la neige. Daisy a évoqué la mort de Robert Walser (un écrivain suisse allemand, qu'elle ne connaît pas d'hier) et qui mourut mystérieusement dans la neige, réalisant ce qu'il avait imaginé dans une de ses nouvelles, Blanche Neige, nouvelle adaptée au cinéma par João César Monteiro en 2000.

 

Autant vous l'avouer, les amies, la chaleur et les petits verres de vin (" mon verre s'est -finalement- brisé comme un éclat de rire") m'ont distraite de ma tâche et plusieurs de vos titres ont disparu dans la brume...de mon esprit accablé. Alors corrigez, complétez au besoin...par nos canaux parallèles.

 

Portez- vous bien dans la fraîcheur revenue, et rendez-vous en septembre, le 27?     Hélène